terrain 62 couv web

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« Retoucher les morts. Les usages magiques de la photographie en Mongolie »

par Grégory Delaplace

Terrain, 62, 2014 : 138-151 (DOI : 10.4000/terrain.15390)

À la mort d’une personne, il est d’usage en Mongolie de confectionner un portrait funéraire à partir de sa photographie d’identité agrandie, colorisée et retouchée. Ce portrait est utilisé pendant les funérailles, puis installé à côté des images pieuses du foyer dans la maison qu’occupait le défunt jusqu’à sa mort. Ce portrait est censé constituer une sorte de double du mort, à travers lequel ce dernier pourra recevoir des offrandes de la part de ses proches parents pendant la période de deuil et après celle-ci. La valeur à la fois indicielle et iconique de la photographie – le fait qu’une photographie est une trace du sujet photographié, en même temps qu’elle lui ressemble – tend à lui voir conférer, en Mongolie comme ailleurs, le pouvoir magique d’atteindre une personne à distance, ou en son absence. En retouchant les portraits de parents défunts, toutefois, les Mongols semblent faire un pas de plus dans l’usage magique de la technique photographique : en altérant l’image, ils ne se contentent pas de fabriquer un support de relations avec leurs morts, ils se donnent les moyens de transformer ces derniers.