Sylvain Roy
Jeune docteur
 
Le rubâb afghani, étude organologique, musicologique et anthropologique d'un luth d'Asie centrale
Jean During
12/12/2017
2015 Boursier de la « bourse des collections » du musée du Quai Branly
Ouzbékistan, Tadjikistan, Afghanistan, Irlande, Royaume-Uni
Badakhshan, Écosse
Ethnomusicologie - Organologie - Lutherie - Ergonomie - Rythmes - Modes - Patrimoine immatériel - Tradition
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Doctorant depuis septembre 2012, je mène une étude sur les rubâbs d'Asie Centrale et plus particulièrement sur le rubâb afghan.  
Voici un résumé de mes études sur cet instrument

Le rubâb afghan, luth issu du Pachtounistan, région située entre le sud de l'actuelle Afghanistan et le nord du Pakistan, est, à l'instar du dutar, l’un des instruments les plus répandus en l’Asie Centrale. On le rencontre en effet sous cette même appellation en Afghanistan, en Ouzbékistan, au Tadjikistan, au Badakhshan, au Baloutchistan, au Pakistan et au Cachemire. Présent en Inde jusqu'à la fin du XIXe siècle; il sera transformé pour être adapté à la musique hindustani. On le connait de nos jours sous le nom de sarod.

Le mot "rabâb", "robâb" ou "rubâb", d'origine arabe, désigne en Orient un instrument à corde frotté. Mais à partir du XIVe siècle, il est aussi employé en Asie pour désigner un luth à cordes pincées. Ce luth est constitué d'un corps en bois creusée d'une seule cavité, laquelle est recouverte d'une parchemin (table d'harmonie). Plus tard, vers le XVIIe siècle, apparaît au Pachtounistan un autre luth monoxyle appelé de nos jours : "rubâb afghan". Ce luth est constitué de trois cavités sur sa longueur, peut être le vestige d'un ancien instrument à cordes frottées ? Il est monté de trois à six cordes mélodiques (trois doubles-cordes), où l'instrument est encore associé aux invasions pachtounes du XVIIIe siècle. En Ouzbékistan, il semblerait que ce soit des marchands pachtoune qui l'aient transporté jusque dans le cœur de l'Émirat de Boukhara, ce serait entre les mains de musiciens boukhariotes, qu'il aurait poursuivit sa progression jusque dans les régions de Samarkand et de Douchanbé (capitale de l'actuelle Tadjikistan).

Dans le début des années '30, l'Union Soviétique lance un programme de "reconstruction" des instruments de musique en Ouzbékistan et au Tadjikistan, l'objectif était de faire en sorte qu'ils puissent interpréter de la musique classique occidentale. Sous la direction d'Achot Ivanovich Petrosiants, plusieurs luthiers, dont certains n'avaient aucune expérience dans ce domaine, ont été réunis au conservatoire national de Tachkent pour réinventer ces instruments. Les 17 intervalles mobils du tanbur ont été réduits à 12 intervalles égaux et fixes. Certains de ces instruments furent déclinés dans les quatre registres : soprano, ténor, baryton et basse. Ces déclinaisons ont ainsi permis de créer de petites formations, à l'image du "quatuor", ainsi que des plus grands orchestres.

Le rubâb afghan, que joué jusque là la population boukhariote de Tachken, n'a pas échappé à ces transformations. De nos jours, les ouzbeks nomment rubâb afghan un instrument qui n'a plus rien avoir avec l'instrument originel : il est constitué d'un manche similaire à celui d'une guitare, monté de 19 frettes fixes. Son corps, moins volumineux, ne permet plus la présence de cordes sympathiques. Ce rubâb est enseigné également au conservatoire de Douchanbé et dans certaines écoles de musique du Tadjikistan.

On rencontre au Tadjikistan un autre type de rubâb afghan "reconstruit", l'instrument est de forme similaire à l'originel, il est monté de quatre à cinq frettes mobiles dans le haut du manche et de 14 frettes fixes en métal sur le reste du manche, on note la présence d'au moins six cordes sympathiques. La fabrication de l'instrument diffère ; il n'est plus monoxyle mais assemblé de plusieurs pièces. Ce rubâb était joué principalement par la population du Badakhshan, ce qui lui a valu le nom de "rubâb du Badakhshan". Il n'est plus autant pratiqué que dans le passé, les musiciens préfèrent jouer sur le rubâb afghan (originel).

L'étude montre que les populations des différent pays qui pratiquent, ou ont pratiqué le rubâb afghan, l'ont soit conservé dans sa forme originelle (c'est le cas par exemple des musiciens boukhariotes), soit transformé pour répondre à leurs besoins de répertoire.

Jui 18, 2016
Roy, S., 2016, Shavkmahmad Pulodov, le premier luthier professionnel du Badakhshan, Trad’mag, 165.
Roy, S., 2016, Le qoshnay, Trad’mag, 166.
Roy, S., 2015, Le qoshnay, un instrument en péril, Novastan.org, 19 octobre 2015, en ligne : https://www.novastan.org/fr/ouzbekistan/le-qoshnay-un-instrument-en-peril/.
L’un des instruments les plus mystérieux de la musique traditionnelle ouzbèke, le qoshnay, est menacé de disparition.
Roy, S., 2015, Le rubâb afghan, un héritage musical malmené, Novastan.org, 1 novembre 2015, en ligne : https://www.novastan.org/fr/ouzbekistan/le-rubab-afghan-un-heritage-musical-malmene/.
Instrument très populaire dans l’Asie centrale depuis la fin du XVIIIe siècle, le rubâb afghan a été adapté au répertoire soviétique, perdant une partie de sa tradition. Mais le rubâb n&rsquo…