Sophie Blanchy
Directrice de recherche
émérite
Comores, Madagascar, Mayotte
Comores, Mayotte, parenté, matrilocalité, matrilinéarité, système d’âge, hiérarchies, droit, genre, expérience subjective, littérature orale, Madagascar, entités invisibles, environnement, rituels, transmission
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S. Blanchy travaille à Mayotte depuis 1980 et aux Comores depuis 1987. Après une thèse sur la vie quotidienne à Mayotte (île française de l’archipel des Comores), elle a étudié le rituel du mariage et les classes d’âge à Ngazidja (Grande-Comore). Les diverses variantes du système d’âge mises en œuvre dans chaque cité ont mis au jour la complexité d’une organisation sociale et politique qui articule matrilinéarité, âge, islam et aujourd’hui migration. Les réseaux de relations qui se nouent, dans ces cadres d’apparence très formelle sans cesses interprétés et renouvelés, produisent des parcours personnels variés selon les circonstances, le genre et les choix opérés aux différents âges. Après des enquêtes à Anjouan, ses travaux portent actuellement sur le réseau d’échange de Mohéli. Plus largement, sa réflexion se tourne, de manière comparative dans les quatre îles des Comores, vers les formes de relations parentales induites par le principe ou l’inflexion matrilinéaire et la règle de résidence uxorilocale, d’une part, le lien patrilinéaire et l’islam d’autre part. Ces relations parentales ont une dimension territoriale et politique prises en compte d’une part dans les formes locales : le système d’âge, l’assemblée masculine, la citoyenneté acquise par le cycle des échanges (dont le Grand mariage), d’autre part dans l’action de l’État, la nationalité et le droit des personnes. La prise en compte de l’historicité des situations est essentielle à leur compréhension.

À Madagascar, depuis 1990, ses travaux ont porté sur la variété des pratiques et des représentations religieuses, l’expérience subjective et la carrière des médiateurs (Hautes Terres, Moyen-Est). Elle a étudié l’usage matériel et rituel qui est fait des forêts d’altitude de l’Ankaratra où se trouvent des sites de cultes ancestraux. A partir de ces pratiques et des discours des responsables locaux sur les entités visibles et invisibles de l’environnement, dont font partie leurs ancêtres, elle a décrit les formes d’adaptation ou de résistance des villageois aux politiques forestières menées par l’État et les organismes internationaux. Il s’avère que si l'histoire et le patrimoine local, comprenant un savoir sur l’environnement méconnu des scientifiques naturalistes, sont en position subalternes vis-à-vis des thèmes centraux promus par les politiques culturelles d’État, cela n'empêche pas d'observer à cette échelle des processus de patrimonialisation locaux.