Juliette Cleuziou
Jeune docteure
Mariages, démariages et remariages : rituel, genre et parenté au Tadjikistan contemporain
Laëtitia Atlani Duault et Catherine Poujol
08/12/2016
Prix de thèse du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac 2017.
Tadjikistan, Fédération de Russie
Asie centrale
Mariage, genre, parenté, rituel, prestations, migrations
...

Je suis actuellement postdoctorante au sein du projet MECMI ("Mort en contexte migratoire") financé par l'ANR et hébergé au LESC (direction: Carolina Kobelinsky, Lilyane Rachédi).

Après avoir étudié différents rites de mariage et de naissance dans deux régions du Tadjikistan, je m'intéresse aujourd'hui au tratement de la mort, à la fois dans une perspective diachronique (l'évolution des rituels funéraires et des représentations de la mort depuis l'époque soviétique) et dans une perspective transnationale (l'effet des migrations actuelles vers la Russie sur le traitement de la mort "au loin", le raptriement des corps morts, etc.). 

Les questions de genre et de parenté traversent ces thématiques de recherche. 

Responsabilités

Membre du comité éditorial de la Revue Terrain et du blog associé "Carnets de Terrain"

Enseignements

2011-2015 : enseignement au département d’Ethnologie, Université Paris Nanterre (monitrice). TD L1 & L3.

Cours d’introduction à l’Ethnologie : théories, méthodes et objets. Approche historique de la discipline (64h). Cours d’introduction aux pratiques de terrain et à l’anthropologie de l’alimentation (16h). Ateliers de lecture de textes classiques de la littérature anthropologique. Approche thématisée des débats classiques au sein de la discipline (48h).

2011-2016: Interventions ponctuelles dans des séminaires d’anthropologie et de sociologie, en France (Université Paris Nanterre, EHESS et ENS) et à l’étranger (Université de Graz, Autriche). Dispensés en français et en anglais.

Collectifs

2018-19. Responsable scientifique du projet de recherche "Faire circuler les morts – Étude des Rituels et de l'Économie
Funéraires Postsocialistes en contexte Migratoire" (REFPoM).

Financé par l'Agence Nationale de la Recherche. 

En Asie centrale postsocialiste, les mobilités internationales orientées principalement vers la Russie se sont considérablement intensifiées depuis l’effondrement du bloc soviétique en 1991. Ces circulations migratoires s’accompagnent parfois, au gré des aléas des trajectoires, de la mort des migrants. Le projet REFPoM s’intéresse aux questions que posent justement les morts en mobilité en Russie et en Asie centrale (Ouzbékistan, Tadjikistan, Mongolie). Il propose d’explorer une région peu investie par l’anthropologie française  et d’analyser un phénomène encore jamais étudié dans la région, les « morts au loin », au prisme d’une approche interdisciplinaire qui associe des méthodologies quantitatives et qualitatives. Les nouvelles territorialités des morts en migration témoignent des circulations inédites dans la région de par leur intensité et leur forme. En outre, elles incitent les sociétés à innover, à penser de nouvelles pratiques rituelles et économiques pour y faire face. Ce projet souhaite les analyser selon deux axes d’études.

(a) « Reterritorialiser ses morts. Impératifs symboliques, rituels et économiques »

Il s’agit d’analyser les modalités symboliques, rituelles et économiques de la reterritorialisation des morts en mobilité qui, dans la majorité des cas, incluent le rapatriement du corps du défunt. Il s’agira de saisir quelles sont l’idéologie funéraire, les pratiques rituelles transnationales et les relations familiales qui les sous-tendent. Les décès soulèvent des questions quant au choix du lieu de sépulture, aux modalités de l’accomplissement rituel et aux coûts financiers que ces décès représentent, pour lesquelles il faut tenir compte de la diversité des populations (tadjikes, ouzbèkes, mongoles, etc.) et des religions (islam, bouddhisme, etc.) qui seront étudiées par les participants au projet.

Ici, en Asie centrale, et là, en Russie, les contraintes institutionnelles, politiques et économiques, contribuent à la création par les migrants et leurs familles de pratiques rituelles et économiques d’ajustement. L’analyse des décès des migrants centrasiatiques en Russie permettra ainsi de saisir les enjeux soulevés par les pratiques symboliques, rituelles et économiques de reterritorialisation auxquelles ils donnent lieu. Plus généralement, elle contribuera aux recherches portant sur ces « morts déterritorialisés ».

(b) « Rituels funéraires, construction mémorielle et résistance politique »

Ce 2e axe de recherche s’intéresse à la construction mémorielle et la dimension politique de ces pratiques rituelles transnationales. L'une des originalités du projet REFPoM réside dans l’approche politique du phénomène : il s’agit d’aborder le rituel comme le lieu d’une micro-politique qui permet de saisir, au-delà des transformations symboliques et familiales, la manière dont les migrations et les processus politiques actuels affectent les relations des populations à leurs institutions. Ici, les notions de « tactique » (Certeau et Giard 2010) et d’ « infra-politique » (Scott 2006) nous serviront de point de départ théorique pour analyser les rapports entre les groupes sociaux (les migrants, leurs familles, etc.) et les institutions qui les gouvernent. En comprenant les rituels transnationaux comme une « arène de contestation » (Gardner et Grillo 2002) plus ou moins visible ou consciente, ce projet permettra de rendre visibles des rapports politiques entre communautés et État, rapports qui ne sont pas incarnés dans des institutions mais plutôt dans des pratiques – ici funéraires – qui visent le plus souvent à les contourner.

Il s’agira pour cette équipe de recherche d’analyser le rôle et les dynamiques de l’économie funéraire au sens large pour saisir à la fois les pratiques d’entraide dans la migration, la gestion de la mort en contexte de mobilité et, plus largement, les dynamiques qui sous-tendent les rapports entre société et politique en contexte postsocialiste.

Contributeurs et contributrices: Juliette Cleuziou (LESC) (porteuse du projet), Grégory Delaplace (Univ. Paris Nanterre/LESC), Christilla Marteau d'Autry (LESC), Sandra Pellet (Legos). 

 

2016-2017. Coordination du projet de recherche « Histoires de mort(s) » sur l’économie funéraire en Asie centrale soviétique et contemporaine, financé par la Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie René Ginouvès, en collaboration avec Isabelle Ohayon, historienne (CNRS/EHESS). 

http://www.mae.u-paris10.fr/lanthropologie-funeraire-et-lhomme-face-a-la-mort/

Ce projet est conçu comme la première étape d’une recherche sur la mort telle qu’elle est traitée dans les rituels et régulée par la loi en Asie centrale, dans une perspective diachronique. Depuis la création des rituels soviétiques (dès les années 1920-30) jusqu’aux nouvelles régulations politiques qui affectent les cérémonies contemporaines dans les États indépendants, il s’agit d’interroger le rapport entre le rituel, son économie (au sens large, de l’organisation à son financement) et la légalité telle qu’elle est définie par le projet politique.

Le projet propose d’explorer plus précisément l’évolution de l’« idéologie » et de « l’économie du funéraire », en lien avec les changements sociopolitiques dans la région, de questionner le rôle de l’économie funéraire non comme symptôme mais comme lieu d’hybridation des pratiques, comme lieu de résistance ou d’opposition au politique, mais surtout comme lieu d’autonomisation des pratiques sociales, vis-à-vis du politique.