Violaine Héritier-Salama
Doctorante
Irriguer depuis des millénaires. Approche anthropologique des savoirs sur l'eau dans la plaine de Marrakech
Fabienne Wateau et Jean-Pierre Van Staevel
Membre de la Casa de Velasquez - EHEHI (Ecole des Hautes Etudes Hispaniques et Ibériques), 2017-2018
Maroc
Al Haouz (région de Marrakech), Chleus
irrigation, agriculture, territoire, diachronie
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Par une ethnographie qualitative de la pratique de l'irrigation à Aghmat, commune rurale de la région de Marrakech, Violaine Héritier-Salama s'intéresse à l'occupation humaine d'un territoire berbère dans ses aspects aussi bien sociaux que techniques. Elle s'interroge notamment sur la pérennité de sa mise en valeur, et sur l'implication de la gestion des ressources dans l'organisation sociale. Quel lien existe-t-il entre le fonctionnement d'une communauté rurale, son rapport à l'environnement, et l'aspect technique de la mise en valeur agricole ?

Cette recherche d'abord focalisée sur l'eau s'est ensuite élargie à la question des usages de la terre et de l'organisation spatiale, en s'intéressant entre autres à l'émergence d'un nouveau type de culture en pépinières, destinée à produire des plantes pour jardins. En combinant plusieurs modes d'enquêtes ethnographiques (suivi d'acteurs et visites d'exploitations, relevés de parcellaires, recueil de parcours individuels ou familiaux) à une immersion dans la société locale (intégration dans la famille d'accueil), elle entend multiplier les points d'entrée dans cette société composite, très marquée par une séparation entre sexes, afin d'être attentives aux aspects aussi bien économiques, symboliques, techniques, politiques ou culturels de la mise en valeur agricole du territoire. Il apparaît ainsi que les différents enjeux de l'irrigation se retrouvent dans l'organisation spatiale comme dans la composition du groupe social - qu'il s'agisse de la répartition des infrastructures hydrauliques, parfois très anciennes, ou des mobilités induites par la recherche de meilleures possibilités agricoles. Ces mobilités s'observent aussi bien au sein des familles, à l'échelle du territoire d'Aghmat, qu'à l'échelle régionale ou nationale, avec la venue d'immigrés, et ce à différentes époques.

Elle tente en outre d'examiner  ces enjeux de manière dynamique en inscrivant sa recherche dans la longue durée, par une approche historique et archéologique : La longue histoire de l'irrigation à Aghmat, qui remonte au moins au Moyen-Âge, est appréhendée par l'étude de sources historiques médiévales et modernes (récits, chroniques, textes juridiques), voire coloniales ; et par des prospections archéologiques de surface complétant les apports d'un programme de fouilles consacré à l'ancienne ville médiévale (auquel elle participe depuis 2011). Ce détour méthodologique lui permet de replacer les tensions actuelles autour de l'eau dans la perspective des tensions passées, et de questionner la nature de "patrimoine" de l'irriagtion - soit le caractère à la fois transmis et commun des savoirs et des infrastructures liés à l'eau. A travers cette question des ressources, et face au délitement des règles de partage de l'eau observé sur le terrain, il s'agit d'interroger, enfin, la notion de "communauté locale".

Jui 9, 2017

Enseignements

Département d'Anthropologie de Paris Nanterre, année 2015-2016 :

-TD d'Histoire de l'Homme, Licence 1

-CM d'Ethnobiologie et d'anthropobiologie écologique, Licence 3 - avec Eric Garine

 

Institut Français d'Egypte à Alexandrie, 1er trimestre 2011 :

-Cours de méthodologie et de culture générale, Licence 2 [pour la Faculté de commerce de l'Université d'alexandrie]

-Cours de Français A2/B2 pour adultes

Collectifs


2015-2017. Transition sociale et environnementale : Alternatives et Communs (Transe-AC). LESC, LAVUE, ED 395, ICS Lisboa, FCS Valencia, Campus France, Projet de la Maison de l'Archéologie et de l'Ethnologie 2015. http://www.mae.u-paris10.fr/transe-ac/

Ce projet réunit des chercheurs et doctorants européens en anthropologie, géographie, sociologie et urbanisme ; il est dirigé par F. Wateau (LESC-UMR7186) et M.-H. Bacqué (LAVUE-UMR 7218) et co-porté par Adrien Krauz (LAVUE-UMR 7218, Paris Nanterre) et Violaine Héritier-Salama (LESC-UMR7186, Paris Nanterre, Paris-Sorbonne)Il s’agit d’un projet exploratoire autour des formes d’ajustements sociaux, politiques et environnementaux qui émergent dans des contextes européens – nouvelles formes de mobilisations politiques recherchant l’émancipation sociale ou l’empowerment, initiatives citoyennes en milieu urbain ou rural, création de collectifs ou de “communs” – la plupart de ces dynamiques étant en relation avec les impératifs de la préservation et du bon usage des ressources et souvent renforcées par un contexte de crise généralisée en Europe. Les terrains d’étude sont situés en Espagne (la huerta de Valence, agriculture biologique espagnole, conflits entre populations et logiques de préservation dans un parc national), au Portugal (question de circuits courts, dynamiques de quartiers à Lisbonne) et en France (tables de concertation, jardins urbains, habitat participatif). Il a donné lieu à un colloque à l'université de Nanterre les 22-24 mars 2017, en cours de publication.

 

2009-... La montagne d’Îgîlîz et le pays des Arghen. Enquête archéologique sur l’histoire du peuplement rural dans le Sud marocain au Moyen Âge et à l’époque prémoderne. Orient & Méditerranée - UMR 8167, INSAP (Rabat), CIHAM - UMR 5648, Casa de Velázquez, Paris IV, Université d’El Jadida, Direction du Patrimoine. Prix d’archéologie 2015 de la Fondation Simone et Cino del Duca. http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article1936.

Placé sous la direction scientifique d’Ahmed Ettahiri (Insap), d’Abdallah Fili (Université d’El Jadida, UMR 5648) et de Jean-Pierre Van Staëvel (Université de Paris-Sorbonne, UMR 8167), ce programme de coopération archéologique a pour objet d’étude la montagne d’Îgîlîz, située dans l’Anti-Atlas, non loin de la plaine du Sous. C’est là, vraisemblablement dans un village situé au pied de cette montagne, que naquit et grandit, dans le dernier quart du xie siècle, Ibn Tûmart, l’une des plus grandes figures de l’histoire du Moyen Âge marocain. Juriste et théologien, ce personnage est le fondateur de la doctrine religieuse almohade, qui allait trouver dans la région ses premiers partisans parmi les membres de la tribu des Arghen, ses frères de sang. La forteresse implantée au sommet de la montagne a alors servi, dans les années 1120-1130, de refuge et de lieu de retraite pieuse à cette communauté de dévots voués à la réforme, dans le cadre d’une institution religieuse et militaire particulière : le ribât. L'expansion guerrière initiée par ces ardents mystiques contre le pouvoir des Almoravides et leur capitale Marrakech devait aboutir, un quart de siècle après ses débuts, à la constitution du plus vaste empire que le Maghreb médiéval ait jamais connu : l’empire almohade (1147-1269). Rapidement marginalisé puis déserté en grande partie, le site fortifié d’Îgîlîz offre la chance unique de pouvoir étudier de larges pans de la vie quotidienne d’une société rurale composée de dévots, de paysans et de guerriers.

 

2005-... Mission archéologique d'Aghmat (Maroc). Fondation Aghmat, Evéha, fondation Majorelle.

La mission archéologique d'Aghmat est co-dirigée par Abdallah Fili (PR, Université d'Al-Jadida), Ronald Messier (émérite, Middle Tenneessee University) et Chloé Capel (ArScAn-UMR 7041), elle associe également Violaine Héritier-Salama (LESC-UMR 7186, Paris Nanterre, Paris-Sorbonne), Sylvain Foisset (Evéha), et plus épisodiquement des membres de l'INSAP (Rabat). Chaque année, elle se consacre à la fouille des vestiges du centre-ville de la cité médiévale, abandonnée au XIVème siècle et partiellement conservée sous les champs. Situé au débouché de la vallée de l'Ourika dans la plaine du Haouz, vers Marrakech, Aghmat était un centre politique important - chef-lieu d'un émirat local puis éphémère capitale de l'empire almoravide, avant la construction de Marrakech - dont la fondation pourrait être pré-islamique. Il s'agissait toutefois, avant tout, d'une riche cité commerçante, enourée d'un territoire fertile dont la mise en valeur agricolede a coincidé avec le développement de la cité. Les fouilles y ont mis au jour un hammam du Xème siècle, un palais mérénide associé à une zone d'habitat, la grande mosquée de la ville, une qubba (fontaine à ablution monumentale) almoravide et un riche réseau d'infrastructures hydrauliques (canal de dérivation de l'oued, bassin, citernes).