Hélène Bloch
Doctorante
 
« Nourrir la vie » (yangsheng) : de l'ascèse taoïste au marché de la longévité, du temple au Roi des Remèdes à la fabrique d'alcools de luxe (Mont Qingcheng, Sichuan, Chine)
Adeline Herrou
Chine
Sichuan (Chengdu, Mont Qingcheng)
Pratiques de longévité, marchandisation, taoïsme, temple, rapports économie/religion
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Hélène Bloch s'intéresse à la coopération entre temples taoïstes et entreprises privées à travers la marchandisation de pratiques de longévité rassemblées en Chine sous l'appellation de "nourrir la vie" (yangsheng). En se promenant dans les rues des grandes villes de la province du Sichuan, tout aujourd'hui paraît porter la possibilité de "nourrir la vie", et ce au sein de lieux aussi divers que des temples taoïstes, certes, mais aussi, et de façon très différente, des instituts de beauté, des jeûnes organisés, des massages, des stages d'arts martiaux, etc. Le terme de "nourrir la vie" trouve son origine dans le taoïsme, puisqu'il est mentionné pour la première fois dans le Zhuangzi, texte qui remonterait au IVe siècle avant notre ère. "Nourrir la vie" désigne un ensemble incommensurable de techniques (régimes, gymnastique, méditation, jeûne, hygiène sexuelle, respiration, visualisation, etc.), et surtout leur finalité : rallonger la vie dans le but d'atteindre l'immortalité, dessein idéal des ascètes taoïstes.

Hélène Bloch explorera la fluidité de cette notion à partir d'une ethnographie centrée sur la fabrication et à la commercialisation d'alcools thérapeutiques appelés "alcools pour nourrir la vie" dans la région du Mont Qingcheng, une célèbre montagne sainte taoïste située à quelques dizaines de kilomètres de Chengdu, la capitale provinciale du Sichuan. Lieu à l'histoire taoïste millénaire, le Mont Qingcheng est de ce fait également un site touristique toujours grandissant depuis une vingtaine d'années, période d'ouverture de la Chine continentale. Des entreprises privées tirent parti de cet abondant tourisme patrimonial et religieux pour s'associer à des temples taoïstes. Ils élaborent ensemble des produits et des services qui répondent à une préoccupation plus générale pour la santé et la longévité au sein de nouvelles classes moyennes n'ayant que depuis peu la possibilité de prendre des congés et de partir en vacances. Il s'agira d'explorer comment cette boisson peut se trouver au croisement de l'économie des temples et des entreprises, mais aussi de préoccupations ascétiques, thérapeutiques, religieuses, économiques et commerciales.