Maison Archéologie & Ethnologie, salle 304F du LESC (3e étage)
21, allée de l’Université, Nanterre

Ce que ne pas savoir peut nous apprendre. Incertitudes et espoirs autour des morts du conflit armé colombien, Ivan Massin (Doctorant UPN)

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EREA

Jeudi 23 Novembre 2017 09:00 - 11:00

Séminaire Massin

Séminaire Massin
Dans son étude sur les parcours des détenus-disparus lors de la dictature militaire en Argentine, Gabriel Gatti (2011) propose une qualification de la fragmentation de l’être des victimes de violences de masse sous le double terme d’« identité sans corps et de corps sans identité ». Ce chiasme servira de point de départ pour présenter, à la lumière de deux situations ethnographiques contrastées, d’autres types de morts dont le statut est davantage provisoire ou liminaire: ni tout à fait disparus, ni déjà entièrement réapparus.

A Medellín, on examinera d’abord les dénonciations publiques de disparitions survenues en 2002 à la suite d’une opération militaire, dans un quartier sud de la ville de Medellín (Comuna 13). Moyen d’expression de souffrances, ces dénonciations mettent en jeu des acteurs hétérogènes dans le but de répondre, au sujet des disparus, à une question pourtant commune: « Où sont-ils ? ».

On s’intéressera ensuite à l’arrivée massive de cadavres flottant par le fleuve Magdalena au début des années 2000 à Puerto Berrío et à leur insertion dans un tissu religieux préexistant. Inhumés dans le cimetière municipal, certains de ces morts ont été « choisis » (escogidos) par des habitants de la ville dans le but d’en faire des intercesseurs célestes et des agents miraculeux. Dans ce cas, les habitants ne se posent pas la question de savoir qui sont ces morts (et d’où ils viennent) mais ils s’intéressent à leurs capacités à agir (au ciel) : « Que font-ils et comment faire pour qu’ils le fassent pour moi ? »

Ces deux cas soumis à discussion permettent de considérer l’incertitude liée à la disparition non pas seulement comme « vide à combler » mais aussi comme moteur d’action et ressource relationnelle.

Cliché : haut, dénonciation publique de disparitions (Medellín) ; bas, niche fleurie du cimetière de Puerto Berrío portant l’inscription NN (Ningún Nombre) « pas de nom » / © Ivan Massin, 2017.




Le séminaire de l’EREA (Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne) est un espace de discussion, ouvert à tout public, flexible et modulable, qui a pour vocation de stimuler les échanges entre la formation américaniste du département d’anthropologie de l’université Paris Nanterre et les chercheurs du Centre ainsi que des invités extérieurs. Tout en étant un foyer de réflexion sur les recherches américanistes en cours, il sert également de plate-forme pour la divulgation des travaux des doctorants, post-doctorants et chercheurs associés.

Sous forme de présentations individuelles, de cycles thématiques ou de demi-journées d’étude, il apporte ainsi un espace de recherche complémentaire aux réunions du Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) et au Groupe d’enseignement et de recherche sur les Mayas et la Mésoamérique (GERM).

Organisation et contact : Philippe Erikson et Vincent Hirtzel

 

Calendrier 2017-2018

6 oct. 2017 : « SAWA (Savoirs Autochtones Wayana-Apalaï). Deuxième partie : L’expérience » – Projection et discussion du film en présence de Lionel Rossini, réalisateur, avec Mataliwa Kulijaman et Ikale Asaukili

20 oct. 2017 : Des affins révocables. Esclavage et mariage asymétrique chez les Yuqui d’Amazonie bolivienne, David Jabin (Post-doctorant au musée du quai Branly – Jacques Chirac)

10 nov. 2017 : Christianiser le chamanisme, moraliser les mœurs. Évangélisation franciscaine, mythologie édifiante et changement social chez les Cavineños (Amazonie bolivienne), Mickaël Brohan

23 nov. 2017 : Ce que ne pas savoir peut nous apprendre. Incertitudes et espoirs autour des morts du conflit armé colombien, Ivan Massin (Doctorant UPN)

8 déc. 2017 : JOURNÉE D’ÉTUDE: Penser le transgenre dans les populations amérindiennes d’Amérique latine

20 déc. 2017 : Discours rituels amérindiens - Bruna Franchetto - Alessandro Lupo

12 janv. 2018 : « It’s the Grand Canyon! Come on! ». Stratégies discursives et formes de l’opposition à un projet de développement touristique controversé en territoire navajo (Arizona, États-Unis), Julia Vogel (Doctorante UPN)

25 janv. 2018 :San Simón en Californie. Entre circuits néo-ésotériques, catholicisme populaire et processus de patrimonialisation culturelle, Sylvie Pédron-Colombani (LESC-EREA)

9 fév. 2018 : Le cannibalisme guerrier suruí (tupi-mondé, Amazonie brésilienne), Cédric Yvinec (MONDA-CRBC)

15 fév. 2018: Transformations des relations d’alliance, genre et onomastique chez les Tuyuka (haut Rio Negro/Brésil): la question des « considérations » et des noms à plaisanterie, Emmanuel Richard (Doctorant UPN)

16 fév. 2018: Disputas cosmológicas y ciclos temporales: las relaciones entre los muertos y la nocturnidad en San Antonio del Cajón (Catamarca, Argentina), Bárbara Martínez (Universidad de Buenos Aires)

23 fév. 2018 : Qu’a-t-on fait des Cannibales ? Le rituel anthropophage tupinamba, l’ethnologie amazonienne contemporaine et la théorie du sacrifice, Oscar Calavia Sáez (EPHE)

9 mars 2018 : Prise de tête : retour sur la chasse aux tsantsa chez les Jivaro, Anne Christine Taylor (LESC-EREA)

23 mars 2018 : Partition et devenir postmortem du corps des sacrifiés: réflexions sur quelques cas mésoaméricains, Grégory Pereira (ARCHAM)

6 avr. 2018 : Le sacrifice humain comme gouvernance inca, Antoinette Molinié (LESC)

4 mai 2018 : Esteban Arias (doctorant LAS)

18 mai 2018 : Alessandro Lupo (Sapienza Università di Roma)

1er juin 2018: Emmanuel Désveaux (EHESS)