JDA Metraux

JDA Metraux
Alfred Métraux : relectures transatlantiques

édité par Philippe Erikson

Journal de la Société des Américanistes, 102 (2), 2016, p. 7-168 [en ligne]

Né quelques années avant Lévi-Strauss (1908-2009) et mort juste avant la parution du premier volume des Mythologiques, Alfred Métraux (1902-1963) compte assurément parmi les grandes figures de l’américanisme du xxe siècle. Même si, de son vivant, sa renommée a certainement pâti de l’ombre portée du structuralisme, cet immense savant, globe-trotter de la recherche anthropologique, n’en aura pas moins marqué l’histoire de la discipline d’une empreinte certes éparse, mais si originale qu’il est aujourd’hui encore malaisé d’en circonscrire l’étendue exacte et d’en jauger la profondeur. Un regard rétrospectif sur son œuvre semblait donc tout sauf superflu.

Contributeurs : Philippe Erikson, Daniel Métraux, Fernande Schulmann, Monique Lévi-Strauss, Simone Dreyfus-Gamelon, Federico Bossert, Lorena Córdoba, Rodrigo Montani, Diego Villar, Pablo Sendón, Fernando Giobellina Brumana

couv ateliers43 vign

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L'habillage des choses de l'art. Des marchés aux collections en Himalaya et au-delà

édité par Gisèle Krauskopff

Ateliers d'anthropologie, 43 [en ligne]

De l’objet offert aux touristes sur les marchés de Katmandou ou du Ladakh à celui trônant dans les collections d’art asiatique ou primitif, qu’est-ce qui fait l’« objet d’art » ? Les contributions de ce recueil montrent le poids des fictions qui habillent les « choses de l’art » et leurs liens étroits aux dispositifs de valorisation marchande et esthétique. Elles nous conduisent aux deux pôles du périple qui a transporté masques, coiffes, bouddha ou mandala de l’Himalaya et des périphéries de la Chine jusqu’en Occident : sur les lieux d’échanges, marchés et ateliers locaux ou sites de vente en ligne, et dans les musées et expositions, en Asie et en Occident. Articulant biographie économique et ethnographies des mises en scène artistiques, ce recueil décode les schèmes à l’œuvre dans les fictions enveloppant ces objets : valorisation d’un passé immémorial, authenticité et sacralisation d’un paysage transcendant.

Contributeurs : Dina Bangdel, Sylvie Beaud, Imogen Clark, Pascale Dollfus, Élise Fong-Sintès, Gisèle Krauskopff

Couverture Social Epreuve Degout
Couverture Social Epreuve Degout

Le social à l'épreuve du dégoût

édité par Dominique Memmi, Gilles Raveneau et Emmanuel Taïeb

Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016, 218 p.

Corps du malade, du mourant, du mort, du pauvre : au cœur de nos sociétés contemporaines, des agents administrent pour le monde social et à sa place les marges de la vie biologique et sociale. Comment les pompiers, les travailleurs sociaux, les employés des pompes funèbres, les aides-soignantes, les infirmières et médecins se débrouillent-ils avec le « sale boulot » ? Parmi les émotions dont ils peuvent être affectés, il en est une, particulièrement archaïque, apparemment spontanée et difficile à réprimer : le dégoût. Il renvoie aux sensations du corps, mais recèle aussi une dimension sociale : pas seulement dégoût du goût des autres, mais peur de devenir comme eux, surtout s’ils sont jugés socialement inférieurs. Le dégoût traduit une urgence à se « séparer ». Réaction somatique à la crainte du rapprochement physique et social, émotion « mixophobe », le dégoût trace une frontière avec l’Autre, révélant les inavouables sociaux de nos sociétés.
Cet ouvrage interroge ce que le dégoût « fait » aux interactions. On y découvre l’opposition radicale entre coulisses et scène, régie par l’autocensure professionnelle, et les mille stratagèmes permettant d’affronter ce qui révulse. Limitation du toucher, port de gants, lavage obsessionnel, embellissement du cadavre et toilettage des mots eux-mêmes, autant de techniques visant à mettre à distance la vie organique… des autres. Révélatrices d’une souffrance spécifique au travail, ces stratégies professionnelles avouent une ambivalence d’autant plus menaçante qu’elle semble de plus en plus indicible. Car secrété par le processus de civilisation, le dégoût est pris dans des interdits sociétaux incitant à le taire. Cela en fait un instrument d’autant plus précieux de lecture du monde social. Cet ouvrage apporte ainsi une contribution importante à l’histoire, à la sociologie et à l’anthropologie des sensibilités.

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Trophées. Études ethnologiques, indigénistes et amazonistes offertes à Patrick Menget

édité par Philippe Erikson

Société d'ethnologie, Nanterre, 2016, 2 volumes, 560 p.

Guerre, couvade, chamanisme, sorcellerie, chasse aux têtes, rituels funéraires et mythologie… Rédigés par certains des meilleurs spécialistes contemporains de l'ethnologie de l’Amazonie, les trente-trois textes réunis dans cet ouvrage nous éclairent, entre autres, sur ces thématiques classiques de l’américanisme tropical. Si l’ayahuasca, le venin de rainette (kampo), les sarbacanes, les ornements corporels, le cannibalisme rituel, les arts oratoires et les dilemmes inhérents aux premiers contacts avec les Blancs occupent le devant de la scène, les problématiques plus contemporaines transparaissent également dans les deux volumes de ce recueil, qu’il s’agisse de l’introduction du football dans les villages amérindiens ou de l’implication croissante des jeunes femmes dans la vie politique de communautés kayapo mobilisées contre l’implantation de barrages hydro-électriques sur leurs terres. Les questions d’éthique sont également très présentes dans ces « trophées » dédiés à Patrick Menget — figure pionnière de l’ethnologie et de l’indigénisme —, avec des contributions qui traitent de l’attitude à adopter face à la cruauté infligée aux animaux ou face aux difficultés rencontrées par les ethnologues qui s’immergent dans des univers conceptuels amazoniens aussi systématiquement fascinants que parfois déconcertants.