couv ateliers42

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Les « jeunes » dans le sud de la Méditerranée. Ethnologie d'une catégorie singulière

édité par Isabelle Rivoal

Ateliers d'anthropologie, 42 [en ligne]

Dans le monde méditerranéen, rien ne permet de définir précisément l’empan de la jeunesse sinon que l’on cesse d’être considéré comme « jeune » lorsque l’on devient un « homme » (et pour les jeunes filles que l’on devient « épouse de » ou religieuse). « Être jeune » est une catégorie statutaire spécifiant un écart entre des individus accomplis et d’autres qui ne le sont pas. C’est à l’étude de cette catégorie que la présente livraison d’Ateliers d’anthropologie est consacrée. Articulé autour d’une comparaison entre les sociétés du Maghreb (Maroc) et du Proche-Orient (Liban, Syrie, Jordanie), ce numéro discute la figure complexe et ambiguë du jeune shâbb (pl. shabâb), caractérisée par la tension pressante de devenir... des maris, de bons musulmans, des chefs de famille, des personnes respectées, écoutées, qui réussissent ; en somme, des hommes. Chaque article présente un cas ethnographique, analysé en prenant en considération la dimension centrale de l’accomplissement, supposant des actes, une manière d’être et la reconnaissance de compétences sociales toujours remises en question. La pression que les jeunes, de plus en plus nombreux à rester « sur le seuil », font peser sur la société est forte. L’ambition théorique du volume est ainsi de développer une perspective critique sur la question du statut et des relations de pouvoir, de domination et d’honneur dans les sociétés du sud de la Méditerranée.

Contributeurs : Muriel Champy, Irène Dos Santos, Agnès Gharbi Mesmar, Raymond Jamous, Christine Jungen, Marko Juntunen, Anne-Marie Peatrik, Anna Poujeau, Isabelle Rivoal, Romain Simenel

couv gradhiva22

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Comment appréhender le cosmos, cette énormité comprenant l’univers terrestre et les objets célestes ? Comment le visualiser ? Le tenir dans ses mains ?

Figurant des systèmes de relations organisant un tout, les cosmologies constituent, de long temps, des sujets d’étude privilégiés par l’anthropologie. On les trouve communément sous la forme de représentations totalisantes (comme un mandala, ou un globe), ou bien sous la forme d’objets contenant le cosmos (comme un chaudron). Pour user d’autres terminologies, elles peuvent se décliner en « cosmogrammes », qui traitent le cosmos comme une entité indépendante et autonome, ou en « objets cosmiques », qui contiennent le cosmos. Ou, pour le formuler encore autrement, ces cosmologies dévoilent des vues « panoptiques », qui permettent d’« embrasser facilement d’un seul coup d’œil », ou bien des vues « oligoptiques », offrant de la totalité qu’elles cherchent à exprimer des vues partielles, mobiles, connectées à d’autres. L’anthropologie, mais aussi l’histoire des savoirs modernes et l’anthropologie des sciences et des techniques, sont ainsi rompues aux objets et dispositifs rendant possible de tenir le cosmos dans ses mains ou de l’avoir devant ses yeux, rendant possible de le contempler, de le maîtriser et de l’expérimenter. Quels sont, néanmoins, les petits opérateurs nécessaires à de telles manœuvres ?

En proposant d’approcher les cosmologies autrement que comme des représentations du cosmos, les auteurs de ce nouveau numéro de Gradhiva invitent à suivre les lentes, patientes, souvent laborieuses, parfois confuses, élaborations du cosmos, en s’intéressant aux ingrédients ou composants, ainsi qu’à leurs modes de liaison. Comment le cosmos est-il capté – plutôt que capturé ? Quels en sont les révélateurs ? Qu’est-ce-qui, localement, est capable de servir d’indicateur de changements qui nous dépassent (comme les changements atmosphériques) ?

Contributeurs : Sophie Houdart et Christine Jungen, John Tresch, Emmanuel Grimaud, Julien Bonhomme et Katerina Kerestetzi, Sophie Houdart, Istvan Praet

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Propreté, saleté, urbanité

édité par Émilie Guitard et Virginie Milliot

Ethnologie française, 153

Les tensions autour du propre et du sale offrent un angle privilégié pour analyser l’administration de la cité et les négociations de la civilité : tel est l’objet de cette livraison d’Ethnologie française. La saleté de la ville n’est pas qu’une affaire de microbes et de pollution, son assainissement est associé à la discipline des corps, au contrôle des foules et à l’éducation des classes dangereuses ; elle peut être un instrument politique puissant pour légitimer le contrôle et l’expulsion de certaines populations. C’est sans doute pourquoi, sous l’Ancien Régime comme aujourd’hui, en milieu colonial comme en Europe, l’intervention de la police dans la mise au propre des villes est récurrente. La saleté urbaine étant essentiellement celle des Autres, il faut s’en protéger, mais également s’en arranger.
Les contributions de ce numéro montrent ainsi le travail quotidien de la civilité urbaine, de la Goutte-d’Or à Garoua (Cameroun), d’une décharge en Isère aux réseaux d’égouts. Quant à la gestion des ordures, qu’elle soit confiée aux chiffonniers du Caire ou à des multinationales, elle s’inscrit aussi dans les processus de recyclage. La requalification des restes de la ville par ces mêmes chiffonniers, par des « Roms », ou encore par une asso ciation berlinoise offre une réponse alternative au modèle de consommation capitaliste et à ses montagnes de rebuts.

Le funéraire: mémoire, protocoles, monuments

édité par Gregory Delaplace et Frédérique Valentin

Éditions de Boccard, Paris, 2015 [Colloques de la MAE, 11]

Tout n’a-t-il pas déjà été dit sur le funéraire ? En réunissant archéologues, anthropologues et historiens autour de cette question, les actes du 11e colloque annuel de la MAE entendent montrer que, bien au contraire, ce lieu commun de la recherche en sciences humaines mérite d’être revisité. Du traitement ambigu du cadavre des souverains incas, que ses sujets continuent de traiter comme s’il était vivant, aux pratiques incertaines qui entourent les nourrissons morts dans les hôpitaux français, des sépultures monumentales de l’âge du Fer crétois aux tombes soignées mais anonymes des chrétiens de l’Éthiopie médiévale et moderne, du déménagement forcé des sanctuaires ancestraux chinois dans la mégalopole de Shenzhen aux sépultures mayas découvertes au cœur des maisons, les études de cas rassemblées dans ce livre invitent à une nouvelle réflexion sur ce qui peut constituer la place des morts dans les sociétés humaines du passé et du présent. Il semble que cette place n’est pas aussi fixe, certaine et univoque que les travaux classiques sur le funéraire avaient pu le laisser croire. Au fil des contributions, le lecteur constatera qu’elle est plutôt l’objet d’incertitudes récurrentes et de négociations, qu’elle n’est pas nécessairement associée à une sépulture visible ou à une volonté univoque de souvenir et, surtout, que les morts circulent bien davantage, et souvent bien plus vite, qu’on ne le pense.

ISBN : 978‑2‑7018‑0434‑7

SOMMAIRE

Grégory Delaplace, Introduction : incertitudes morales, régimes de visibilité et vitesse de circulation des morts

Maurice Bloch, Comparer les pratiques funéraires

Estella Weiss-Krejci, The Distinction between Funeral and Burial and Why it Matters



Place des morts et incertitudes morales

Gaëlle Clavandier et Philippe Charrier, Quelle place pour les « bébés morts » ? Espaces dédiés dans les cimetières et cérémonies rituelles d’adieu

Jessica Goux, Controverse en Terre d’Arnhem : où enterrer le défunt Dr Yunupingu ?

Céline Codron, Des dépôts mortuaires dans les patios toltèques : pratique funéraire ou non funéraire ? Étude de cas précis de l’État d’Hidalgo, Mexique, 800‑1300 apr. J.‑C.

Hemmamuthé Goudiaby, Squelettes dans le placard. La place du défunt dans les ensembles résidentiels mayas Classiques (250‑950 apr. J.‑C.)

Julio Bendezu-Sarmiento et Johanna Lhuillier, Les « silos funéraires » de l’âge du Fer en Asie centrale : dépotoir, ossuaire ou monument de mémoire ?

Sonemany Nigole, Des os dans le Mékong. La mémoire sans sépulture

Denis Regnier, Tombes ancestrales et super mariages chez les Betsileo de Madagascar

Anne-Christine Trémon, « Empêcher la dispersion des ancêtres » à Fort-les-Pins (Shenzhen, Chine)

Emmanuel Alcaraz, Le devenir des restes des mujâhidîn de 1962 à nos jours



Régimes de visibilité de la sépulture

Aurélie Aubignac, Des formes et du temps de la mémoire et de l’oubli dans les nécropoles crétoises du premier âge du Fer

Marie-Laure Derat et Yves Gleize, Anonymat des sépultures et mémoire des espaces et des morts : approche historique, anthropologique et archéologique des pratiques funéraires dans la société chrétienne d’Éthiopie, xie‑xviiie siècle

Lucia Alberti, Au-delà de l’horizon : différents régimes de visibilité des sépultures de Cnossos au IIe millénaire av. J.‑C.

Pauline Piraud-Fournet, Mashhad et mawqaf, monuments funéraires druzes du sud de la Syrie

Isabel Yaya, Les corps de la mémoire : pratiques mortuaires et pérennité dynastique chez les Incas

Olga Sicilia, Neither Tombs nor Weeping. The Death of Mhondoro Lineage Ancestral Mediums in the mid-Zambezi Valley (Zimbabwe)

Olivier Herrenschmidt, De quelques dispositions des enfants morts en bas âge dans l’hindouisme populaire. Les Vâda-Balija, pêcheurs en mer de l’Andhra côtier



Traitement funéraire et circulation des morts

Estelle Amy de la Bretèque, Se lamenter en MP3. Supports de mémoires mobiles chez les Yézidis d’Arménie

Pascal Sellier, Sépulture finale et programme funéraire. Penser les différents gestes funéraires des anciens Marquisiens comme les étapes d’un même protocole

Olivia Munoz, La « fabrique des ancêtres ». Complexification sociale et sépultures collectives dans la péninsule d’Oman à l’âge du Bronze ancien

Andras Zempleni, Un rite de reconstitution émotionnelle de la nation. Les réenterrements politiques hongrois