Page 1 de Sawa lettre infoINSHS 65

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Les savoirs amérindiens à l'heure du numérique: le projet collaboratif SAWA

Lettre d'information de l'InSHS, 65 (mai 2020), p. 8-11

La restitution physique d’objets collectés, souvent spoliés, à l’époque coloniale et postcoloniale est un thème qui suscite depuis plusieurs années de très vifs débats. D’autres demandes, matières et formes de restitution, telles que celles à l’oeuvre au sein du projet SAWA et du portail WATAU passent souvent plus inaperçues. Pourtant, elles constituent pour les populations qui en font la demande et les chercheurs qui s’efforcent de les mettre en place des enjeux tout aussi importants d’un point de vue socioculturel, politique et éthique. Elles pourraient même parfois être vitales pour la transmission de savoirs, la continuité d’un groupe, voire l’existence d’individus.

Couverture du volume 46 de la revue Sonorités, le bulletin de l'AFAS.

Couverture du volume 46 de la revue Sonorités, le bulletin de l'AFAS.
Les « archives sonores » du CNRS et du musée de l’Homme. Retour sur un ensemble documentaire emblématique et enjeux actuels

par Aude Julien Da Cruz Lima

Le Bulletin de l’AFAS, 46 [Sonorités], 2020, p. 60-85

Déménagé en 2009, le Centre de recherche en ethnomusicologie (Crem), rattaché au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (Lesc) basé à l’université de Nanterre, conserve les archives historiques de l’ancien département du musée de l’Homme, fondé par André Schaeffner en 1929. Dix ans après le déménagement, l’autrice dresse ici un bilan. Évoquant les modalités de la constitution d’un fonds d’une grande diversité qui, autour des enregistrements des ethnomusicologues, témoigne des activités d’une discipline pourvoyeuse d’archives qu’elles soient scientifiques ou administratives. Elle décrit la composition de cet ensemble historique qui continue de s’enrichir et de s’actualiser, évoque les questions soulevées suite à la séparation du CNRS et du musée qui reste en partie propriétaire des archives et celles liées à la conservation des documents au sein d’une université dont ce n’est pas directement la vocation. Elle nous informe de l’état d’avancement du traitement de ces fonds sonores et documentaires tant rétroactif que courant (inventaire, catalogage, numérisation, mise en ligne) opéré grâce à de nombreux partenariats.

Affordance to Kill: Sound Agency and Auditory Experiences of a Norwegian Terrorist and American Soldiers in Iraq and Afghanistan

par Victor Stoichita

Transposition, Musique et sciences sociales, Hors-série 2, 2020. [Accès libre]

During the wars in Iraq and Afghanistan, some American soldiers commonly listened to music in order to “motivate” themselves before action. Previous studies have shown that their most frequent choices to this effect pertained to two genres: “gangsta” rap and heavy metal. At another extreme of armed violence, Norwegian terrorist Anders Behring Breivik reported listening to a selection of tunes in the preparation of his 2011 massacre and possibly also during its perpetration. His musical choices sounded radically different from metal and rap. Yet, all of these styles of music had previously been associated with graphic violence throughout popular movies and video games. This paper asks how each type of music “worked” in motivating its listener for armed confrontation. The hypothesis here is that the differences between the terrorist’s and the soldier’s playlists reflect deeper contrasts in their engagements with the opponent. This case study of musical “motivation” leads to a broader discussion of the interplay between the agency of the listener, and the agency which he or she sometimes locates in the music itself.

Durant les guerres en Irak et Afghanistan, certains soldats états-uniens écoutaient régulièrement de la musique pour « se motiver » avant de partir en mission. Les études existantes montrent que leurs choix s’orientaient principalement vers deux genres : le « gangsta » rap et le heavy metal. À un autre extrême de la violence armée, le terroriste norvégien Anders Behring Breivik affirmait avoir fréquemment écouté de la musique pour préparer son massacre de 2011. Ses choix musicaux étaient radicalement différents de ceux des soldats états-uniens. Néanmoins, ses musiques comme celles des soldats avaient été fréquemment associées à des scènes de violence dans l’industrie des films et des jeux vidéo. Cet article interroge la manière dont ces musiques purent s’avérer « fonctionnelles » pour motiver leurs auditeurs en vue de la confrontation. La comparaison proposée requiert de dépasser le constat que les médias grand public interagissent avec les imaginaires individuels de la violence. L’hypothèse envisagée ici est que les différences entre les choix musicaux du terroriste et ceux des soldats reflètent un contraste plus profond dans leurs manières d’envisager la confrontation. Les cas de « motivation » ici étudiés conduisent aussi à une discussion plus large de la qualité d’agent dont certains auditeurs investissent certaines des musiques qu’ils écoutent.

CouvGrappin déf 210x330

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Engagement et réconciliation. Pierre Grappin : un parcours européen

préface d'Isabelle Rivoal, à la réédition augmentée de Pierre Grapin, Mémoires d'un universitaire humaniste

Presses universitaires de Paris Nanterre, Nanterre, 2020, 378 p.

 

La mémoire de Pierre Grappin est associée à l’université de Nanterre dont il a été le premier doyen de 1964 à 1968. Il ne s’agissait encore que d’une faculté de l’Université de Paris. Cette qualité de pionnier ayant choisi de quitter la Sorbonne et d’organiser avec une douzaine de collègues un nouveau campus sur les « plaines sableuses de la Garenne » suffit à marquer le lien avec notre grande institution de l’ouest parisien. Mais la figure du « doyen Grappin » reste surtout attachée à la période de mai 68. Son tête-à-tête avec Daniel Cohn-Bendit en est devenu l’un des symboles. À l’occasion du jubilé de ces événements, il semblait important de remettre à la disposition des lecteurs le récit autobiographique publié par Pierre Grappin en 1993. Ces souvenirs, intitulés L’Ile aux peupliers, avec en sous-titre De la Résistance à Mai 68, sont issus des conversations qu’il a eues avec Laurent Danchin, écrivain et critique d’art, dans sa maison du Jura. La réédition augmentée présente des textes et photographies extraits des archives du fonds Grappin, déposé à La contemporaine. Ces documents éclairent le parcours résolument européen, engagement de toute une vie, du doyen de Nanterre.

De la résistance à Mai 68 : le sous-titre n’est en effet pas anodin. Il renvoie à ces deux périodes de l’histoire nationale dans lesquelles Grappin fut un acteur reconnu et qui semblent ainsi baliser son autobiographie. Ce dernier souligne d’ailleurs d’autres coïncidences qui bornent en parallèle les mêmes événements historiques, comme pour mieux insister sur les hasards de l’histoire ou peut-être le destin, ce qui ne surprend guère chez cet élève de Jankélévitch. C’est ainsi à peine un peu plus d’un mois après l’ouverture de la faculté de Nanterre, le 19 décembre 1964, qu’André Malraux avait prononcé le discours d’hommage à Jean Moulin dont les cendres venaient d’être transférées au Panthéon et au projet avorté de libération duquel Pierre Grappin avait été associé. « J’ai cheminé de l’un à l’autre », nous semble-t-il dire aujourd’hui, « et les ‘souvenirs du doyen de Nanterre’ que je vous livre ci-après sont bien ceux d’un résistant engagé par conviction, d’un homme qui n’a eu de cesse de défendre les libertés ». Les libertés au pluriel, toujours concrètes et circonstanciées, plutôt que la Liberté avec majuscule des grands discours. Pierre Grappin livre ainsi ses mémoires de l’événement 68 dans la dernière partie d’un récit linéaire qui se déploie comme s’il lui avait fallu dire l’homme avant de pouvoir justifier l’acteur-doyen…