Bertrande Galfré
Doctorante
Bertrande Galfré
La Biodynamie dans le Comminges: ritualisation et spiritualisation des pratiques agricoles
Sophie Houdart et Vanessa Manceron
France
Comminges
Biodynamie, agriculture alternative, spiritualité, néo-ruraux
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[English version below]

Cette thèse porte sur l'agriculture biodynamique dans la région du Comminges (Haute-Garonne, Gers, Ariège), riche d’une grande diversité d’acteurs la pratiquant : hétérogénéité des échelles (du jardin vivrier à la ferme collective certifiée), des parcours biographiques, des âges et des professions (paysan-boulanger, maraîcher, éleveur etc.). Le terrain s'articule autour d'un réseau d'inter-connaissances, l'association Vivre en Comminges, qui a monté un groupe de travail autour de la Biodynamie pour mutualiser les expériences de chacun.

Aujourd’hui, l’idée de « crise écologique » prend une place grandissante dans le discours commun. Dans ce contexte vécu par certains comme celui d’un « effondrement » se sont développées une multitude d’alternatives et l’agriculture biodynamique a été largement réinvestie. En liant dialectiquement une pratique à une forme de spiritualité, le biodynamisme ouvre un espace d’expérience qui répond de façon privilégiée aux horizons d’attentes de ces acteurs, « agriculteurs natifs » comme « néo-ruraux », qui tentent de relocaliser leur utopie (Hervieu et Léger, 1983) dans une société qu’ils considèrent vouée à sa perte.

Parce que la Biodynamie permet de tenir ensemble l’idée d’une agriculture et d’une spiritualité alternative par un processus de ritualisation des pratiques agricoles (dont le compost biodynamique et les différentes préparations propre à cette méthode sont paradigmatiques), cette recherche vise à interroger la manière dont la Biodynamie s’ancre dans un courant de radicalisation des modes de vie paysans, liant un engagement social et spirituel. Une piste intéressante pour embrasser le sujet semble se dessiner avec l’anthropologie rituelle dans son approche relationnelle, celle défendue par Michael Houseman. Comment cerner, qualifier ce que met en jeu ce réseau de relations, entre humains et non-humains, dans lequel s’insèrent les biodynamistes dans leur tentative de ritualisation des pratiques agricole ? Dans quelle mesure cette ritualisation permet de réaliser (pratiquement) une spiritualité, pour un réseau qui prend racine dans le jardin et s’étend jusqu’au cosmos ? Cette agriculture, parce qu’elle met en œuvre des pratiques rituelles et une spiritualité effective, devient-elle un moyen pour des acteurs engagés de composer avec un monde et de construire, concrètement, le monde social, économique et environnemental de demain à partir de leurs fermes ?

 

Thesis entitled: Biodynamics in the Comminges: Ritualization and Spiritualisation of Agricultural Practices

This thesis explores biodynamic agriculture in the Comminges region (Haute-Garonne, Gers, Ariège), rich in a great diversity of actors practicing it: heterogeneity of scales (from food-producing gardens to certified collective farmes), biographical routes, ages and professions (farmer-bakers, market gardeners, livestock farmers, etc). The field is built around a network of inter-knowledge, the organisation “Vivre en Comminges”, which created a workgroup around Biodynamics to share each other’s experiences.

Today, the idea of an “ecological crisis” occupies an increasingly dominant position in mainstream discourses. In this context, experienced by some as a “collapse,” a multitude of alternatives developed and biodynamic agriculture was largely reinvested. By dialectically linking a practice to a form of spirituality, biodynamics opens up a space of experience that responds to the horizons of expectations of these actors, “native farmers” as “new-rural” who are trying to relocate their utopia (Hervieu and Léger, 1983) to a society they consider doomed to loss.

Because biodynamics propose the idea of an alternative agriculture and spirituality through a ritualization process of agricultural practices (whose biodynamic compost and various preparations of this method are paradigmatic), this research questions biodynamics’ roots in the radicalisation of peasant lifestyles, linking a social and spiritual commitment. An interesting way to approach the subject emerges with ritual anthropology in its relational approach, defended by Michael Houseman. How can we identity and qualify the states in this network of relations between humans and non-humans, in which biodynamics are inserting themselves in their attempt to ritualize agricultural practices? To what extent does this ritualization make it possible to realize (practically) a spirituality, for a network that takes root in the garden and extends to the cosmos? This agriculture, because it implements ritual practices and an effective spirituality, becomes a means for committed actors to deal with a world and to build, concretely, the social, economic, and environmental world and future from the garden to their farms?