couv ateliers48

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Alors vint la nuit… : terrains, méthodes, perspectives

édité par Aurore Monod Becquelin et Jacques Galinier

Ateliers d'anthropologie, 48 [en ligne]

 

Au cours des deux dernières décennies, le séminaire « Anthropologie de la nuit » du Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative s’est donné pour tâche d’inscrire la nuit comme un domaine de recherche de plein droit, appuyé par de nombreuses ethnographies dans des terrains proches ou lointains et dont le traitement repose sur une visée pluridisciplinaire et comparatiste à l’échelle des sciences humaines. Ce numéro d’Ateliers d’anthropologie réunit quelques contributions récentes de chercheurs sollicités pour interroger et analyser les nuits de leur terrain : terrains aussi lointains que l’arctique canadien et la Mésoamérique, ou territoires proches alimentant la recherche historique comme la sociologie des faits contemporains. Mais comment comparer la pensée inuit qui coud la continuité entre nuit et jour et obscurité et lumière ; le vécu nocturne des femmes dans un univers carcéral ; les nuits mésoaméricaines peuplées d’entités menaçantes ; les nuits qui s’écrivent avec des glyphes et les œuvres qui se jouent dans les théâtres du XVIIe siècle ; les cieux étoilés révélés à leurs fervents adeptes tandis qu’ils sont dérobés aux urbains surexposés à la pollution lumineuse ?

Le concept de nocturnité, utilisé par les historiens de la nuit, est un outil qui nous permet d’analyser à la fois les frontières emic de la nuit et du jour, mais également tous les éléments de la nuit qui pénètrent la vie psychique diurne. Le passage d’un imaginaire nocturne vers un monde diurne engage un déplacement progressif des ontologies « lorsque vient la nuit ». De là de nombreuses questions sur la notion de frontière : quelle est la nature de ces déplacements statutaires des êtres et des objets, qui peuvent selon les temps et les cultures constituer des phénomènes de connexion et de continuité, ou de basculement et de rupture ? Comment analyser cette ethnographie du « passage », tantôt inscrivant une opposition entre des mondes complémentaires en rupture l’un avec l’autre, tantôt marquant une continuité par une porosité explicite, ou encore privilégiant des espaces-temps intermédiaires rituellement mesurés ? À partir des croyances et des dispositifs culturels de gestion de la nuit, comment comprendre les ajustements de ce que la nuit transforme et de ce qui transforme la nuit ? Nous posons ici de nouvelles questions sur ce qui en fait un véritable acteur, un « agent très spécial » à l’entrecroisement des dynamiques politiques, économiques et culturelles sous-tendues par une « pensée de la nuit ».

CouvertureA&S20

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Les vies de la psychiatrie et la reconfection de l’ordinaire

coordonné par Nicolas Marquis et Baptiste Moutaud

Anthropologie & Santé, 20, 2020

La psychiatrie est traversée par des interrogations persistantes à propos de ce qu’est "soigner", mais aussi ce qu’est "bien vivre" lorsqu’on souffre d’une affection psychique chronique. Sur quels critères évaluer le bien-être ? Le soin peut-il dévier de ce que la personne à laquelle il s’adresse désire ? Entre la guérison, la rémission, la stabilisation ou le rétablissement, que vise-t-on ? Jusqu’où peut-on inciter un individu à être autonome ? L’objectif de ce numéro est de mettre en lumière un pan important du quotidien de la psychiatrie où se déploient concrètement ces interrogations : le travail de retissage d’une vie "ordinaire", et les critères utilisés pour définir en quoi pourrait consister cette vie. Si l’ordinaire prend une telle place dans les soins, c’est parce qu’il constitue précisément ce qui est mis à mal par le trouble mental mais aussi parfois par son traitement. Ce numéro est structuré autour de trois évolutions marquantes : la place grandissante réservée au discours des personnes souffrant de troubles mentaux ; la montée en puissance de la thématique du rétablissement ; et enfin le développement d’une anthropologie du potentiel caché. Ces évolutions renseignent sur les conceptions de ce qu’est une vie qui vaut la peine d’être vécue, des dimensions sur lesquelles il est possible d’agir pour y parvenir (biologiques, cognitives, structurelles, relationnelles, matérielles, symboliques, etc.), mais aussi de ce dont chacun devrait disposer pour mener au mieux son existence. 

ITTI8Filmer, travailler, chercher

sous la direction de Baptiste Buob et Jean-Paul Géhin

Images du travail, travail des images, 8

Dans le sillage du troisième numéro de la revue qui s’intéressait aux usages et aux statuts des images dans le processus d’enquête, il s’agit ici non seulement de considérer différentes façons de faire de la recherche filmée sur le travail, mais aussi de mettre l’accent sur « les effets de la fabrication ou de l’usage de ces “données visuelles” sur les situations d’enquête » en mettant la focale sur l’utilisation de caméras et d’images animées. Ce numéro réunit cependant des textes plus contrastés : diverses approches disciplinaires, différentes acceptions de la notion de « travail » et autant de fonctions dévolues à l’image. Se côtoient ainsi des contributions émanant de diverses disciplines – anthropologie, sociologie et géographie (ainsi qu’un varia en psychologie du travail) – rédigées soit par des « novices » – s’étant engagés pour la première fois dans la réalisation d’un film – soit par des chercheurs plus confirmés – ayant élaboré au long des années une réflexion méthodologique faite de procédures et de cadres théoriques éprouvés (fussent-ils très souples).

couv ateliers47

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Jeunes en question(s): onze études de cas en Afrique

édité par Muriel Champy et Anne-Marie Peatrik

Ateliers d'anthropologie, 47 [en ligne]

 

Comment penser les jeunes et la jeunesse en Afrique ? Comment ne pas réduire à la condition tragique faite à certains la grande diversité des existences que connaissent les autres ? Quels moyens se donner pour un essor durable des connaissances, au delà des conventions intellectuelles et des clichés sensationnalistes ? Que faire d’une catégorie fondée sur l'âge, ce critère improbable qui à la fois procède du devenir biologique des humains, sert d'unité de mesure des individus dans les recensements de population, est mobilisé à des fins fort diverses par les politiques et les publicistes, et dont les acteurs eux-mêmes se jouent dans leurs interactions ?

Au travers d’études de cas, écrites bien souvent par des auteur(e)s qui sont eux-mêmes des jeunes, cette livraison propose une nouvelle anthropologie comparative des jeunes et de la jeunesse. Elle déconstruit l’historicité de la catégorie jeune et son arrivée tardive dans le champ des études africaines, rappelle que des modalités coutumières imprègnent encore les devenirs. Des jalons sont repérés dans le foisonnement des travaux, et des questionnements formulés pour de nouvelles enquêtes. Ainsi sont posés, entre le local et le global, les cadres d’une comparaison avec d’autres jeunesses de par le monde, et le moyen d’enrichir des analyses trop marquées du seul sceau de la mondialisation.