Culture et Recherche 141 couv

Culture et Recherche 141 couv
Cinéma, audiovisuel, son

dossier coordonné par :
Jean Carrive (INA), Géraldine Poels (INA), Barbara Turquier (La Fémis), avec la collaboration de Solène Bellanger (Ministère de la Culture/DGCA)

Culture et Recherche, n°141, printemps-été 2020, 96 pages


Trois projets du Centre de recherche en ethnomusicologie du LESC y sont présentés :

  • Émergence de l’ethnomusicologie computationnelle, par Aurélie Helmlinger et Joséphine Simonnot (p. 20)
  • Un webdocumentaire « INOUI », par Nicolas Prévôt et Nicolas Bontemps (p. 22)
  • Écouter le monde avec MILSON. Les anthropologues des milieux sonores, par Christine Guillebaud, Renaud Brizard et Aude Julien Da Cruz Lima (p. 46)

Ce numéro propose un panorama des recherches les plus récentes menées au sein des établissements du ministère de la Culture dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel, des arts visuels et multimédias, de la musique et des œuvres sonores. Il témoigne de la spécificité des pratiques de recherche dans ces établissements, où elles s’articulent avec la création et la formation, l’archive et le patrimoine, ainsi qu’avec les mondes professionnels de la culture.

Les articles, rassemblés selon quatre grandes thématiques, reflètent la diversité des programmes de recherche sur les images animées et les sons : approches transdisciplinaires mobilisant les outils liés aux humanités numériques pour renouveler l’analyse de vastes corpus ; travaux sur la place des images et des sons dans la société, sur les usages des produits médiatiques, leurs enjeux politiques et économiques ; projets de recherche-création développés en particulier dans les écoles d’art et de cinéma ; enfin recherches à des fins de conservation et de restauration d’œuvres cinématographiques, audiovisuelles, musicales, ou encore à des fins d’archivage du Web.

Autant de recherches innovantes donnant lieu bien souvent à des partenariats avec l’Université, le CNRS ou des acteurs de la culture tant publics que privés.

Page 1 de Sawa lettre infoINSHS 65

Page 1 de Sawa lettre infoINSHS 65
Les savoirs amérindiens à l'heure du numérique: le projet collaboratif SAWA

Lettre d'information de l'InSHS, 65 (mai 2020), p. 8-11

La restitution physique d’objets collectés, souvent spoliés, à l’époque coloniale et postcoloniale est un thème qui suscite depuis plusieurs années de très vifs débats. D’autres demandes, matières et formes de restitution, telles que celles à l’oeuvre au sein du projet SAWA et du portail WATAU passent souvent plus inaperçues. Pourtant, elles constituent pour les populations qui en font la demande et les chercheurs qui s’efforcent de les mettre en place des enjeux tout aussi importants d’un point de vue socioculturel, politique et éthique. Elles pourraient même parfois être vitales pour la transmission de savoirs, la continuité d’un groupe, voire l’existence d’individus.

Couverture du volume 46 de la revue Sonorités, le bulletin de l'AFAS.

Couverture du volume 46 de la revue Sonorités, le bulletin de l'AFAS.
Les « archives sonores » du CNRS et du musée de l’Homme. Retour sur un ensemble documentaire emblématique et enjeux actuels

par Aude Julien Da Cruz Lima

Le Bulletin de l’AFAS, 46 [Sonorités], 2020, p. 60-85

Déménagé en 2009, le Centre de recherche en ethnomusicologie (Crem), rattaché au Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative (Lesc) basé à l’université de Nanterre, conserve les archives historiques de l’ancien département du musée de l’Homme, fondé par André Schaeffner en 1929. Dix ans après le déménagement, l’autrice dresse ici un bilan. Évoquant les modalités de la constitution d’un fonds d’une grande diversité qui, autour des enregistrements des ethnomusicologues, témoigne des activités d’une discipline pourvoyeuse d’archives qu’elles soient scientifiques ou administratives. Elle décrit la composition de cet ensemble historique qui continue de s’enrichir et de s’actualiser, évoque les questions soulevées suite à la séparation du CNRS et du musée qui reste en partie propriétaire des archives et celles liées à la conservation des documents au sein d’une université dont ce n’est pas directement la vocation. Elle nous informe de l’état d’avancement du traitement de ces fonds sonores et documentaires tant rétroactif que courant (inventaire, catalogage, numérisation, mise en ligne) opéré grâce à de nombreux partenariats.

Affordance to Kill: Sound Agency and Auditory Experiences of a Norwegian Terrorist and American Soldiers in Iraq and Afghanistan

par Victor Stoichita

Transposition, Musique et sciences sociales, Hors-série 2, 2020. [Accès libre]

During the wars in Iraq and Afghanistan, some American soldiers commonly listened to music in order to “motivate” themselves before action. Previous studies have shown that their most frequent choices to this effect pertained to two genres: “gangsta” rap and heavy metal. At another extreme of armed violence, Norwegian terrorist Anders Behring Breivik reported listening to a selection of tunes in the preparation of his 2011 massacre and possibly also during its perpetration. His musical choices sounded radically different from metal and rap. Yet, all of these styles of music had previously been associated with graphic violence throughout popular movies and video games. This paper asks how each type of music “worked” in motivating its listener for armed confrontation. The hypothesis here is that the differences between the terrorist’s and the soldier’s playlists reflect deeper contrasts in their engagements with the opponent. This case study of musical “motivation” leads to a broader discussion of the interplay between the agency of the listener, and the agency which he or she sometimes locates in the music itself.

Durant les guerres en Irak et Afghanistan, certains soldats états-uniens écoutaient régulièrement de la musique pour « se motiver » avant de partir en mission. Les études existantes montrent que leurs choix s’orientaient principalement vers deux genres : le « gangsta » rap et le heavy metal. À un autre extrême de la violence armée, le terroriste norvégien Anders Behring Breivik affirmait avoir fréquemment écouté de la musique pour préparer son massacre de 2011. Ses choix musicaux étaient radicalement différents de ceux des soldats états-uniens. Néanmoins, ses musiques comme celles des soldats avaient été fréquemment associées à des scènes de violence dans l’industrie des films et des jeux vidéo. Cet article interroge la manière dont ces musiques purent s’avérer « fonctionnelles » pour motiver leurs auditeurs en vue de la confrontation. La comparaison proposée requiert de dépasser le constat que les médias grand public interagissent avec les imaginaires individuels de la violence. L’hypothèse envisagée ici est que les différences entre les choix musicaux du terroriste et ceux des soldats reflètent un contraste plus profond dans leurs manières d’envisager la confrontation. Les cas de « motivation » ici étudiés conduisent aussi à une discussion plus large de la qualité d’agent dont certains auditeurs investissent certaines des musiques qu’ils écoutent.