Construits collectivement à partir de la diversité des rencontres et des expériences vécues sur des terrains arpentés depuis des années par les membres de l’unité recourant à divers croisements méthodologiques et disciplinaires, les quatre axes de recherches prioritaires s’appuient sur des recherches menées de longue date au sein du laboratoire, mais sont structurées par des préoccupations et des problématiques plus récentes, ayant gagné une place centrale au sein de l’unité au cours de ces dernières années. Ayant vocation à servir d’espaces fédérateurs autour de dialogues resserrés, les axes proposent un maillage de questionnements et d’enjeux autonomes mais assortis de passerelles que les chercheur.e.s – qui contribueront à un ou plusieurs axes – auront le loisir d’emprunter. Ces axes ont été élaborés à partir de grandes préoccupations théoriques et articuleront deux problématiques majeures : la première est celle des formes de l’action et de l’expérience, que celles-ci impliquent des personnes ou des groupes, généralement abordés dans des espaces relationnels empreints de doutes, de confrontations ou d’incertitudes ; la seconde est celle du temps et de la temporalité, qu’il s’agisse de considérer l’instant, le contemporain, l’actualisation du passé ou la projection dans le futur. Autrement dit, il s’agira ici de considérer de multiples régimes d’articulation entre formes d’expériences et temporalités.

[Le projet scientifique du laboratoire est consultable ici : projet scientifique (2020-2024).pdf]

1. Sensorialités et interactions. Cet axe fédère les recherches qui envisagent de considérer l’expérience prise sur le vif, l’action et les modalités de façonnement des interactions à l’échelle de phénomènes interindividuels et infra-individuels. De l’expression des émotions aux états de corps, à l’analyse de la vocalité et des altérations vocales dans le rituel jusqu’aux événements quotidiens par lesquelles se dévoile la présence des morts, il s’agira d’interroger l’expérience et la communication humaines en prenant appui sur des orientations théoriques d’inspiration aussi bien phénoménologique, interactionniste que pragmatique et cognitive. À travers ces différents volets, cet axe se propose ainsi d’observer le social dans l’articulation du rapport entre soi et autrui et dans l’interface de l’individu et du groupe, afin d’en capter de nouvelles caractéristiques.

2. Troubles dans le contemporain. Cet axe rassemble des projets de recherche menés sur des terrains qui entrent plus directement en résonance avec le débat public, la société civile et la circulation accrue des humains et des idées. Ces projets, qui touchent aussi bien au genre, à la parenté, à la religion, à l’environnement et à la santé qu’aux migrations, seront l’occasion de discuter de la notion de « trouble » dans des contextes vécus parfois comme catastrophistes et susceptibles de provoquer le renouveau. À la différence par exemple de la notion de crise, qui renvoie à une situation critique mais temporaire, celle de trouble recouvre différentes acceptions qui désignent non seulement des phases d’agitation et de déstabilisation ainsi que les perturbations à l’origine de désorganisations et les états de confusion qu’elles engendrent mais aussi des états opaques – non nécessairement destinés à devenir transparents – dus à la coexistence d’éléments considérés comme non homogènes. Dans quelles mesures les cas identifiés comme troubles – voire l’ayant été – relèvent-ils bel et bien d’un même ensemble et comment ces troubles sont-ils vécus au quotidien par les individus et les collectifs ? Pour répondre à ces questions, il s’agira de prendre concrètement ces situations pour objet, de les approcher empiriquement, en cherchant à identifier les points de contact avec les instances sociales, symboliques et idéologiques auxquelles elles se confrontent, qu’elles remettent en question ou qui les remettent en question (pouvoirs, institutions, normes, valeurs, croyances). Il sera donc question de penser les troubles et le trouble pour penser l’individu et le social, non seulement par l’entremise des injonctions normatives et des identités stables, mais aussi – et, quelques fois, surtout – en s’intéressant aux interactions ainsi qu’aux marges ou aux intersections, dans les espaces de friction, d’ajustement, d’incertitude, et de création.

3. Les passés actualisés. En interrogeant les relations au passé et les rapports à ses traces (matérielles, numériques ou mnésiques), cet axe profite le plus directement de certaines questions posées par les projets qui se sont développés dans le cadre du LabEx PP. Le premier volet prend acte d’un ensemble de pratiques de recherches concernant l’histoire de notre propre discipline qui repose sur l’étude de multiples documents d’archives et de moyens d’expression de la mémoire. Si l’ethnographie est la principale source de connaissances de l’anthropologue, celui-ci passe également beaucoup de temps à étudier des documents, à en constituer lui-même et à arpenter des services d’archives. Les archives sont à la fois une prolongation du terrain et le second terrain de l’anthropologue. Mais elles sont aussi devenues un enjeu majeur des pratiques de restitution et des nouvelles formes de composition de la mémoire investies par les groupes ethnographiés eux-mêmes. Fort du détour réflexif sur nos manières de faire le temps ou avec le temps, en tant qu’anthropologues, le deuxième volet de cet axe entend porter un regard renouvelé sur un sujet désormais classique : le rapport des sociétés à leur histoire, et celui des individus à leur passé, en prolongeant l’étude des phénomènes de fabrication rituelle, de patrimonialisation et d’apprentissage, de construction identitaire et politique qui, chacun à leur manière, procèdent d’actualisation de la mémoire et du passé par leur mise en mots, en objets et en corps. Enfin, le troisième volet approfondit la question de la transmission et de la reconstitution des traditions, en l’abordant à partir des formes de sélection mémorielle et des dispositifs d’oubli, selon des approches qui combinent méthodes ethnographiques et protocoles cognitifs.

4. Champs du possible. Entre anticipations du futur et prophéties, promesses de progrès et catastrophes annoncées, cet axe cherche à ouvrir de nouvelles perspectives concernant le devenir humain et son écologie. On s’intéressera ici aussi bien à la prospective et aux techniques d’anticipation, à la redistribution des capacités psychiques à l’âge de l’intelligence artificielle, aux enjeux posés par le développement des neurosciences, au développement de nouvelles formes de sensibilité émergeant en situation critique, qu’à la façon dont se redéfinissent les champs de possibles de l’action collective. Il s'agit par ailleurs de mettre à l'épreuve de nouveaux modes d'enquête, d'analyse, d'écriture, de restitution et de partage des connaissances et de réfléchir de manière renouvelée au rôle critique de la pensée anthropologique dans un monde en constante mutation.

[Le projet scientifique du laboratoire est consultable ici : projet scientifique (2020-2024).pdf]