Raymond Jamous
Directeur de recherche
honoraire
Raymond Jamous
Maroc, Inde
Honneur, sainteté, mariage, frère-soeur, rituel
...

Mes deux enquêtes ethnographiques ont portés sur les Iqar’iyen, une confédération de tribus du Rif Oriental (Maroc) et sur les Meo, une caste guerrière et communauté musulmane endogame (Inde du Nord). Chacune a abouti à la publication d’une monographie. L’ouvrage sur les Iqar’iyen prend en compte une trentaine de récits sur l’honneur et les cérémonies de mariage qui met en rapport cette valeur politique et le rapport à la sainteté et la représentation de la souveraineté marocaine. Celui sur les Meo porte sur les différentes dimensions de la parenté : la terminologie classificatoire, l’alliance de mariage et les cérémonies du mariage comme mise en valeur sous une forme diachronique de la relation frère-sœur.  Un troisième ouvrage a porté sur le rapport entre ethnologie et histoire du Maroc en centrant le propos sur la question des frontières, en insistant sur la double reconnaissance entre souveraineté et identité tribale.

Retour à la relation ethnographique

Les deux terrains que j’ai menés sont incomparables en tout point de vue (confédération de tribus dans l’un, caste endogame dans l’autre ; mariage avec la cousine parallèle patrilinéaire dans l’un, interdiction de mariage entre cousins croisés ou parallèles dans l’autre, etc.). Le seul point de comparaison possible concerne la méthodologie d’enquête : c’est-à-dire la relation ethnographique et ses implications sur l’analyse ethnologique. Dans les deux terrains, je n’ai pas été considéré comme un ethnologue, car cette discipline n’avait aucun sens pour les deux communautés. Pour mes interlocuteurs, la parole s’adresse à quelqu’un occupant une position sociale reconnue. Dans le Rif oriental, après une période incertaine, j’ai été assimilé aux jeunes, ces immatures qui doivent écouter les ainés et apprendre l’histoire des ancêtres, les épopées, les tragédies ou les comédies vécues par leur parents ou grands-parents. Chez les Meo, j’ai été intégré dans la parenté, et j’avais des « frères », des « sœurs », des neveux et nièces, des oncles paternels et maternels, etc. Mais je ne devenais pas pour autant un membre à part entière de la société. Il y avait une juste distance à respecter des deux côtés. Mon propos est de montrer comment cette relation ethnographique est à considérer comme une fiction vraie laquelle a été aussi fondamentale dans l’élaboration de données, c’est-à-dire traduire les termes clés locaux, décoder les mécanismes à l’œuvre, comprendre et ordonner l’exposition des données.

La construction de l’objet ethnologique

Généralement on s’interroge sur les modèles théoriques (évolutionnisme, diffusionnisme, fonctionnalisme, structuralisme, etc.), leur évolution et les critiques dont ils sont le sujet. Mon propos est plutôt de me concentrer sur les objets qui ont animé les travaux pionniers de la discipline. Trois d’entre elles élaborés en France, seront considérés : le sacrifice, à partir de l’article de Hubert et Mauss, l’ Essai sur le don de M. Mauss et les structures élémentaires de la parenté de Lévi-Strauss. Elles ont pour intérêt de considérer les mécanismes sociaux qu’ils mettent en œuvre plutôt que leur fonction et d’associer dans le même mouvement, l’analyse de cas spécifiques particulièrement significatifs et les propositions générales. Les débats qu’ils ont suscités, ont été nombreux et soulèvent des questions autant sur les cas étudiés, que sur l’analyse ethnologique et anthropologique. Ils ont porté en particulier sur : Comment considérer les rituels à partir des textes de l’Inde ancienne comme des faits sociologiques ? ; comment les comparer avec les mythes de la Grèce ancienne ? ; comment comparer l’approche du don par Mauss avec celle du Kula par Malinovski ou le potlatch par Boas ? ; peut-on généraliser les sociétés ayant une règle positive de mariage avec différentes catégories de cousins croisés avec les société n’ayant pas ce type de règle ? En fait il s’est avéré qu’après les problématiques d’anthropologie générale, il y a une quatrième étape qui relance le processus d’interrogation : le retour à l’ethnographie considérée non comme une illustration des modèles construits mais comme une nouvelle approche de ces objets ethnologiques.

Directeur du Lesc (1994-2001)

Directeur de la formation doctorale : Ethnologie, Ethnomusicologie, Préhistoire ( Uinversité de Nanterre) 2001-2008

Jamous, R., 2017, Le sultan des frontières: essai d’ethnologie historique du Maroc (Nanterre, Société d’ethnologie) [Maghreb et Mashreq].
R. Jamous étudie en ethnologue l'histoire longue du Maroc, à partir d’une hypothèse élaborée lors de sa recherche dans le Rif. Il suit la construction du pouvoir sultanien depuis le XIe siècle, dans une perspective qui englobe le rapport politique à l’espace et s’attache au rôle des intermédiaires...
Molinié, Antoinette, Raymond Jamous et Jean-Pierre Albert (éds), 2013, Figures et substituts de saints: la fabrique rituelle (s.l., s.n.) [Archives de sciences sociales des religions, 161].
Jamous, R., 2015, Être « jeune » dans le Rif oriental, Ateliers d’anthropologie, 42, en ligne : http://journals.openedition.org/ateliers/9973.
Jamous, R., 2015, Inceste, mensonge et filiation. Une perspective ethnologique de la relation entre frère et sœur en Europe, Ethnologie française, 154 : 745-754, en ligne : http://www.cairn.info/revue-ethnologie-francaise-2015-4-page-745.htm.
Molinié, A., R. Jamous et J.-P. Albert, 2013, Introduction, Archives de sciences sociales des religions, 161 [Figures et substituts de saints. La fabrique rituelle] : 165-174.
Jamous, R., 2013, De la tombe au sang : la question des substituts dans les confréries religieuses marocaines, Archives de sciences sociales des religions, 161 [Figures et substituts de saints. La fabrique rituelle] : 189-199, en ligne : http://journals.openedition.org/assr/24919.