Dimitris Gianniodis
Doctorant
Dimitris Gianniodis
Le pas d'un ancêtre. Intentionnalités et expériences du temps dans les musiques et danses rituelles carnavalesques de Chíos (Grèce)
Michèle Baussant et Victor Stoichita
Grèce
Chios, Nord-Est Egéen
Tradition, rituel, intentionnalité, agentivité, mémoire, danses collectives, chants de compagnie
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La thèse de Dimitris Gianniodis porte sur la manière dont musique et danse s'articulent durant les rituels de Carnaval (Apókries) sur l'île grecque de Chíos et suscitent chez les acteurs une expérience distincte du lieu et du temps. Son hypothèse centrale est que ces rituels, par les processus cognitifs qu'ils engagent et les interactions qu'ils impliquent, tendent à instaurer un espace-temps distinct du quotidien et caractérisé par ce qu'il conviendra d'appeler un « brouillage des intentionnalités ».

Son mémoire de Master basé sur une ethnographie de plusieurs villages de l'île consistait en une analyse des pratiques musicales et dansées lors des fêtes patronales (panégyres) et profanes (gléntia). L'hypothèse centrale était que la tradition, appelée localement parádosi, peut s'envisager comme un ensemble de schèmes de perception, d'appréciation et d'action activés lors de situations spécifiques et faisant l'objet d'une acquisition progressive au fil des occurrences. Parmi les schèmes classificatoires des pratiques traditionnelles, étaient notamment mises en évidence la catégorisation géographique et la « pensée aitiologique », la première assignant une origine aux individus et aux mélodies en les ancrant en un lieu (tópos) et la deuxième faisant de cette origine une cause des spécificités locales.

Cette manière d'envisager la tradition permettait d'expliquer le paradoxe selon lequel les habitants accordent une grande importance à la préservation de la tradition alors qu'ils contribuent sans cesse par leurs agissements à la transformer. Il s'agissait donc de proposer un renversement de perspective en posant l'hypothèse que les pratiques musicales et dansées des habitants ne sont pas une ressource qu'ils mobilisent dans l'affirmation d'une identité mais que ces pratiques sont cette identité dans la mesure où elles constituent des mises en formes et en actes de ces schèmes.