Brigitte Baptandier
Directrice de recherche
émérite
Brigitte Baptandier
Palmes académiques (2016)
Chine, Taïwan
Fujian
Chine, femmes, maternité, taoïsme, tantrisme, chamanisme, écriture, psychanalyse
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Thèmes de recherche : catégories de sexe, représentations du féminin, religion, mythes, rituels, écriture

Brigitte Baptandier est ethnologue et sinologue. Ses recherches, d’abord à Taïwan (1979) puis en Chine, principalement au Fujian où elle se rend régulièrement depuis 1986, au Jiangxi et au Hunan (depuis 2004), ont porté tout d’abord sur le féminin, les catégories de sexe, les représentations du corps des femmes et de la maternité dans la religion chinoise à travers mythes et rituels d’un culte local. Elle a publié La Dame du Bord de l’Eau (1988, Nanterre, Société d’ethnologie), et The Lady of Linshui. A Chinese female cult (2008, Stanford, Stanford University Press).

Elle s’est intéressée à la tradition taoïste du Lüshan, qui comporte de nombreux emprunts au bouddhisme tantrique, et dont les rites de cure et d’exorcisme s’apparentent également au chamanisme. Les maîtres ritualistes, fashi, agissent souvent en relation avec des médiums. La question de la transe a occupé B. Baptandier, qui l’envisage comme une élaboration de soi. Cette approche donne accès à une anthropologie particulière de la personne où certains éléments servent d’embrayeurs, en particulier le corps, la manipulation des sujets dans les généalogies (adoption), le rêve, les catégories du soi, du double, du transfert. B. Baptandier les aborde en relation avec la psychanalyse.

Ce champ cultuel et culturel chinois propose à l’analyse un corpus de textes – rituels, théâtre, « romans », recueils de mythes, légendes, récits des conteurs, chants – et de pratiques d’écriture – divinatoires, talismaniques, sigillaires, canoniques – qui obligent à prendre en compte sous un jour particulier la relation entre l’écrit et l’oralité, entre l’écriture et le corps. Comment et où faire passer la limite entre image et écriture ? Quelle est la spécificité de l’ethnologie menée au sein des sociétés dites « à écriture », et comment constituer le texte comme objet anthropologique ?

En 1999 Brigitte Baptandier a créé le groupe de recherche « Atelier Chine » du LESC (Chiner la Chine, Ateliers 24, 2001), l'occasion d'ouvrir de nouveaux chantiers de recherche à partir des travaux de chacun. Plusieurs publications collectives en sont issues : Chines. L'État au musée, Gradhiva 16, 2012 ; Ethnographier l’universel, l'exposition Shanghai 2010 : "Better city, better life" , en collaboration avec Sophie Houdart (2015, Nanterre, Société d'ethnologie); et Le battement de la vie. le corps naturel et ses représentations en Chine (2017, Nanterre, Société d'ethnologie).

Responsabilités

Secrétaire scientifique de la section 38 du Comité National du CNRS (1995-2000)

Secrétaire générale de la Société d’ethnologie, co-directrice de la collection Recherches sur la Haute-Asie et directrice de la collection Écritures

Enseignements

Brigitte Baptandier a enseigné l’ethnologie de la Chine au Département d’ethnologie de l’université Paris Nanterre (1981-2012), et au Département Chine de l’INALCO (2000-2008). Elle a été Visiting Research Associate au Center for Chinese Studies de l’université de Berkeley (1988-89), et Professeur suppléante à l’université de Genève (2006-2007).

Brigitte Baptandier a dirigé le séminaire « Carrefours asiatiques » (1998-2000) et l'axe de recherche du LESC « Écritures et inscriptions » (1998-2000), avec les séminaires « Le texte comme objet anthropologique » (2000-2002) et « Pratiques textuelles » (2002-2006). L'ouvrage collectif Du corps au texte. Approches comparatives (2008, Nanterre, Société d'ethnologie, hors série) en est issu.

Brigitte Baptandier a dirigé 12 thèses dont 3 sont encore en cours de rédaction.

Collectifs

ANR Shifu, « Vieux maîtres et nouvelles générations de spécialistes religieux en Chine aujourd'hui : ethnographie du quotidien et anthropologie du changement social ». Responsable Adeline Herrou.

Ce programme de recherche s’intéresse à la vie quotidienne des spécialistes religieux chinois aujourd’hui, dans un contexte où la charge même de dignitaire religieux, et plus largement le paysage religieux, ont connu d’importantes mutations. Il propose de prendre pour sujet les différentes figures de ce que l’on a coutume d’appeler les religions chinoises — le taoïsme, le bouddhisme, le confucianisme, les religions locales — et de les mettre en regard dans leur existence présente. La focale sera portée de façon privilégiée sur les vieux maîtres de chacune de ces traditions, entrés en religion avant la Révolution culturelle et même pour certains avant la Libération (1949). Témoins des différentes périodes de trouble du XXe siècle, ils sont aujourd’hui en mesure de raconter ces événements de leur propre point de vue. Mais surtout, ces personnages qui ne sont aujourd’hui plus qu’une poignée sont les seuls à pouvoir faire état de la manière dont ils pratiquaient autrefois certains rituels et techniques d’ascèse, et d’expliquer comment ils s’accommodaient au quotidien des différentes tâches qui leur incombaient. On leur doit — dans certains cas mais pas toujours — d’avoir perpétué les chaînes de transmission, pour un temps interrompues, par delà la longue période de prohibition.

Aujourd’hui, ils sont les derniers dépositaires de ces savoirs et de ces techniques qui pour certains sont sur le point de disparaître voire déjà tombés dans l’oubli. Avec un soin particulier accordé à la transmission orale, il s’agit de considérer ce qui, selon leurs propres souvenirs, ceux de leurs aînés et de leurs disciples, a changé au fil des générations d’officiants. On dressera une série de portraits ethnographiques de ces religieux, dans le détail de leur histoire de vie et de leurs activités présentes, on donnera à voir de la sorte la scène religieuse d’aujourd’hui et on s’efforcera de mieux saisir l’impact des ruptures du XXe siècle.

L’entreprise de reconstruction des temples a commencé lors des années d’ouverture au début des années 1980. Les pratiques religieuses ont été ré-autorisées ; un nouveau cadre officiel leur a été donné, conforme aux prescriptions de l’État. Alors que la transmission s’opérait traditionnellement de maître à disciple, la charge de former le clergé a été confiée à des instituts mis en place à cet effet. Sur cette base, les communautés religieuses se sont réorganisées, en adaptant localement le nouveau cadre et parfois aussi en lui échappant. La génération charnière des « anciens » a désormais passé la main aux nouvelles générations. Le moment semble donc opportun pour saisir comment les traditions se sont perpétuées sous bénéfice d’inventaire et sur quelles bases s’est accomplie la résurgence religieuse qui, plus qu’un simple renouveau, a occasionné d’importants changements et aussi des réinventions. 

Pour s’interroger sur ce qui « fait » désormais le maître taoïste, le moine bouddhiste, le spécialiste de géomancie ou de divination, le médium, le bimo Yi, le musicien ritualiste… une équipe de sinologues est réunie, pour la plupart ethnologues et sociologues des religions qui ont déjà une longue expérience de terrain dans ces milieux, et qui sont à même de constituer un nouveau corpus de matériaux de première main sur les vieux maîtres de ces traditions. 

L’idée est de s’intéresser à la vie et à l’expérience des vieux maîtres et à la situation religieuse actuelle telle qu’elle s’est installée en partie dans la continuité de leurs savoirs mais aussi en rupture d’avec leurs traditions et leur époque. 

La mise en regard d’une série de cas ethnographiques permettra de rendre compte d’univers religieux spécifiques et pour la plupart demeurés peu connus. De façon plus large, cette étude comparatiste et pluridisciplinaire invitera à s’interroger sur les raisons d’être des différents maîtres religieux aujourd’hui en Chine et sur les virtuosités bien particulières qui les caractérisent dans ce contexte.