CouvGrappin déf 210x330Engagement et réconciliation. Pierre Grappin : un parcours européen

préface d'Isabelle Rivoal, à la réédition augmentée de Pierre Grapin, Mémoires d'un universitaire humaniste

Presses universitaires de Paris Nanterre, Nanterre, 2020, 378 p.

 

La mémoire de Pierre Grappin est associée à l’université de Nanterre dont il a été le premier doyen de 1964 à 1968. Il ne s’agissait encore que d’une faculté de l’Université de Paris. Cette qualité de pionnier ayant choisi de quitter la Sorbonne et d’organiser avec une douzaine de collègues un nouveau campus sur les « plaines sableuses de la Garenne » suffit à marquer le lien avec notre grande institution de l’ouest parisien. Mais la figure du « doyen Grappin » reste surtout attachée à la période de mai 68. Son tête-à-tête avec Daniel Cohn-Bendit en est devenu l’un des symboles. À l’occasion du jubilé de ces événements, il semblait important de remettre à la disposition des lecteurs le récit autobiographique publié par Pierre Grappin en 1993. Ces souvenirs, intitulés L’Ile aux peupliers, avec en sous-titre De la Résistance à Mai 68, sont issus des conversations qu’il a eues avec Laurent Danchin, écrivain et critique d’art, dans sa maison du Jura. La réédition augmentée présente des textes et photographies extraits des archives du fonds Grappin, déposé à La contemporaine. Ces documents éclairent le parcours résolument européen, engagement de toute une vie, du doyen de Nanterre.

De la résistance à Mai 68 : le sous-titre n’est en effet pas anodin. Il renvoie à ces deux périodes de l’histoire nationale dans lesquelles Grappin fut un acteur reconnu et qui semblent ainsi baliser son autobiographie. Ce dernier souligne d’ailleurs d’autres coïncidences qui bornent en parallèle les mêmes événements historiques, comme pour mieux insister sur les hasards de l’histoire ou peut-être le destin, ce qui ne surprend guère chez cet élève de Jankélévitch. C’est ainsi à peine un peu plus d’un mois après l’ouverture de la faculté de Nanterre, le 19 décembre 1964, qu’André Malraux avait prononcé le discours d’hommage à Jean Moulin dont les cendres venaient d’être transférées au Panthéon et au projet avorté de libération duquel Pierre Grappin avait été associé. « J’ai cheminé de l’un à l’autre », nous semble-t-il dire aujourd’hui, « et les ‘souvenirs du doyen de Nanterre’ que je vous livre ci-après sont bien ceux d’un résistant engagé par conviction, d’un homme qui n’a eu de cesse de défendre les libertés ». Les libertés au pluriel, toujours concrètes et circonstanciées, plutôt que la Liberté avec majuscule des grands discours. Pierre Grappin livre ainsi ses mémoires de l’événement 68 dans la dernière partie d’un récit linéaire qui se déploie comme s’il lui avait fallu dire l’homme avant de pouvoir justifier l’acteur-doyen…