Le programme Morts en contexte de migration (Mecmi) a pour objectif de documenter et d’interroger les dimensions matérielles, juridiques, institutionnelles, associatives, familiales, morales et émotionnelles de la mort en migration. Cela suppose d’intégrer pleinement la mort dans le phénomène migratoire, à la fois comme réalité et comme potentialité aux effets multiples. Le défi de ce programme est double, car il s’agit d’articuler deux questions encore peu associées dans la littérature scientifique tout en puisant dans un corpus pluridisciplinaire hétéroclite. Il s’agit aussi de bâtir un réseau de chercheurs qui n’existe à l’heure actuelle ni au Québec ni en France.

La recherche est organisée autour de trois noyaux thématiques :

  1. Gestion des morts en contexte migratoire
    Ce noyau thématique s’attache à étudier la mobilité des morts, en suivant la trajectoire spatiale des corps (sous forme physique mais aussi symbolique), qu’ils restent au pays d’accueil ou qu’ils voyagent vers le pays d’origine ou ailleurs. A travers l’itinéraire des défunts, il s’agit d’examiner les rôles, les motivations et les pratiques de l’ensemble des acteurs qui interviennent dans le traitement matériel et symbolique des morts. S’intéresser à la prise en charge des défunts implique ainsi d’interroger tout autant la gestion des espaces funéraires et les politiques des lieux de mémoire que les tentatives d’identification des corps des migrant.e.s « inconnus » qui décèdent aux frontières. La portée politique et symbolique de la mobilité du cadavre constitue une dimension clé de ce noyau ainsi que la législation funéraire internationale avec sa multitude de règlements administratifs et juridiques.
  2. Imaginaires de la mort en migration
    Ce noyau thématique s’intéresse aux récits sur le rapport des migrant.e.s à la mort au cours de leur migration – qu’il s’agisse de prévoir leur décès dans le pays d’accueil (en raison d’une maladie grave ou de la vieillesse) ou de penser à l’éventualité de la mort au cours de la traversée des frontières. Réfléchir à la possibilité de la mort implique de s’attarder sur la dimension temporelle qui se dégage dans les projets des migrant.e.s. Il s’agit ainsi d’articuler les représentations de la mort avec les conceptions de destin et les croyances religieuses des migrant.e.s, en les reliant avec les aspects générationnels et de genre. Il s’agira finalement d’interroger les contours que prend la mort lorsque les récits rendent compte de l’expérience d’une maladie grave, en examinant notamment les enjeux moraux et les questionnements éthiques que cette dernière peut susciter.
  3. L’accompagnement des endeuillé.e.s en contexte migratoire
    Il s’agit ici de mettre la focale sur le travail d’accompagnement de familles et de proches de migrant.e.s décédé.e.s. Services publics ou privés, plusieurs institutions et acteurs (ici et ailleurs) se mobilisent afin d’apporter un soutien – matériel, psychologique, social – aux migrant.e.s mourant.e.s et à leurs familles. Il s’agit aussi de concevoir l’accompagnement des endeuillé.e.s, non seulement sur le plan de l’expérience, mais aussi autour des savoirs et pratiques développés, transmis et transformés au sein des réseaux de proximité et réseaux transnationaux (au pays d’origine et ailleurs) pour soutenir les endeuillé.e.s. Ce noyau thématique examine leurs pratiques quotidiennes formelles et informelles en s’intéressant à la diversité des sens de ces pratiques, aux représentations de la mort qu’elles véhiculent, à la nature et la forme des liens établis avec les migrant.e.s et leurs familles.

Équipe

  • Responsables : Carolina Kobelinsky (CNRS–LESC) et Lilyane Rachédi (Université du Québec à Montréal, UQAM)
  • Membres : Juliette Cleuziou (LESC), Grégory Delaplace (Université Paris Nanterre–LESC), Béatrice Halsouet (UQAM), Nicolas Lambert (CNRS–RIATE), Josiane Le Gall (CIUSSS du Centre-Ouest-de l’île de Montréal), Françoise Lestage (Université Paris Diderot–URMIS), Catherine Montgomery (UQAM), Jordi Moreras (Université Rovira i Virgili), Ariadna Solé Arraràs (Universidad de Barcelona)

Financement

  • ANR et Fonds québécois de recherche société et culture 2017- 2020

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