« Comment pensent les drones. La détection et l'identification de cibles invisibles »

par Grégory Delaplace

L'Homme. Revue française d'anthropologie, 222, 2017 : 91-118

Les débats éthiques liés à l’usage de drones de combat par les États-Unis, dans le cadre d’opérations militaires au Pakistan, en Afghanistan, en Somalie et au Yémen, se sont principalement concentrés sur le cas des frappes dites de « personnalité », dont le propos affiché est d’éliminer à distance des hauts responsables d’organisations « terroristes ». La majorité des frappes menées par les drones américains, pourtant, ne vise pas des personnes préalablement connues des services secrets, mais des individus anonymes « identifiés » sur la base de leur comportement, observé depuis le ciel, perçu comme présentant une menace. Les cibles de ces frappes, dites de « signature », n’apparaissent donc aux opérateurs des drones qu’à travers certains signes qu’il s’agit non seulement de détecter, mais aussi d’interpréter collectivement. En tirant parti des données disponibles sur le sujet, et notamment de la transcription intégrale d’une attaque menée en Afghanistan par l’armée américaine en février 2010, cet article tente d’examiner dans le détail par quel processus des cibles invisibles en viennent à être identifiées comme telles par les drones de combats américains.

couv HAU

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« Acting translation. Ritual and prophetism in twenty-first-century indigenous Amazonia »

par Carlos Fausto et Emmanuel De Vienne

HAU: Journal of Ethnographic Theory, 4-2, 2014: 161-191.

This paper focuses on a prophetic movement led by an Amerindian from Mato Grosso, Brazil, in 2006. This man created a radically new liturgy and cosmology by combining elements borrowed from local shamanism and mythology, Christianity and TV shows, among other sources. He managed to convince entire villages to take part in spectacular healing ceremonies and gathered a huge number of followers. One of these ceremonies was extensively filmed by indigenous filmmakers, making it possible to examine the micromechanisms of this cultural innovation, and thus address with fresh data and a new approach the old issue of Amerindian prophetism. We propose here the concept of translating acts to describe this indigenous practice of transcreation, giving special attention to the multiple semiotic mediums through which it is enacted.

« Establishing mutual misunderstanding. A Buryat Shamanic Ritual in Ulaanbaatar (Mongolia) »

par Gregory Delaplace et Batchimeg Sambalkhundev

Journal of the Royal Anthropological Institute, 20/4, 2014 : 617-634 (DOI: 10.1111/1467-9655.12126)

This article discusses a strange case of shamanic ritual performed for a Buryat family in Mongolia's capital city Ulaanbaatar. This performance not only differs from those described in the regional literature, but it also seems to challenge some of the models used to account for ritual efficacy. Indeed, while the cathartic use of Buryat traumatic history to deal with a patient's misfortune in shamanic rituals is quite well documented, this performance stands out for the uncompassionate hopelessness with which spirits spoke of the family's fate as exiles in Mongolia. Meanwhile, the ever-growing tension between participants, which culminated in an open crisis, would be a sure sign of a ritual failure had it not been the clear result of the shaman's own efforts to establish mutual misunderstanding between the spirits, the patients, and herself. Drawing on a pragmatic approach to ritual efficacy, this article ponders on the specific purpose of a performance which seems to be aimed at creating a context of miscommunication between participants.

 

terrain 62 couv web

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« Retoucher les morts. Les usages magiques de la photographie en Mongolie »

par Grégory Delaplace

Terrain, 62, 2014 : 138-151 (DOI : 10.4000/terrain.15390)

À la mort d’une personne, il est d’usage en Mongolie de confectionner un portrait funéraire à partir de sa photographie d’identité agrandie, colorisée et retouchée. Ce portrait est utilisé pendant les funérailles, puis installé à côté des images pieuses du foyer dans la maison qu’occupait le défunt jusqu’à sa mort. Ce portrait est censé constituer une sorte de double du mort, à travers lequel ce dernier pourra recevoir des offrandes de la part de ses proches parents pendant la période de deuil et après celle-ci. La valeur à la fois indicielle et iconique de la photographie – le fait qu’une photographie est une trace du sujet photographié, en même temps qu’elle lui ressemble – tend à lui voir conférer, en Mongolie comme ailleurs, le pouvoir magique d’atteindre une personne à distance, ou en son absence. En retouchant les portraits de parents défunts, toutefois, les Mongols semblent faire un pas de plus dans l’usage magique de la technique photographique : en altérant l’image, ils ne se contentent pas de fabriquer un support de relations avec leurs morts, ils se donnent les moyens de transformer ces derniers.

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