Cette rubrique donne un aperçu des publications récentes des chercheurs du LESC. Des listes plus exhaustives peuvent êtres trouvées sur les pages individuelles des membres.

 

Le funéraire: mémoire, protocoles, monuments

édité par Gregory Delaplace et Frédérique Valentin

Éditions de Boccard, Paris, 2015 [Colloques de la MAE, 11]

Tout n’a-t-il pas déjà été dit sur le funéraire ? En réunissant archéologues, anthropologues et historiens autour de cette question, les actes du 11e colloque annuel de la MAE entendent montrer que, bien au contraire, ce lieu commun de la recherche en sciences humaines mérite d’être revisité. Du traitement ambigu du cadavre des souverains incas, que ses sujets continuent de traiter comme s’il était vivant, aux pratiques incertaines qui entourent les nourrissons morts dans les hôpitaux français, des sépultures monumentales de l’âge du Fer crétois aux tombes soignées mais anonymes des chrétiens de l’Éthiopie médiévale et moderne, du déménagement forcé des sanctuaires ancestraux chinois dans la mégalopole de Shenzhen aux sépultures mayas découvertes au cœur des maisons, les études de cas rassemblées dans ce livre invitent à une nouvelle réflexion sur ce qui peut constituer la place des morts dans les sociétés humaines du passé et du présent. Il semble que cette place n’est pas aussi fixe, certaine et univoque que les travaux classiques sur le funéraire avaient pu le laisser croire. Au fil des contributions, le lecteur constatera qu’elle est plutôt l’objet d’incertitudes récurrentes et de négociations, qu’elle n’est pas nécessairement associée à une sépulture visible ou à une volonté univoque de souvenir et, surtout, que les morts circulent bien davantage, et souvent bien plus vite, qu’on ne le pense.

ISBN : 978‑2‑7018‑0434‑7

SOMMAIRE

Grégory Delaplace, Introduction : incertitudes morales, régimes de visibilité et vitesse de circulation des morts

Maurice Bloch, Comparer les pratiques funéraires

Estella Weiss-Krejci, The Distinction between Funeral and Burial and Why it Matters



Place des morts et incertitudes morales

Gaëlle Clavandier et Philippe Charrier, Quelle place pour les « bébés morts » ? Espaces dédiés dans les cimetières et cérémonies rituelles d’adieu

Jessica Goux, Controverse en Terre d’Arnhem : où enterrer le défunt Dr Yunupingu ?

Céline Codron, Des dépôts mortuaires dans les patios toltèques : pratique funéraire ou non funéraire ? Étude de cas précis de l’État d’Hidalgo, Mexique, 800‑1300 apr. J.‑C.

Hemmamuthé Goudiaby, Squelettes dans le placard. La place du défunt dans les ensembles résidentiels mayas Classiques (250‑950 apr. J.‑C.)

Julio Bendezu-Sarmiento et Johanna Lhuillier, Les « silos funéraires » de l’âge du Fer en Asie centrale : dépotoir, ossuaire ou monument de mémoire ?

Sonemany Nigole, Des os dans le Mékong. La mémoire sans sépulture

Denis Regnier, Tombes ancestrales et super mariages chez les Betsileo de Madagascar

Anne-Christine Trémon, « Empêcher la dispersion des ancêtres » à Fort-les-Pins (Shenzhen, Chine)

Emmanuel Alcaraz, Le devenir des restes des mujâhidîn de 1962 à nos jours



Régimes de visibilité de la sépulture

Aurélie Aubignac, Des formes et du temps de la mémoire et de l’oubli dans les nécropoles crétoises du premier âge du Fer

Marie-Laure Derat et Yves Gleize, Anonymat des sépultures et mémoire des espaces et des morts : approche historique, anthropologique et archéologique des pratiques funéraires dans la société chrétienne d’Éthiopie, xie‑xviiie siècle

Lucia Alberti, Au-delà de l’horizon : différents régimes de visibilité des sépultures de Cnossos au IIe millénaire av. J.‑C.

Pauline Piraud-Fournet, Mashhad et mawqaf, monuments funéraires druzes du sud de la Syrie

Isabel Yaya, Les corps de la mémoire : pratiques mortuaires et pérennité dynastique chez les Incas

Olga Sicilia, Neither Tombs nor Weeping. The Death of Mhondoro Lineage Ancestral Mediums in the mid-Zambezi Valley (Zimbabwe)

Olivier Herrenschmidt, De quelques dispositions des enfants morts en bas âge dans l’hindouisme populaire. Les Vâda-Balija, pêcheurs en mer de l’Andhra côtier



Traitement funéraire et circulation des morts

Estelle Amy de la Bretèque, Se lamenter en MP3. Supports de mémoires mobiles chez les Yézidis d’Arménie

Pascal Sellier, Sépulture finale et programme funéraire. Penser les différents gestes funéraires des anciens Marquisiens comme les étapes d’un même protocole

Olivia Munoz, La « fabrique des ancêtres ». Complexification sociale et sépultures collectives dans la péninsule d’Oman à l’âge du Bronze ancien

Andras Zempleni, Un rite de reconstitution émotionnelle de la nation. Les réenterrements politiques hongrois

 

couv ateliers41

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Entre cosmopolitisme, trajectoires et subjectivités. Moments partagés avec Gilberto Velho

édité par Fabienne Wateau et Joaquim Pais de Brito

Ateliers d'anthropologie, 41 [en ligne]

Peu de temps avant son décès, l’anthropologue brésilien Gilberto Velho, connu pour ses études sur la ville, continuait de questionner la portée de la notion de cosmopolitisme en anthropologie. Préconisant d’insister davantage sur l’idée de médiation comme phénomène socio-anthropologique, il invitait à s’intéresser à la figure de médiateur, soit à porter notre attention sur le personnage dit cosmopolite de par son activité, son histoire de vie, ses trajectoires et ses itinéraires. Ce collectif d’articles tente de répondre à son souhait. Il porte néanmoins sur des objets de nature assez différente, à des échelles variées. Certains textes ont de fait considéré des personnalités, « individus singuliers interprètes et réinventeurs de culture » ; d’autres ont modifié leur angle de lecture pour s’intéresser au rôle intercesseur d’un artefact, voire à celui d’une industrie. À l’aune d’une même proposition, le volume relève donc le défi d’une identification des figures de la médiation, en offrant une palette assez complexe et variée de ses possibles.

Contributeurs : Alessandra Siqueira Barreto, Julia O’Donnell, Rogéria Campos de Almeida Dutra, Teresa Fradique, Inês Ponte, Rosa Maria Perez, Gilberto Velho, Fabienne Wateau

Qanbus Tarab couverture

Qanbus Tarab couverture
Sous la dir. de Jean Lambert et Samir Mokrani, 2013 Sanaa, Centre Français d’Archéologie et de Sciences Sociales, Paris, Geuthner.

Contributions de : Pierre d’Hérouville, Nizār Ghānim, Werner Graebner, Larry F. Hilarian, Muḥammad al-Jumā‘ī, Christian Rault.

Le luth monoxyle qanbûs ou tarab a joué un rôle central dans la musique du Yémen jusqu’au milieu du XXe siècle. Actuellement en voie de disparition, il présente plusieurs énigmes sur le plan historique, organologique et anthropologique. Selon des hypothèses historiques plausibles basées sur l’iconographie et la philologie, sa genèse remonterait à une forme de luth monoxyle (fabriqué dans une seule pièce de bois). apparue pour la première fois en Asie centrale avant le début de l’ère chrétienne. Cette forme se serait ensuite diffusée dans le monde arabe à travers la Perse sassanide, puis jusqu’au Yémen entre le XIIIe et le XVIe siècle, et de là, dans l’océan Indien, dans le monde malais et le monde swahili, avec l’émigration yéménite. C’est à Sanaa que l’instrument est le mieux documenté, grâce aux témoignages d’histoire orale. Le livre porte une attention particulière à sa description morphologique, ainsi qu’à son analyse organologique et de lutherie comparée. En effet, cet instrument n’est pas seulement monoxyle, mais il est aussi mono-cave (le manche et la caisse ne formant qu’une seule cavité). Enfin, imprégné de la culture des lettrés et des artisans de Sanaa, ce luth fait l’objet de représentations anthropomorphiques qui suscitent de nombreuses questions anthropologiques et d’histoire des mentalités. Mais c’est certainement grâce à sa petite taille et à sa caisse monoxyle que cet instrument a résisté au puritanisme et a traversé les océans.

http://www.geuthner.com/livre/qanbus-tarab/1024

paysages sensoriels
paysages sensoriels
Ouvrage collectif sous la direction de Joël Candau et de Marie-Barbara Le Gonidec, 2013, éditions du CTHS, collection Orientations et méthodes, n° 26.

 

Depuis longtemps, la géographie et l’architecture analysent la notion de paysage sonore. L’anthropologie qui avait négligé cette dimension du sensible propose aujourd’hui à travers cet ouvrage de définir à son tour cette notion tout en proposant des outils conceptuels pour pouvoir réaliser une «ethnologie du sonore».

Il s’agit dans cet ouvrage de rendre intelligibles les mécanismes sociaux et cognitifs de constitution de tout paysage sensoriel. Comment certains sons se démarquent d’un environnement sonore ordinaire pour mieux distinguer des appartenances sociales ou souligner un rituel.

Consacrer une publication à ces paysages sensoriels si singuliers que sont les environnements sonores, n’est-ce pas tenter vainement d’enfermer dans des frontières le plus évanescent des éléments du sensible ?

Bien au contraire, les contributions pluridisciplinaires (ethnomusicologie, architecture, urbanisme, anthropologie, géographie) sont placées sous le signe de l’ouverture : celle des milieux acoustiques - les sons se mélangent, dans les rues du Caire comme à Naples, dans les bandas maltaises comme dans le pastoralisme ovin transhumant du sud de la France - et celle des théories et des méthodes qui, en anthropologie, s’attachent à cet objet trop longtemps négligé qu’est le son.

« Comment pensent les drones. La détection et l'identification de cibles invisibles »

par Grégory Delaplace

L'Homme. Revue française d'anthropologie, 222, 2017 : 91-118

Les débats éthiques liés à l’usage de drones de combat par les États-Unis, dans le cadre d’opérations militaires au Pakistan, en Afghanistan, en Somalie et au Yémen, se sont principalement concentrés sur le cas des frappes dites de « personnalité », dont le propos affiché est d’éliminer à distance des hauts responsables d’organisations « terroristes ». La majorité des frappes menées par les drones américains, pourtant, ne vise pas des personnes préalablement connues des services secrets, mais des individus anonymes « identifiés » sur la base de leur comportement, observé depuis le ciel, perçu comme présentant une menace. Les cibles de ces frappes, dites de « signature », n’apparaissent donc aux opérateurs des drones qu’à travers certains signes qu’il s’agit non seulement de détecter, mais aussi d’interpréter collectivement. En tirant parti des données disponibles sur le sujet, et notamment de la transcription intégrale d’une attaque menée en Afghanistan par l’armée américaine en février 2010, cet article tente d’examiner dans le détail par quel processus des cibles invisibles en viennent à être identifiées comme telles par les drones de combats américains.

couv HAU

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« Acting translation. Ritual and prophetism in twenty-first-century indigenous Amazonia »

par Carlos Fausto et Emmanuel De Vienne

HAU: Journal of Ethnographic Theory, 4-2, 2014: 161-191.

This paper focuses on a prophetic movement led by an Amerindian from Mato Grosso, Brazil, in 2006. This man created a radically new liturgy and cosmology by combining elements borrowed from local shamanism and mythology, Christianity and TV shows, among other sources. He managed to convince entire villages to take part in spectacular healing ceremonies and gathered a huge number of followers. One of these ceremonies was extensively filmed by indigenous filmmakers, making it possible to examine the micromechanisms of this cultural innovation, and thus address with fresh data and a new approach the old issue of Amerindian prophetism. We propose here the concept of translating acts to describe this indigenous practice of transcreation, giving special attention to the multiple semiotic mediums through which it is enacted.

« Establishing mutual misunderstanding. A Buryat Shamanic Ritual in Ulaanbaatar (Mongolia) »

par Gregory Delaplace et Batchimeg Sambalkhundev

Journal of the Royal Anthropological Institute, 20/4, 2014 : 617-634 (DOI: 10.1111/1467-9655.12126)

This article discusses a strange case of shamanic ritual performed for a Buryat family in Mongolia's capital city Ulaanbaatar. This performance not only differs from those described in the regional literature, but it also seems to challenge some of the models used to account for ritual efficacy. Indeed, while the cathartic use of Buryat traumatic history to deal with a patient's misfortune in shamanic rituals is quite well documented, this performance stands out for the uncompassionate hopelessness with which spirits spoke of the family's fate as exiles in Mongolia. Meanwhile, the ever-growing tension between participants, which culminated in an open crisis, would be a sure sign of a ritual failure had it not been the clear result of the shaman's own efforts to establish mutual misunderstanding between the spirits, the patients, and herself. Drawing on a pragmatic approach to ritual efficacy, this article ponders on the specific purpose of a performance which seems to be aimed at creating a context of miscommunication between participants.

 

terrain 62 couv web

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« Retoucher les morts. Les usages magiques de la photographie en Mongolie »

par Grégory Delaplace

Terrain, 62, 2014 : 138-151 (DOI : 10.4000/terrain.15390)

À la mort d’une personne, il est d’usage en Mongolie de confectionner un portrait funéraire à partir de sa photographie d’identité agrandie, colorisée et retouchée. Ce portrait est utilisé pendant les funérailles, puis installé à côté des images pieuses du foyer dans la maison qu’occupait le défunt jusqu’à sa mort. Ce portrait est censé constituer une sorte de double du mort, à travers lequel ce dernier pourra recevoir des offrandes de la part de ses proches parents pendant la période de deuil et après celle-ci. La valeur à la fois indicielle et iconique de la photographie – le fait qu’une photographie est une trace du sujet photographié, en même temps qu’elle lui ressemble – tend à lui voir conférer, en Mongolie comme ailleurs, le pouvoir magique d’atteindre une personne à distance, ou en son absence. En retouchant les portraits de parents défunts, toutefois, les Mongols semblent faire un pas de plus dans l’usage magique de la technique photographique : en altérant l’image, ils ne se contentent pas de fabriquer un support de relations avec leurs morts, ils se donnent les moyens de transformer ces derniers.

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©Christine Guillebaud

Ecouter le Monde avec MILSON, les anthropologues des milieux sonores. Une série de cartes postales sonores réalisées par Monica Fantini (RFI) en collaboration avec les anthropologues du projet MILSON, un programme dirigé par Christine Guillebaud (CNRS) du Centre de recherche en ethnomusicologie et diffusées dans l'émission "Ecouter Paris, Ecouter les villes du monde" sur Radio France Internationale. 

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coffret caire visuel

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Congrès de musique arabe du Caire, 1932

sous la direction de Jean Lambert et de Pascal Cordereix

Éditions de la BNF, coffret 18 CD, livret trilingue français, anglais et arabe de 256 p.

Après un important travail de restauration du son effectué dans ses studios, la BnF, en collaboration avec l’émirat d’Abou Dhabi, et sous la direction scientifique de Jean Lambert, publie l’intégralité des enregistrements du Congrès du Caire de 1932, authentique document d’archives sonores de plus de dix-huit heures de musique, soit 18 disques compacts accompagnés d’un livret descriptif de 256 pages.

Le Congrès de musique arabe qui s’est tenu au Caire en mars-avril 1932 a fait date dans l’histoire de la musique au XXe siècle. Première manifestation scientifique d’envergure consacrée à des musiques non occidentales, il a permis la rencontre entre musicologues occidentaux et orientaux. Il est le premier congrès de musicologie à consacrer une part importante de ses travaux à l’enregistrement sonore d’interprétations de référence. C’est dans ce cadre que la filiale égyptienne de la firme His Master’s Voice de la Gramophone anglaise enregistre 334 faces de disques 78 tours, enregistrements non destinés à l'époque à une diffusion commerciale. Le Congrès du Caire de 1932 est un mythe pour tous les chercheurs et les amateurs de la musique arabe en particulier et de la musique en général. Rares étaient ceux qui avaient, jusqu’à cette édition, accès à ces enregistrements. Quatre-vingt-deux ans plus tard, l’art et le savoir de grands musiciens du monde arabe deviennent accessibles.

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