Cette rubrique donne un aperçu des publications récentes des chercheurs du LESC. Des listes plus exhaustives peuvent êtres trouvées sur les pages individuelles des membres.

 

Couverture Social Epreuve Degout
Couverture Social Epreuve Degout

Le social à l'épreuve du dégoût

édité par Dominique Memmi, Gilles Raveneau et Emmanuel Taïeb

Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016, 218 p.

Corps du malade, du mourant, du mort, du pauvre : au cœur de nos sociétés contemporaines, des agents administrent pour le monde social et à sa place les marges de la vie biologique et sociale. Comment les pompiers, les travailleurs sociaux, les employés des pompes funèbres, les aides-soignantes, les infirmières et médecins se débrouillent-ils avec le « sale boulot » ? Parmi les émotions dont ils peuvent être affectés, il en est une, particulièrement archaïque, apparemment spontanée et difficile à réprimer : le dégoût. Il renvoie aux sensations du corps, mais recèle aussi une dimension sociale : pas seulement dégoût du goût des autres, mais peur de devenir comme eux, surtout s’ils sont jugés socialement inférieurs. Le dégoût traduit une urgence à se « séparer ». Réaction somatique à la crainte du rapprochement physique et social, émotion « mixophobe », le dégoût trace une frontière avec l’Autre, révélant les inavouables sociaux de nos sociétés.
Cet ouvrage interroge ce que le dégoût « fait » aux interactions. On y découvre l’opposition radicale entre coulisses et scène, régie par l’autocensure professionnelle, et les mille stratagèmes permettant d’affronter ce qui révulse. Limitation du toucher, port de gants, lavage obsessionnel, embellissement du cadavre et toilettage des mots eux-mêmes, autant de techniques visant à mettre à distance la vie organique… des autres. Révélatrices d’une souffrance spécifique au travail, ces stratégies professionnelles avouent une ambivalence d’autant plus menaçante qu’elle semble de plus en plus indicible. Car secrété par le processus de civilisation, le dégoût est pris dans des interdits sociétaux incitant à le taire. Cela en fait un instrument d’autant plus précieux de lecture du monde social. Cet ouvrage apporte ainsi une contribution importante à l’histoire, à la sociologie et à l’anthropologie des sensibilités.

couv tropheesI

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Trophées. Études ethnologiques, indigénistes et amazonistes offertes à Patrick Menget

édité par Philippe Erikson

Société d'ethnologie, Nanterre, 2016, 2 volumes, 560 p.

Guerre, couvade, chamanisme, sorcellerie, chasse aux têtes, rituels funéraires et mythologie… Rédigés par certains des meilleurs spécialistes contemporains de l'ethnologie de l’Amazonie, les trente-trois textes réunis dans cet ouvrage nous éclairent, entre autres, sur ces thématiques classiques de l’américanisme tropical. Si l’ayahuasca, le venin de rainette (kampo), les sarbacanes, les ornements corporels, le cannibalisme rituel, les arts oratoires et les dilemmes inhérents aux premiers contacts avec les Blancs occupent le devant de la scène, les problématiques plus contemporaines transparaissent également dans les deux volumes de ce recueil, qu’il s’agisse de l’introduction du football dans les villages amérindiens ou de l’implication croissante des jeunes femmes dans la vie politique de communautés kayapo mobilisées contre l’implantation de barrages hydro-électriques sur leurs terres. Les questions d’éthique sont également très présentes dans ces « trophées » dédiés à Patrick Menget — figure pionnière de l’ethnologie et de l’indigénisme —, avec des contributions qui traitent de l’attitude à adopter face à la cruauté infligée aux animaux ou face aux difficultés rencontrées par les ethnologues qui s’immergent dans des univers conceptuels amazoniens aussi systématiquement fascinants que parfois déconcertants.

couv africanistes86 1

couv africanistes86 1

Revalorisation patrimoniale des sites naturels sacrés (Kenya, Ouganda, Madagascar). Enjeux locaux, nationaux et internationaux

dossier édité par Marie-Pierre Ballarin et Sophie Blanchy

Journal des Africanistes, 86 (1)

Contributeurs : Christin Adongo, Marie-Pierre Ballarin, Sophie Blanchy, Déborah Corrèges, Anthony Githitho, Henri Médard,Cecilia Pennacini, Lolona Razafindralambo

couv ateliers42

couv ateliers42

Les « jeunes » dans le sud de la Méditerranée. Ethnologie d'une catégorie singulière

édité par Isabelle Rivoal

Ateliers d'anthropologie, 42 [en ligne]

Dans le monde méditerranéen, rien ne permet de définir précisément l’empan de la jeunesse sinon que l’on cesse d’être considéré comme « jeune » lorsque l’on devient un « homme » (et pour les jeunes filles que l’on devient « épouse de » ou religieuse). « Être jeune » est une catégorie statutaire spécifiant un écart entre des individus accomplis et d’autres qui ne le sont pas. C’est à l’étude de cette catégorie que la présente livraison d’Ateliers d’anthropologie est consacrée. Articulé autour d’une comparaison entre les sociétés du Maghreb (Maroc) et du Proche-Orient (Liban, Syrie, Jordanie), ce numéro discute la figure complexe et ambiguë du jeune shâbb (pl. shabâb), caractérisée par la tension pressante de devenir... des maris, de bons musulmans, des chefs de famille, des personnes respectées, écoutées, qui réussissent ; en somme, des hommes. Chaque article présente un cas ethnographique, analysé en prenant en considération la dimension centrale de l’accomplissement, supposant des actes, une manière d’être et la reconnaissance de compétences sociales toujours remises en question. La pression que les jeunes, de plus en plus nombreux à rester « sur le seuil », font peser sur la société est forte. L’ambition théorique du volume est ainsi de développer une perspective critique sur la question du statut et des relations de pouvoir, de domination et d’honneur dans les sociétés du sud de la Méditerranée.

Contributeurs : Muriel Champy, Irène Dos Santos, Agnès Gharbi Mesmar, Raymond Jamous, Christine Jungen, Marko Juntunen, Anne-Marie Peatrik, Anna Poujeau, Isabelle Rivoal, Romain Simenel