Cette rubrique donne un aperçu des publications récentes des chercheurs du LESC. Des listes plus exhaustives peuvent êtres trouvées sur les pages individuelles des membres.

 

Couv delargentauxvaleurs

Couv delargentauxvaleurs
De l'argent aux valeurs : femmes, économie et sociétés à Dakar

par Ismaël Moya

Société d'ethnologie, Nanterre, 2017, 352 p.

Ce livre parle de Dakar. Et de l'argent. À Dakar, l'argent est roi. Il est le revers de toutes les relations, des plus commerciales aux plus intimes.

Ce livre parle des femmes. Et de l'argent. À Dakar, les femmes dépensent avec faste des sommes démesurées pour honorer des relations de parenté, en particulier à l'occasion des cérémonies de mariage et de naissance — ce que, para­doxalement, hommes et femmes dénoncent comme un gaspillage contraire à la rationalité économique et aux valeurs de l'islam.

Ce livre parle d’anthropologie. Et d’argent. À Dakar, si la finance est reine, la vie sociale n’est pas pour autant soumise à la seule loi du marché: le système cérémoniel, qui associe étroitement échanges féminins et rituels religieux, y joue un rôle de premier plan.

Nourri d’enquêtes de terrain menées dans un quartier populaire de l’agglomération dakaroise, l’ouvrage d’Ismaël Moya, en suivant la piste de l’argent, éclaire d’un jour nouveau la place de l’économie, les hiérarchies statutaires, la parenté et les rapports complexes entre hommes et femmes dans cette société musulmane. S’y dévoilent, au sein de la finance, les valeurs qui structurent la vie sociale d’une métropole africaine contemporaine.

Couv le volume humain
Couv le volume humain
Le volume humain : esquisse d'une science de l'homme

Ce livre est le fruit d’une expérience unique : l’auteur a été filmé par Catherine Beaugrand et Samuel Dématraz, sans interruption, pendant 12 heures. Il présente la description aussi précise que possible de tous les instants privés et publics, sans aucune coupure, du petit déjeuner au dîner, en passant par les trajets en RER, les conversations avec des collègues, les heures d’enseignements et les moments vides. Ces descriptions sont suivies par des commentaires sur le volume humain, ses modes de présence, ses actes, son style, ses détails, ses changements et sa continuité au fil de la journée. L’auteur propose des concepts et des réflexions sur ce qui pourrait constituer l’anthropologie comme science de l’homme. C’est comme s’il y avait deux disponibilités, constate Albert Piette, l’unité humaine sans discipline, et l’anthropologie, sans objet qui lui soit propre, une sorte de mot fourre-tout ou synonyme de sociologie. En postambule du livre, l’auteur s’interroge sur ce que serait les fondements de l’anthropologie. Il convoque alors, non plus Hérodote, mais Aristote et, au fondement métaphysique, il ajoute un fondement artistique, en commentant Rilke sous forme de conseils à un jeune anthropologue. Ainsi au fil des pages se précisent les principes d’une telle science de l’homme que l’auteur ne veut pas séparer d’une éthique, une « éthique du volume » selon ses mots, dans laquelle il s’interroge sur ce qui existe et sur ce qui n’existe pas : ce qui lui permet d’attribuer une valeur centrale à l’être humain et à chaque singulier.

peindre pour agir muralisme et politique en sardaigne
peindre pour agir muralisme et politique en sardaigne
Peindre pour agir : muralisme et politique en Sardaigne

Cet ouvrage retrace l’émergence d’une pratique de peinture murale à Orgosolo en Sardaigne et son évolution, à partir de la fin des années 1960 jusqu’à ses usages patrimoniaux et touristiques contemporains. Situé au centre de l’île, près du massif du Supramonte, archétype d’une Sardaigne traditionnelle, ce village affiche aujourd’hui trois cents peintures murales, réalisées au départ par un enseignant de dessin et ses élèves puis lors de manifestations contestataires, à l’aide des villageois.
Cette « tradition récente » de peinture murale s’est désormais propagée à toute la Sardaigne, avec des usages divergents : tantôt moteur des politiques de développement patrimonial et touristique, tantôt manifestation d’un faire politique alternatif, témoignant de l’existence d’espaces de socialisation et de formes de résistance dans la continuité des pratiques graphiques militantes des années 1970.
L’auteure examine, sur quarante ans, les relations multiples et parfois intimes qui se sont nouées entre les habitants et ces peintures murales, et étudie comment s’est reconfiguré le monde social d’Orgosolo à partir de ces peintures murales qui construisent une ambiance graphique singulière. Ces murs affichent le portrait d’une société en changement. Ils peuvent apparaître tout autant comme le lieu d’une résistance acharnée des identités et des traditions, mais aussi l’endroit où s’exprime le débat relatif aux actualités et aux problèmes sociaux. Véritables dispositifs de maintien d’une société souvent qualifiée d’archaïque, mais aussi espaces hyperactifs d’expérimentation sociale, ces murs ne cessent de murmurer – et parfois de décrier – la fabrique du champ social.
Plus largement, le cas d’Orgosolo interroge l’impact des objets graphiques exposés dans un espace public. Dans quelle mesure interviennent-ils dans la construction des relations sociales ? Comment l’anthropologie peut-elle ouvrir de nouvelles perspectives sur le pouvoir d’action des images et de l’écriture  ? C’est à ces questions que cette passionnante enquête ethnographique sur la peinture murale à Orgosolo apporte également des réponses.

couv jamous sultan
couv jamous sultan

Le sultan des frontières : essai d'ethnologie historique du Maroc

par Raymond Jamous

Société d'ethnologie, Nanterre, 2017, 150 p.

Raymond Jamous étudie en ethnologue l'histoire longue du Maroc à partir d'une hypothèse élaborée lors de sa recherche dans le Rif : constatant que les mythes et les rites tribaux reproduisent les modèles historiques du pouvoir sultanien, il déploie une analyse en miroir de l'autorité politico-religieuse du sultan et des institutions sociales locales. Invitant à une relecture utile des théories d’Ibn Khaldoun et de Tocqueville, l’auteur use de nombreux matériaux ethnographiques et historiographiques, dans une perspective qui englobe le rapport politique à l’espace, et s’attache au rôle des intermédiaires religieux. La démonstration suit la construction du pouvoir au Maroc depuis le XIe siècle, dans et au-delà des frontières, vers le Maghreb et l’Espagne musulmane. Elle montre que l’autorité du sultan alawite se fonde sur son itinérance, à l’intérieur du pays, dans un espace frontière entre les entités tribales. Descendant du Prophète, il fait reconnaître la puissance de sa baraka en interdépendance avec celle des saints et des confréries. Les relations entre le souverain et les tribus, marquées par l’action violente, la négociation et le rituel sacrificiel pour instaurer la paix, restaurent par le même mouvement les groupes locaux dans leur identité. C’est en ce sens que le souverain alawite est à la fois sultan en relation et sultan des frontières.

Comment pensent les forêts. Vers une anthropologie au-delà de l'humain

par Eduardo Kohn, traduit de l'anglais par Grégory Delaplace, avec une préface de Philippe Descola

Zones Sensibles, Bruxelles, 2017, 336 p.

Les forêts pensent-elles ? Les chiens rêvent-ils ? Dans ce livre important, Eduardo Kohn s’en prend aux fondements même de l’anthropologie en questionnant nos conceptions de ce que cela signifie d’être humain, et distinct de toute autre forme de vie. S’appuyant sur quatre ans de recherche ethnographique auprès des Runa du Haut Amazone équatorien, Comment pensent les forêts explore la manière dont les Amazoniens intéragissent avec les diverses créatures qui peuplent l’un des écosystèmes les plus complexes au monde. Que nous l’admettions ou non, nos outils anthropologiques reposent sur les capacités qui nous distinguent en tant qu’humains ; pourtant, lorsque nous laissons notre attention ethnographique se porter sur les relations que nous tissons avec d’autres sortes d’êtres, ces outils – qui ont pour effet de nous aliéner du reste du monde – se révèlent inopérants. Comment pensent les forêts entend répondre à ce problème. Cet ouvrage façonne un autre genre d’outils conceptuels à partir des propriétés étranges et inattendues du monde vivant lui-même. Dans ce travail revolutionnaire, Eduardo Kohn entraîne l’anthropologie sur des chemins nouveaux et stimulants, qui laissent espérer de nouvelles manières de penser le monde, monde que nous partageons avec d’autres sortes d’êtres.

Esquerre enrichissement
Esquerre enrichissement

Enrichissement : une critique de la marchandise

édité par Luc Boltanski et Arnaud Esquerre

Gallimard [NRF Essais], Paris, 2017, 672 p.

Luc Boltanski et Arnaud Esquerre restituent le mouvement historique qui, depuis le dernier quart du XXe siècle, a profondément modifié la façon dont sont créées les richesses dans les pays d’Europe de l’ouest, marqués d’un côté par la désindustrialisation et, de l'autre, par l’exploitation accrue de ressources qui, sans être absolument nouvelles, ont pris une importance sans précédent. L’ampleur de ce changement du capitalisme ne se révèle qu’à la condition de rapprocher des domaines qui sont généralement considérés séparément – notamment les arts, particulièrement les arts plastiques, la culture, le commerce d’objets anciens, la création de fondations et de musées, l’industrie du luxe, la patrimonialisation et le tourisme. Les interactions constantes entre ces différents domaines permettent de comprendre la façon dont ils génèrent un profit : ils ont en commun de reposer sur l’exploitation du passé.
Ce type d’économie, Boltanski et Esquerre l’appellent économie de l’enrichissement.
Parce que cette économie repose moins sur la production de choses nouvelles qu’elle n’entreprend d’enrichir des choses déjà là ; parce que l’une des spécificités de cette économie est de tirer parti du commerce de choses qui sont, en priorité, destinées aux riches et qui constituent aussi pour les riches qui en font commerce une source d’enrichissement. Alors l’analyse historique revêt, sous la plume des auteurs, une deuxième dimension : l'importance, l’extension et l’hétérogénéité des choses qui relèvent désormais de l’échange ouvrent sur une critique résolument nouvelle de la marchandise, c’est-à-dire toute chose à laquelle échoit un prix quand elle change de propriétaire, et de ses structures. La transformation, particulièrement sensible dans les États qui ont été le berceau de la puissance industrielle européenne, et singulièrement en France, devient indissociable de l’analyse de la distribution de la marchandise entre différentes formes de mise en valeur.
On comprend d’entrée que cet ouvrage est appelé à faire date.

couv societes civiles

couv societes civiles

Sociétés civiles d'Asie du Sud-Est continentale. Entre pilotage d'État et initiatives citoyennes

sous la direction de Bernard Formoso

ENS Éditions, Paris, 2016, 286 p.

Comment repenser le concept de société civile hors du prisme des valeurs libérales et séculières caractéristiques de l'Occident ? En conjuguant étroitement les savoirs et méthodes de l'anthropologie et de la science politique, le présent recueil traite de cette question centrale à l’étude de contextes nationaux sud-est asiatiques (Thaïlande, Birmanie, Cambodge, Malaisie, secondairement Singapour et Indonésie) dont les modes d’actions politiques restent profondément empreints de hiérarchie et d’idéologie religieuse. Les diverses formes de dirigisme étatique prenant appui sur ces cadres culturels hérités entrent aujourd’hui en confrontation directe avec des modèles d’action citoyenne importés d’Occident, dans le cadre de la mondialisation économique et informationnelle. En examinant, sur la base d’enquêtes de terrain et d’une abondante documentation, les modalités et les enjeux de cette confrontation suivant les pays et leur histoire, l’ouvrage offre une interprétation approfondie des événements qui font leur actualité tout en questionnant leur devenir. Il s’adresse tout autant aux chercheurs en sciences sociales qui s’intéressent à la nature des sociétés civiles non occidentales, qu’à un public plus large, soucieux de mieux comprendre l’Asie du Sud-Est, ses cultures et les défis sociopolitiques qu’elle doit relever.

couv tropheesI

couv tropheesI

Trophées. Études ethnologiques, indigénistes et amazonistes offertes à Patrick Menget

édité par Philippe Erikson

Société d'ethnologie, Nanterre, 2016, 2 volumes, 560 p.

Guerre, couvade, chamanisme, sorcellerie, chasse aux têtes, rituels funéraires et mythologie… Rédigés par certains des meilleurs spécialistes contemporains de l'ethnologie de l’Amazonie, les trente-trois textes réunis dans cet ouvrage nous éclairent, entre autres, sur ces thématiques classiques de l’américanisme tropical. Si l’ayahuasca, le venin de rainette (kampo), les sarbacanes, les ornements corporels, le cannibalisme rituel, les arts oratoires et les dilemmes inhérents aux premiers contacts avec les Blancs occupent le devant de la scène, les problématiques plus contemporaines transparaissent également dans les deux volumes de ce recueil, qu’il s’agisse de l’introduction du football dans les villages amérindiens ou de l’implication croissante des jeunes femmes dans la vie politique de communautés kayapo mobilisées contre l’implantation de barrages hydro-électriques sur leurs terres. Les questions d’éthique sont également très présentes dans ces « trophées » dédiés à Patrick Menget — figure pionnière de l’ethnologie et de l’indigénisme —, avec des contributions qui traitent de l’attitude à adopter face à la cruauté infligée aux animaux ou face aux difficultés rencontrées par les ethnologues qui s’immergent dans des univers conceptuels amazoniens aussi systématiquement fascinants que parfois déconcertants.

couv Aristote Heidegger Pessoa web

couv Aristote Heidegger Pessoa web

Aristote, Heidegger, Pessoa. L'appel de l'anthropologie

par Albert Piette

Éditions Petra, Paris, 2016, 186 p.

Aristote, Heidegger, Pessoa : trois lectures qui ont accompagné Albert Piette ces dernières années. Il y est question de singularité, d’existence et de réalité, pour chercher une anthropologie qui aurait son « objet », et qui ne serait pas celui d’autres disciplines. Celui-ci ne serait pas une partie de l’être humain, ni un ensemble d’êtres humains. Ce serait l’existence des hommes, des unités individuelles ou des volumes d’être. Aristote est posé alors en fondateur de l’anthropologie, plutôt qu’Hérodote habituellement placé en tête des histoires de l’anthropologie (sociale et culturelle). Théories, thématiques et méthodes se précisent au fur et à mesure de la lecture de ces trois auteurs qu’Albert Piette interprète à partir de sa quête d’une anthropologie empirique et théorique.

couv Separate humans web

couv Separate humans web

Separate humans. Anthropology, ontology, existence

par Albert Piette

Mimesis International, Milan, 2016, 90 p.

This book is a theoretical essay that lays foundations on which to build an anthropology directly focusing on human units. In the first chapter, the author attempts to show that the evolutionary specificity of humans constitutes an argument in favour of this perspective. The consciousness of existing in time and nuanced modalities of presence call for a detailed observation of humans. The second chapter is a critique of the abundant use of the notion of relations in social anthropology. This critique is necessary because of the extent to which the various theoretical and methodological uses of relations absorb and lose existences and their details. The third chapter concerns nonhumans, another major theme of contemporary anthropology. Albert Piette sees a certain debasement of the notion of existence and proposes a realist ontology, considering what does and does not exist, from the examples of divinities, animals and collective institutions. It is not a matter of being satisfied with an analysis of ontologies or local metaphysics, but also showing what really is in a situation, and not just from the point of view of people and their discourse. This analysis leads to a classification of beings and to a consideration of the importance of minimality in human existence.

En vrac