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Laisser faire : rythmes et improvisations dans l’uganga à Zanzibar, Marco Motta (Institut d'Anthropologie Sociale, Université de Berne)

Séminaire du CREM

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Lundi 15 Mars 2021 14:00 - 16:00
Visioconférence
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Présentation

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Sur l’archipel de Zanzibar, l’uganga désigne un ensemble de pratiques rituelles à vocation thérapeutique qui implique la « montée » d’esprits dans les corps. Le rythme tient une place tout à faire centrale dans ce processus qui consiste principalement à répondre aux dissonances relationnelles et à leurs effets toxiques en cherchant à s’accorder les uns avec les autres. Pour que les esprits se manifestent, il faut chercher et « trouver le rythme ». Or, celui-ci n’est pas déterminé à l’avance et n’est jamais donné une fois pour toutes lorsqu’il est enfin trouvé. Les Zanzibaris ne cessent de dire qu’ils ne « savent pas » (sijui, sina hakika, labda, etc.) lorsqu’on leur demande comment ils font ou comment ils savent ce qu’ils doivent faire. Parce qu’il n’y a pas plus de scripts pour le rituel qu’il y en a pour la vie sociale, nos critères de ce qu’est un rituel « réussi » ne sont pas à chercher en dehors de la performance elle-même. Les actions rituelles ne sont pas jugées d’après leur conformité à des standards, mais d’après leur fidélité à un certain « esprit » de « ce qui a lieu ». C’est donc notre concept de jugement lui-même qui est au travail et en jeu dans le rituel. Bien qu’il existe effectivement un répertoire appris de gestes et des normes internes aux rituels (des règles plus ou moins explicites, des protocoles, un certain ordre, des modes de régulation, des règles de bienséance, des habitudes et des manières de faire), ce n’est pas tant ce répertoire ni ces normes qui permettent au rituel d’opérer que les improvisations auxquelles ils donnent lieu. En effet, tout se passe comme si le fait de suivre des règles plus ou moins contraignantes générait la possibilité de s’en libérer. Autrement dit, « suivre » des règles doit être repensé à la lumière dont on les « enfreint » ; et ce processus, comme nous le verrons, n’est pas volontaire ou intentionnel, mais découle d’une certaine posture qui consiste à « laisser faire » ou à « renoncer à ne pas faire ». Le rituel est tout entier tendu vers ce moment de passivité active (ou d’activité passive) où l’on permet (ou cesse d’empêcher) quelque chose d’avoir lieu (par exemple la montée d’un esprit dans un corps ou la cure d’avoir une efficacité). En interrogeant à la fois le mythe de l’improvisation libre et spontanée et une certaine perception liturgique du rituel, je montrerai en quoi une attention fine aux ajustements rythmiques nous permet de voir les activités rituelles comme une esthétique et une éthique, un perfectionnement, un art de l’improvisation contrainte.

Séance en visioconférence. Pour obtenir le lien, écrire à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.


LESC CREM Picto C webLe séminaire du CREM (Centre de recherche en ethnomusicologie) a lieu deux lundis par mois, de 14h à 16h. Les chercheurs (doctorants compris) membres du CREM ou invités de passage y présentent leurs travaux en cours. Les présentations durent 50 minutes, et sont suivies d’une pause café et d’une heure de discussion.

Occasionnellement, le séminaire prend la forme d’un atelier rassemblant plusieurs chercheurs autour d’un thème commun. Il dure alors un après-midi ou bien une journée complète.

La participation au séminaire est ouverte à tous. Il fait par ailleurs partie du cursus des Master d’ethnomusicologie des universités Paris Nanterre et Paris 8 Saint-Denis.

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