Maxime Toutain

 
ATER
Maxime Toutain
Pris de thèse 2020 de la Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage
...

Maxime Toutain est docteur en anthropologie sociale et historique de l’Université Toulouse -Jean Jaurès, dont les travaux portent sur la mémoire de la traite transatlantique et de l’esclavage au sein du monde hispanophone et dans l’anthropologie du fait religieux cubain.

Sa thèse soutenue en 2019, dirigée par Stéphanie Mulot (CERTOP, UMR 5044) au sein du Centre d’Anthropologie Sociale du laboratoire LISST (UMR 5196), aborde les multiples formes de remémoration de l’esclavage au sein d’un groupe de pratiquants de la santería qui vivent dans une ancienne plantation et dont les rites mobilisent des reliques de la période esclavagiste transmise au fil des générations. Elle a reçu le prix de thèse de la Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage en 2020.

Résumé de la thèse :

En 1846, l’esclavagiste Julián de Zulueta y Amondo achète un petit moulin à sucre qu’il baptise Álava où il fait construire un baraquement pouvant détenir jusqu’à 700 esclaves. Certains d’entre eux « fondent » des santos parados, pierres consacrées aux divinités nommées orichas qu’ils enterrent dans divers lieux du baraquement ou conservent auprès d’eux. Le plus connu de ces esclaves se nomme Ta Jorge, « homme de confiance » du maître qui, lors de la traversée de l’Atlantique, a gardé avec lui le santo parado d’Elegguá et une figurine représentant l’oricha-enfant. Aujourd’hui, ces reliques sont au cœur de la ritualité d’une des quatre maisons de culte qui composent le champ religieux de ce batey, rebaptisé central Méjico depuis la Révolution de 1959. Grâce à une enquête ethnohistorique et ethnographique, cette thèse propose une réflexion sur un siècle et demi de dynamiques religieuses cubaines en milieu rural ainsi que sur la relation qu’entretiennent aujourd’hui les pratiquants avec leur passé. Elle montre que, loin d’être remplacé par la santería moderne, le culte des santos parados s’est adapté aux évolutions religieuses de Cuba grâce à de constants échanges entre l’ingenio et son environnement. Ces derniers ont permis l’appropriation par les pratiquants locaux du rituel initiatique du kariocha créant un réseau complexe de parentés rituelles toujours plus dense. Pour autant, les pratiquants continuent de mettre en avant la parenté biologique pour définir les maisons de culte à travers des mémoires narratives performées par le rite. Ces récits, construits selon un régime mémoriel généalogique, sont corollaires de discours revendiquant à chaque maison une place au sein de la micropolitique locale. Cette recherche s’intéresse plus particulièrement aux représentations locales du passé servile mises en perspective avec le contexte mémoriel national. Elle met en lumière l’influence des régimes mémoriels macropolitiques de l’esclavage sur les discours micropolitiques comme sur certaines pratiques religieuses infrapolitiques : les possessions par les esprits d’esclaves.

Toutain, M., 2017, L’esprit de Nicolás, esclave congo. Possession et mémoire incorporée dans les cultes d’origine africaine à Cuba, cArgo, 6-7 : 129-146.
Toutain, M., 2016, La Influencia Del Culto A Los Orishas En La Patrimonialización Del Central Méjico (Matanzas), International Journal of Cuban Studies, 8 (2) : 329-352, en ligne : http://www.jstor.org/stable/10.13169/intejcubastud.8.2.0329.
Hace más de veinte años que se celebra cada 21 de agosto, en el antiguo ingenio Álava – hoy Central Méjico – el ‘Día del Alavense Ausente’, una fiesta patrimonial donde se recuerda el pasado esclavista local. A lo largo del día y en sus diferentes actividades se nota la presencia del hecho religioso de origen africano, y en particular del culto a los orishas. De hecho, varias reliquias, llamadas ‘santo parado’ se encuentran dentro del antiguo barracón, siendo la más venerada un muñeco de madera del orisha Elegguá. Estas reliquias aún se integran a la práctica de los religiosos del Central, quienes reivindican una continuidad con los esclavos que las trajeron desde África. Pero el culto tal y como se practica hoy no es endémico, sino que fue importado de centros urbanos como La Habana desde la primera mitad del siglo XX. Además, casi solo es evocado el culto a los orishas, a pesar de que se constata que los habitantes tienen una práctica diversificada, pasando sin contradicción, de éste a otros cultos como el Palo-Monte y el espiritismo ‘cruzado’. Este artículo propone, basándose en datos etnográficos, un análisis de la dinámica patrimonial, preguntándose cuáles son los mecanismos que permiten erigir al culto a los orishas como una herencia valorizada de los esclavos.
Toutain, M., 2020, Ideales de una raza : la décolonisation politique et esthétique cubaine de Juan Gualberto Gómez à Nicolás Guillén (1879-1959), Penser, dire et représenter la race dans les Amériques. Le point de vue des intellectuels noirs et indigènes (XVIII-XXe siècles) (Düren, Shaker Verlag) : 123-134 [Irrésignations], en ligne : http://www.shaker.de/de/content/catalogue/index.asp?lang=de&ID=8&ISBN=978-3-8440-4898-8.
Toutain, M., 2016, El tiempo de los lucumí. L’Afrique et l’esclavage dans la mémoire religieuse des cultes d’origine africaine à Cuba, Mémoire(s) et identité(s) en Afrique et en Amérique latine: actes du colloque organisé par le Centre de Recherches Afro-Hispaniques (CRAHI) (Libreville, Oudjat) : 401-420.
Toutain, M., 2016, Une autre mémoire de l’esclavage. De l’usage des cultes d’origine africaine dans la patrimonialisation du passé esclavgiste cubain. Le cas du central Méjico., Memórias da escravidão em torno do Atlântico (Fortaleza, Expressão Gráfica e Editora) : 138-159 [História Social].