Victor A. Stoichita
Chargé de recherche
Administrateur du site web
Victor A. Stoichita
2013 Médaille de bronze du CNRS
2005 Lauréat de la bourse Eugène Fleischmann
Roumanie
Roms
Ruse, technique, virtuosité, agentivité, ontologie
...

Mes recherches actuelles visent à éclairer des questions anthropologiques à partir de l'étude des interactions musicales. Je m'intéresse en particulier à la maniére dont les humains font exister des entités sonores en leur conférant une « qualité d'agent » (agency) autonome. Il peut s'agir par exemple de divinités dans les rites de possession, ou d'esprits invoqués et parfois personnifiés par les guérisseurs amérindiens. Mais il s'agit aussi d'entités dont l'ontologie est (encore) plus incertaine car elles n'apparaissent qu'en musique. Je m'intéresse en partoiculier à l'expérience musicale des mélomana es européens: les caractères émotionnels et moraux qu'ils prêtent aux mélodies, lmanière dont ils personnifient parfois ces dernières, les dimensions non-acoustiques de leur écoute (couleurs, textures, mouvements). Ces recherches s'inscrivent dans l'effort actuel des anthropologues pour mieux cerner l'impact des « schèmes » ontologiques sur les interactions sociales.

J'ai travaillé auparavant sur les conceptions de la ruse chez les musiciens professionnels tsiganes de Roumanie (Fabricants d'émotion, 2008). Je me suis ensuite intéressé à virtuosité, la propriété intellectuelle, l'humour et l'ironie. Par ailleurs j'ai publié en 2010 un manuel de chants tsiganes à vocation pédagogique (Chants Tsiganes de Roumanie, Cité de la Musique).

Responsabilités

Membre du comité scientifique de la Revue musicale OICRM (Canada)

Membre du comité de rédaction de la revue Terrain. Co-responsable de la rubrique « Questions »

Textes

2010. Chants tsiganes de Roumanie. Paris : Cité de la Musique, livre et CD audio.

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2008. Fabricants d’émotion. Musique et malice dans un village tsigane de Roumanie. Nanterre : Société d’ethnologie, 230 p.

Sur le site de l'auteur

Ce livre reprend le fil de la ruse/malice, tel que je l’avais suivi dans ma thèse, mais en concentrant la discussion autour de quelques questions centrales. Quel lien peut-on établir entre l’appartenance ethnique des musiciens professionnels (majoritairement tsiganes) et la manière dont ils commentent leur activité? Comment le paradigme de la ruse se déploie-t-il en musique? Que permet-il de comprendre du renouvellement et de la permanence des structures sonores? Destiné à un public élargi, le livre s’accompagne d’un DVD multimédia comportant de nombreux exemples interactifs.

2013. avec Christine Guillebaud. Cahiers d’ethnomusicologie, 26 [Notes d’humour]

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Existe-t-il un humour sonore ? Qu’il s’agisse de chansons comiques ou de formes théâtrales, la musique est souvent mêlée à des constructions humoristiques. Mais qu’apporte-t-elle au juste ? Ce volume propose des descriptions ethnographiques de différents cas d’humour sonore. Il aborde des répertoires, des pratiques musicales et des techniques d’une grande diversité géographique et culturelle. L’analyse porte sur les modalités propres au sonore et sur ses interactions avec d’autres registres expressifs comme le geste ou la danse. Quels sont les procédés utilisés dans le comique musical (parodie, caricatures, ironie, absurde, etc.) ? Comment les auditeurs les identifient-ils ? Comment l’humour apparaît-il (ou non) lorsque différentes cultures musicales se rencontrent ? Autant de pistes que ce volume explore afin de comprendre les différents processus impliqués dans le comique musical.

2011. avec Emmanuel Grimaud et Graham Jones. Ateliers d’anthropologie, 35 [Virtuosité ou les sublimes aventures de la technique].

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Quel que soit l’objet auquel elle s’applique – un tour étonnant, un motif compliqué, un solo très rapide, une acrobatie dangereuse, une machine particulièrement douée pour accomplir certaines opérations –, la virtuosité évoque une forme d’autonomisation et d’autocélébration de la technique, en même temps qu’une part de sublimation ou de dépassement de celle-ci. En empruntant des exemples à des univers qui sont rarement confrontés, ce numéro vise à montrer en quoi les « faits de virtuosité » permettent de penser de manière nouvelle la relation entre l’art et la technique. Contributeurs : Emmanuel Grimaud, Aurélie Helmlinger, Antoine Hennion, Graham Jones, Denis Laborde, Zaven Paré, Stéphane Rennesson et Denis Vidal

2013. avec Christine Guillebaud. « Introduction : Constructions sociales de l’humour sonore ». Cahiers d’ethnomusicologie, 26 : 13‑20.

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Existe-t-il un humour sonore ? Qu’il s’agisse de chansons comiques ou de formes théâtrales, la musique est souvent mêlée à des constructions humoristiques. Mais qu’apporte-t-elle au juste ? Ce volume propose des descriptions ethnographiques de différents cas d’humour sonore. Il aborde des répertoires, des pratiques musicales et des techniques d’une grande diversité géographique et culturelle. L’analyse porte sur les modalités propres au sonore et sur ses interactions avec d’autres registres expressifs comme le geste ou la danse. Quels sont les procédés utilisés dans le comique musical (parodie, caricatures, ironie, absurde, etc.) ? Comment les auditeurs les identifient-ils ? Comment l’humour apparaît-il (ou non) lorsque différentes cultures musicales se rencontrent ? Autant de pistes que ce volume explore afin de comprendre les différents processus impliqués dans le comique musical.

2013. avec Estelle Amy de le Bretèque. « Trois continents, une passion. Entretien avec Salwa El-Shawan Castelo-Branco ». Cahiers d’ethnomusicologie, 26 : 241‑254.

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2013b. « Vous trouvez cela drôle ? Ironie et jeux relationnels dans une nouvelle musique de fête en Roumanie ». Cahiers d’ethnomusicologie, 26 : 193‑208.

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Cet article décrit comment un genre musical – la manea – incite ses amateurs à des jeux relationnels empreints d’ironie. Il entend ainsi contribuer à la description de ce style de musique, d’apparition relativement récente et dont l’ethnographie reste parcellaire. Son objectif est aussi de contribuer à la compréhension de l’ironie, en tant que phénomène cognitif. Il propose d’étudier celle-ci aux limites entre musique et langage parlé, et à partir d’interactions réelles. L’intérêt pragmatique de l’ironie musicale est abordé dans la conclusion. À partir des propositions de M. Houseman pour l’analyse des rituels, il est suggéré que la manea ouvre un espace similaire de configuration des relations durables entre les participants.

2011. avec Emmanuel Grimaud et Graham Jones. « Préambule. De la technique comme contorsion ». Ateliers d’anthropologie, 35.

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Courses à la virtuosité. Nombreuses sont les pratiques qui ont généré, parfois en leur cœur et souvent en leurs marges, des programmes acrobatiques. Ces programmes ont généralement des finalités comparables. Il s’agit d’apprécier et d’évaluer l’excellence technique, d’explorer plus ou moins librement les possibilités d’un instrument ou de mettre à l’épreuve ses limites. De la musique à la jonglerie, de la prestidigitation à la voltige aérienne ou encore à la cascade à moto, rares sont les arts et (...)

2011b. « Entre prouesse et dérision. L’imitation bruitiste dans le folklore américain au début du XXe siècle ». Ateliers d’anthropologie, 35.

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Cet article porte sur un type de virtuosité qui consiste à imiter des sons non musicaux dans le cadre de performances musicales. Il s’attache à décrire les modalités de ces moments d’acrobatie dans le bluegrass et la country music en Amérique du Nord. Pour mettre en lumière l’évolution historique de ce régime de virtuosité, l’analyse suit les transformations d’une mélodie particulière, connue sous le nom de Orange Blossom Special, qui reste à ce jour l’une des plus fameuses imitations de trains dans la musique nord-américaine.
This article focuses on a type of virtuosity which involves the imitation of non-musical sounds in the context of musical performances. It attempts to describe the modalities of these moments of acrobatics in bluegrass and country music in North America. To highlight the historical evolution of this virtuosity system, the analysis follows the transformation of a particular melody, known as the Orange Blossom Special, which remains to this day one of the most famous imitations of trains in North American music.

2013. avec Christine Guillebaud et Julien Mallet « La musique n’a pas d’auteur ». Gradhiva, 12 : 5-19.

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L’actualité médiatique donne parfois lieu à d’étranges recoupements. Depuis longtemps, les histoires de pirates font partie de la littérature et de l’imaginaire. Mais, en ce début de XXIe siècle, elles reviennent au devant de la scène, dans les discussions politiques et à la une des journaux. Certains pirates modernes ressemblent à leurs homologues d’antan. Opérant dans l’océan Indien, au large des côtes somaliennes, ils disposent d’embarcations rapides et puissamment armées.

2010a. « De solides vérités. Ordre et approximation dans la pratique des musiciens tsiganes de Roumanie ». Études tsiganes, 38 : 158‑170.

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2010b. « Les pantoufles de Cendrillon. Une cordonnerie polémique ». Sang Bleu, 5 : 208-210.

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2010c. « Les “voleurs intelligents” ou l’éthique de la créativité selon les musiciens professionnels tsiganes de Roumanie ». Gradhiva, 12 : 80-97.

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Cet article explore les conceptions éthiques sous-tendant la pratique des musiciens professionnels tsiganes en Europe de l’Est, et plus particulièrement en Roumanie. Se présentant comme « fabricants d’émotion », les musiciens attribuent fréquemment leur succès économique à des valeurs comme la « ruse » ou la « malice ». Un bon musicien devrait être un « voleur intelligent », dans ses interactions avec les autres musiciens mais aussi avec les mélodies elles-mêmes. Les virtuoses jouent avec des « ruses » et celles-ci peuvent faire l’objet de « vols » entre musiciens. Ceux qui emploient le vocabulaire du vol ne condamnent pourtant pas ce comportement, et distinguent le vol des idées musicales de celui des biens matériels. Bien que les musiciens soient professionnels et considèrent la musique comme une activité commerciale, ils ne sont guère convaincus par l’utilité d’un système de copyright ou de « propriété intellectuelle ». Que signifie alors « voler » des ruses si personne ne les possède ? Comment cette habileté est-elle mise en rapport avec la créativité ? Quel est le modèle économique et moral de ces musiciens ? Comment interagit-il avec la notion de copyright ?
This article explores the ethical ideas that underpin the practice of professional Gypsy musicians in Eastern Europe and, more particularly, in Romania. These musicians present themselves as « creators of emotion » and frequently attribute their economic success to such values as « trickery » or « guile ». A good musician should be an « intelligent thief », both in his interactions with his peers and with the melodies themselves. Virtuosi play with « trickery » and these tricks can also be « stolen » by other musicians.People who use this vocabulary of theft do not condemn it, but distinguish between the theft of musical ideas and that of material possessions. Although they are professional musicians who consider their music to be a commercial undertaking, they remain sceptical as to usefulness of copyright or « intellectual property rights ». What then does it mean to « steal » tricks if they belong to nobody? How is this thief’s dexterity related to ideas of creativity? What sort of economic and moral models do these musicians hold to? And how does it relate to notions of copyright?

2009. « Pensée motivique et pièges à pensée. Musique, tissage et œufs de Pâques en Moldavie». L’Homme, 192 : 23-38.

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2008. Avec Bernard Lortat-Jacob. « La musique en action». Pour la science, 373 : 42-44.

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2008. « Ruse, système et opportunité ». Cahiers d’ethnomusicologie, 21 : 51-65.

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2012. avec Estelle Amy de la Bretèque. « Musics of the new times Romanian manele and Armenian rabiz as icons of post-communist changes ». In : Biliarsky I., Cristea O et Oroveanu A. (éd.) The Balkans and the Caucasus. Parrallel processes on the opposite sides of the Black Sea. Cambridge, Cambridge Scholars Publishing : 321-335.

2012. « À l’heure du remix: Bucarest et ses manele ». In : Aubert L. (éd.) L’Air du temps. Musiques populaires dans le monde. Rennes, Éditions Apogée : 170-173.

2011. « Quand la mélodie ruse. L’enchantement musical et ses acteurs ». In : Houdart S. et Thiery O. (éd.) Humains, non humains : Comment repeupler les sciences sociales. Paris, La Découverte : 311-320.

2009. « Constantin Brăiloiu et la création musicale collective ». In : Aubert L. (éd.) Mémoire vive. Hommages à Constantin Brăiloiu. Gollion/Paris, Infolio : 73-86.

2012 Brabec de Mori B., Stoichita V. A. « Sonic beings? Introduction ». In : EASA 2012 - « Uncertainty and disquiet ». Université Paris Ouest Nanterre la Défense :
Short Abstract  The panel convenors evoke some intersections between empirical data gathered through their own fieldworks (in Amerindian and respectively European societies), and recent anthropological theories of ontology and agency.  Long Abstract  Among many societies, on different continents, musical or formalised speech performances build up specific sonic constructs. The latter often retain or receive forms of agency which set them clearly apart from daily sounds and from « normal » speech. These processes may come into play when « art » music is being listened to in an intense way, as well as when non-human beings are contacted, and/or performed in a ritual. Sometimes, sound is the only « voice » of such non-humans. To which extent can sonic manifestations be regarded as existential for these beings? The panel convenors will present some questions, intersecting recent anthropological theories with empirical data gathered through their own fieldworks (in Amerindian and respectively European societies).
2011 Stoichita V. A., Amy de la Bretèque E., Guillebaud C., Lambert J. « Speak, Shout, Weep, Sing: The Voice and the Boundaries of Music ». In : ICTM. St John’s Canada :
The human voice can be used for a wide range of socially-constructed behaviours. These may be understood through various concepts, of which « speaking », « singing », « calling » or « weeping » are familiar examples. This panel will focus on other ethnographic situations, where the typology of vocal activities draws different boundaries through the sound realm. It will examine how different cultures may ascribe specific emotions, conceptual thought, religious practices or commercial techniques to distinctive ways of using the voice. Drawing on ethnographic data, the discussion will address the theoretical issues faced by anthropologists when dealing with this complex organ. Since most vocal productions are « humanly-organised sound, » should researchers consider them under a general concept of music (following, for instance, Blacking’s definition), or should they stick to the vernacular typologies, which often split vocal activities according to shifting cultural boundaries?
2010 Stoichita V. A. « Chants Tsiganes de Roumanie. La fantaisie au coeur d’un ouvrage pédagogique ». In : Actes du symposium. MORE (Music Orality Roots Europe). Paris : Cité de la Musique, Voir http://www.music-orality-roots.eu/sites/default/files/MORE-Symposium1-StoichitaVA-ChantsTsiganes.pdf
2006 Stoichita V. A. « A Matter of Attitude: Gypsiness and Style in Zece Prăjini (Romania) ». In : Ceribašič N, Haskell E, éd. Shared Musics and Minority Identities. Zagreb, Ro : Institute of Ethnology and Folklore Research/Cultural-artistic Society « Istaraski željezni čar », p. 189―200.
2006 Stoichita V. A. L’art de la feinte. Musique et malice dans un village tsigane de Roumanie. Thèse de doctorat. Université Paris-X Nanterre, Sous la direction de B. Lortat-jacob.
1999 Stoichita V. A. Les flûtes à partiels: techniques de jeu et acoustique. Université Paris X,

Collectifs

Consortium Huma-Num « Musica ». Responsable de l’axe « musique enregistrée : numérisation, indexation, analyse du son »

ANR Heritamus (projet européen ERA-NET). Responsable scientifique de la partie française