Le prestige en miroir.
Relations de patronage et reconfiguration de l’espace de la musique hindoustanie à Varanasi de 1875 à nos jours
Thèse effectuée sous la direction de Monsieur Gilles Tarabout au Centre de recherche en ethnomusicologie du Laboratoire d’Ethnologie et de Sociologie Comparative à l’université Paris Ouest Nanterre

Le jury est composé de :
- Michel Boivin, Directeur de recherche, CNRS
- Tiziana Leucci, Chargée de recherche, CNRS
- Claude Markovits, Directeur de recherche émérite, CNRS
- François Picard, Professeur des universités, Université Paris IV Sorbonne
- Nicolas Prévôt, Maître de conférences, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
- Catherine Servan-Schreiber, Chargée de recherche honoraire (habilitée), CNRS
- Gilles Tarabout, Directeur de recherche émérite, CNRS
La soutenance sera suivie d’un pot auquel vous êtes cordialement invités.
Résumé
Le Prestige en miroir. Relations de patronage et reconfiguration de l’espace de la musique hindoustanie à Varanasi de 1875 à nos jours Dans une perspective d’anthropologie historique, et à partir d’une étude du patronage musical dans la ville de Varanasi (Bénarès), cette thèse propose une réflexion sur les enjeux qui traversent l’espace de production de la musique classique de l’Inde du nord, ou musique hindoustanie.
De la fin du XIX
e siècle à l’Indépendance, le patronage de la musique hindoustanie à Varanasi est principalement assuré par les élites foncières, marchandes et religieuses. Musique de salon, de cour mais également de temple, portée à certaines occasions sur le Gange et dans les rues, elle est interprétée par des communautés de spécialistes de la musique, des courtisanes et certains musiciens de hautes castes. À la fin du XIX
e siècle, l’émergence d’un mouvement de réforme de la musique hindoustanie, dans la lignée de certains réformateurs sociaux et religieux ainsi que des nationalistes, va profondément transfigurer l’espace de la musique hindoustanie et contribuer à la marginalisation de certaines catégories de musiciens. Or, les élites de Varanasi entretiennent un rapport ambigu à ce mouvement qu’elles soutiennent publiquement tout en poursuivant des formes de patronage que ce dernier réprouve. La tension que génère cette situation, concomitante d’un déclin relatif des élites locales et de l’émergence d’un patronage étatique à partir de la seconde moitié du XX
e siècle, amène à une reconfiguration de l’espace de production. Certains musiciens s’y affirment en tant que patrons, tandis que se développe un tourisme musical florissant.
À la croisée entre historiographie et ethnographie, cette thèse propose d’analyser les dimensions spécifiques des configurations de l’expression locale d’une culture des élites relativement aux transformations socio-politiques de l’Inde, aux trajectoires des communautés de musiciens ainsi qu’au regard des répertoires et formes musicales régionales. Vecteur de plaisir et de prestige, le patronage musical apparaît comme une mise en performance objectivée de représentations, menée conjointement par des patrons et des musiciens aux objectifs distincts et opérant telle la mise en miroir d’un prestigieux passé.
Mots clés : Inde – Uttar Pradesh – Varanasi – musique hindoustanie – patronage – performance – élites foncières et marchandes – courtisanes – communautés de spécialistes