Juliette Mouche

 
Jeune docteure
Juliette Mouche
Quand la forêt façonne les forestiers - Incursion ethnologique dans les invisibles de la gestion forestière en pays savoyard
Vanessa Manceron
29/01/2025
...

Domaines de recherche

France

Parcours universitaire et professionnel

Thesis entitled: Forest Managers Faced With New Requirements to "Produce More, Conserve Better." Ethnography of a Mutating Trade

Mouche, J., 2025, Quand la forêt façonne les forestiers : incursion ethnologique dans les invisibles de la gestion forestière en pays savoyard, Thèse de doctorat (s.l., Université Paris Nanterre), en ligne : https://theses.hal.science/tel-05555071.
Cette recherche s’intéresse aux gestionnaires forestiers dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, grâce à une ethnographie de terrain réalisée de 2014 à 2018. Les données ont été récoltées tout au long d’une démarche d’observation participante, notamment par des méthodes filmiques, au plus près du quotidien de propriétaires forestiers et de professionnels des secteurs public et privés. Il s’agit de documenter la façon dont la perception du vivant agit sur la technique des Modernes, dans ce cas, la sylviculture. Cette technique gestionnaire est une technique constituée de choix que les praticiens doivent effectuer pour traduire la matérialité du milieu forestier dans le langage du système gestionnaire dominant et réciproquement. Ainsi, ils s’engagent dans une relation, c’est-à-dire qu’ils se placent à une interface entre deux réalités. Cette relation de traduction les amène à s’appuyer sur leurs capacités perceptives, qui sont éduquées dans l’objectif de réduire le flux d’informations émergeant du milieu forestier. Il est ainsi question d’augmenter la transférabilité des éléments observés pour qu’ils puissent être diffusés au sein de la chaîne opératoire. La technique s’appuie donc sur un effort de formalisation toujours renouvelé pour tenter de gérer l’opacité inhérente au milieu forestier et ainsi invisibiliser les choix de traduction nécessaires à la mise en œuvre de la gestion. Néanmoins la considération pour les logiques dans lesquelles les praticiens sont pris révèle leur capacité à prendre en charge cette interface entre formalisme et opacité, sous forme d’une prise de risque à travers chaque choix. En effet, ils sont pris dans deux expériences antagonistes et acceptent l’inconfort généré. C’est ainsi qu’ils participent à la production de discours chargés d’une intention de vérité qui permet la circulation des projets forestiers au sein des logiques sociétales scientifiques, économiques et politiques. Concomitamment, ils s’immergent dans le milieu forestier et développent une attention perceptive propre à la compréhension des dynamiques vivantes. L’enquête révèle que cette prise de risque n’est pourtant pas soutenue par un plus grand formalisme. Les praticiens s’appuient plutôt sur le mode perceptif généré par la présence dans la matérialité du milieu forestier. S’opère alors un décentrement pour envisager les autres formes de vie écartant le forestier de la volonté d’atteindre un objectif. Ce phénomène, permet au praticien d’inscrire son action dans l’ensemble des possibilités imaginées à partir des dynamiques du milieu perçues. Ainsi, les praticiens produisent des choix, qu’ils justifient par une mise en récit des éléments perçus dans le milieu, prenant une forme unique et éphémère. Ils ancrent ainsi leur action dans l’instabilité. Ce phénomène est renforcé par une communication entre praticiens qui est organisée pour soutenir l’expérience individuelle d’attention au milieu. De plus, les confrontations entre forestiers valorisent les différents avis comme autant d’incarnations des différentes dynamiques du milieu. C’est alors un équilibre composé d’une diversité d’actions individuelles qui se forme. Ce mode relationnel ancré dans le questionnement et les expériences perceptives, génère ainsi par l’expérience corporelle, une humilité et une considération pour l’altérité chez les praticiens. Cette passerelle entre opacité du milieu vivant et formalisme du système gestionnaire est connue de tous ceux en faisant l’expérience, mais reste cependant tue et invisibilisée. Ainsi, cette recherche constitue une description innovante des Modernes, révélant un fonctionnement à la marge de la technique, montrant leur capacité à s’associer avec l’instabilité du vivant. C’est donc l’intérêt pragmatique pour les perceptions et la considération de la sémiotique du végétal qui ont permis d’entrer au cœur du pluralisme relationnel que cachent les Modernes.
Cookies user preferences
We use cookies to ensure you to get the best experience on our website. If you decline the use of cookies, this website may not function as expected.
Accept all
Decline all
Flexicontent
Flexicontent
Accept
Decline
Save