
La thèse analyse les rapports que les communautés q’eqchi’ déplacées dans le Petén (Guatemala) entretiennent avec des « lieux sacrés ». Des expressions aux significations distinctes coexistent dans ce contexte multilingue, comme lugares sagrados et son calque q’eqchi’ loq’laj na’ajej. Leur diffusion, depuis la seconde moitié du xxe siècle, s’inscrit dans l’essor des notions de patrimoine et d’héritage culturel, sous l’impulsion des mouvements politiques mayas, en résonance avec les courants New Age et « néo‑indien » dans un contexte postguerre et postgénocide. Ces lieux articulent des rapports complexes à l’identité, à l’histoire et aux antécesseurs aujourd’hui désignés comme « Mayas » et supposés avoir habiter ces sites, les avoir construits, voire s’y incarner dans le présent. Ils font écho à des dynamiques observées ailleurs, où certains lieux deviennent des instruments politiques pris dans des récits nationaux ou identitaires, traversés par des enjeux économiques et écologiques majeurs. À partir d’une ethnographie de 16 mois, la thèse montre en quoi la catégorie des « lieux sacrés » s’incarne de différentes manières dans les discours, oscillant entre des lieux emblématiques d’identités autochtones idéalisées et des lieux-entités avec lesquels il convient d’interagir avec prudence au quotidien, ou plus directement en contexte rituel. À partir d’une approche d’anthropologie linguistique et pragmatique, la thèse défend l’idée que la catégorie des « lieux sacrés » fait l’objet de réinterprétations constantes et participe localement de formes de résistances et d’adaptation politique dans une société rongée par l’extractivisme et la colonialité.
Abstract : The thesis analyses the relationship that displaced Q’eqchi’ communities in Petén (Guatemala) have with “sacred places”. Expressions with distinct meanings coexist in this multilingual context, such as lugares sagrados and its Q’eqchi’ calc loq’laj na’ajej. Their spread since the second half of the 20th century is part of the rise of notions of heritage and cultural legacy, driven by Maya political movements, in resonance with New Age and ‘neo-Indian’ trends in a post-war and post-genocide context. These places articulate complex relationships with identity, history and antecessors now referred to as ‘Mayas’ and believed to have inhabited these sites, built them, or even to be embodied there in the present. They echo dynamics observed elsewhere, where certain places become political instruments caught up in national or identity narratives, traversed by major economic and ecological issues. Based on 16 months of ethnographic research, the thesis shows how the category of ‘sacred places’ is embodied in different ways in discourse, oscillating between places emblematic of idealized indigenous identities and places-entities with which one must interact with caution on a daily basis, or more directly in a ritual context. Based on a linguistic and pragmatic anthropological approach, the thesis argues that the category of ‘sacred places’ is subject to continuous reinterpretation and contributes locally to forms of resistance and political adaptation in a society ravaged by extractivism and colonialism.
Guatemala
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Colombie
2025-2026 : « CM Anthropologie des pratiques rituelles », 18h CM (Université de Strasbourg, L3 Anthropologie sociale et ethnologie).
2025-2026 : « TD Approches anthropologiques contemporaines », 12 HETD (Université de Strasbourg, L1 Sciences Sociales).
2025-2026 : « TD Histoire de l'anthropologie », 20h HETD Université Paris Nanterre (L1 Anthropologie).
2023-2026 : « CM Théories et méthodes de l’anthropologie linguistique » 26h CM par an (INALCO, M1-M2 Sciences du langage) [en 2023 cours partagé avec Valentina Vapnarsky].
2023-2024 : « CM Introduction à l’anthropologie », 12h CM et 12h TD (Paris I Panthéon Sorbonne, L3 Histoire).
2022-2023 : « TD Langage & Société », 39 HETD (Université Paris III Sorbonne Nouvelle, L1 Sciences du langage).
2020-2021 : « TD Anthropologie linguistique », 48 HETD (Université Paris Nanterre, L2 Anthropologie).
Tutorat de mémoire
2024-2025 La perspective des Mayas Mopan sur les enjeux de la perte linguistique et culturelle. Émilie Cruanes, M2 ethnologie générale (UPN), Jury : O. Le Guen (dir.), A. Hémond et R. Denimal Labeguerie.
Ce chapitre propose d’interroger en quoi les spécificités des discours historiques q’eqchi’ résident, non pas tant dans le contenu de l’histoire narrée, mais dans des propriétés de son énonciation. L' hypothèse développée est que le statut du locuteur, pouvant localement être désigné comme « sachant », ne dépend pas tant de la connaissance effective de l’histoire (seeraq’) – au sens d’un discours sur des actions et événements passés, qu’ils soient réels ou imaginaires –, mais de la compétence à pouvoir la communiquer (seeraq’ik). Cette perspective permet de saisir les conditions d’élaboration d’une parole légitime autour et à l’intérieur du discours. Adoptant une approche d’anthropologie linguistique et pragmatique, ce travail se fonde sur des données ethnographique issues d’un terrain mené en langues q’eqchi’ et espagnole dans deux villages distincts pendant près de seize mois entre 2020 et 2023.