Marion Langumier

 
Doctorante
Marion Langumier
"Ces corps qui font la ville". Expériences de l'espace et sociabilités urbaines aux marges de l'état éthiopien (titre provisoire)
Michèle Coquet
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[Enghish version below]

Cette thèse porte sur des recompositions politiques et sur les enjeux affectifs et éthiques des situations de rencontres dans le sud-ouest de l'Ethiopie. Elle s'appuie sur un travail d'enquête dans la basse vallée de l'Omo depuis 2016, et plus précisemment dans la ville de Jinka depuis 2018.
Les recompositions politiques décrites corespondent à l'arrivée, dans une région située à proximité des frontières avec le Kenya et le Soudan du Sud, de différentes vagues de migrations. Les premières sont venues autour de la fondation de la ville en 1957 conjointement avec l'imposition de l'ordre impérial sur la vallée et ses populations de petites et de moyennes sociétés agro-pastorales, jusque-là en marge des Etats. Jinka est alors à la fois un point de surplomb qui organise l'accès à ces territoires, et un espace d'échange et de rencontres. Les vagues de migration successives ont conforté cette domination. Ainsi les éthiopiens établis en ville entretiennent des relations ambivalentes, parfois conflictuelles, avec ceux de la vallée.
Plus récemment, des populations étrangères ont inscrits leur présence dans la région. Des ethnologues européens et asiatiques ont investit intensément la diversité linguistique et culturelle des sociétés de la vallée, privilégiant l'étude de ces territoires à celles des centres géographique du pouvoir (Ethiopie des hauts plateaux et des villes), en même temps que divers voyageurs-explorateurs et photographes. Aux missionaires et travailleurs d'ONG viennent également s'ajouter, dans les deux dernières décennies, l'arrivée du tourisme de masse, et l'intervention techologique chinoise sur des méga-projets de développement économique. Alors que la basse vallée de l'Omo faisait il y a peu figure d'obscure périphérie, l'ancrage de la région et de Jinka dans le pays et dans le monde est boulversé.
J'aborde ce boulversement -et les différentes échelles qu'il traverse - à travers l'analyse de situations et d'interactions locales, et particulièrement en milieu urbain. S'y jouent en effet des stratégies de présentations de soi et de l'autre, et s'y révèlent les perceptions qui président aux rencontres. Pour comprendre le débarquement du monde dans Jinka et dans la vallée de l'Omo, je m'interesse à ces situations de contact. Elle sont envisagées dans les différents types de rencontres qui existent entre trois groupes sociaux : éthiopiens citadins, étrangers de passage, et éthiopiens des sociétés agro-pastorales de la vallée. Au delà des types de rencontres, je m'intéresse aux manières de se rencontrer, c'est-à-dire aux intentions et aux affects qui sont mis en jeu dans la rencontre : comment on vient à la rencontre, comment la vit-on, que produit-elle et pour qui.
Penser ces situations au prisme des relations de classe, de race et de genre, permet de construire une ethnograhie affective du désir de l'autre et de la violence, et de contribuer à une réflexion sur l'éthique de la rencontre. Dans le même temps, cette interrogation s'appuie sur des épistémologies post-coloniales ; et notamment par une attention portée à la diversité des points de vue et l'autonomie de leurs auteurs. En cela, il s'agit de travailler à la compréhension d'une politique-monde qui se construit aussi dans l'intime.

This thesis adresses political reconfigurations together with ethical and emotional and ethical aspects of situtaions of cultural contact in South-West Ethiopia. It builds on several fieldwork stays in Lower Omo Valley since 2016 and more specifically in Jinka town since 2018.
The political reconfigurations I describe involve successives exogenous migrations in a region close to the borders with South Sudan and Kenya. First waves of migrations came by the foundation of the town in 1957 as the empirial power imposed its rule on the valley and its populations, small and middle-scale agrarian and pastoral societies that had lived outside state organisations untill then. Jinka is then both an up-erected, down-looking acces point to these territories, and a place of contacts and exchanges. The waves of migration that have been following untill now have bolstered this domination. Thus town people have ambivalent and sometimes conflictual relations with the peoples of the valley.
More recently, different types of foreigners have enrooted their presence in the region. European as well as Asian ethnolgists settled and took on documenting its linguistically and culturally diverse societies, prefering for research the southern valleys to the traditional Ethiopian power centers such as highlands and cities, just as did explorers and photographs for travel. While many missionaries and NGO workers had settled down, one must add, in the last two decades, the coming of mass tourism, as well as Chinese work forces, brought by the country's technical support on mega-development plans. Whereas the lower Omo Valley was regarded a short time ago as an obscure periphery, the anchoring of the region and of Jinka town in the country and the world has gone through a profound overturning.
Such overturn I adress, through the multiple scales it affects, by analysing situated interactions, and particularly in urban environnements. There can be observed strategies of self-presentation and attemps to define others, since these interactions reveal mutual perceptions that prevail and shape encounters. Thus, my focus on situations of (social, cultural) contacts is a way to grasp the way the world has rushed in Jinka and the Omo valley. I envisage different types of contacts between the three social groups that form town-dwellers, passing foreigners, and cultivators and pastoral peoples of the valley's countryside. Beyond types of contacts, I question ways of encountering as for intents and emotions at stake : how does one comes toward the encounter, how does one feels during it, what does the encounter produces on the involved parties.
Apprehending these situations through the prism of class, race and gender relations help building an emotionally-rooted ethnography of violence and of the desire of others, in a wider refelexion touching to ethics of cultural contacts. To do so, I build on post-colonial espistemologies by attending to the diversity of point of views and the autonomy of their authors. I thus hope to contribute to the understanding of the politics of the global as shaped by intimacies.