Adriana Ashcroft

 
Adriana Ashcroft
Doctorante
Adriana Ashcroft
Les marchés publics comme infrastructure : asymétries pragmatiques et construction de la différence sociale dans la Roumanie postsocialiste
Monica Heintz
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Domaines de recherche

Roumanie
Marchés publique, Infrastructure, Linguistics

Parcours universitaire et professionnel

Cette recherche propose d'étudier les marchés publics comme une forme d'infrastructure à travers laquelle l'État roumain postsocialiste organise les relations entre institutions publiques, entreprises privées et citoyens. Alors que les systèmes d'achat public sont souvent présentés comme neutres, fondés sur des règles garantissant la transparence et l'efficacité, une approche ethnographique révèle qu'ils constituent en réalité des domaines dynamiques, interprétatifs et traversés par des tensions morales.

Le projet avance que les marchés publics fonctionnent comme une infrastructure sociale, un système communicatif, moral et procédural qui à la fois permet et limite la participation, tout en produisant des asymétries entre les acteurs. S'appuyant sur l'anthropologie de l'infrastructure, la pragmatique et l'anthropologie morale, l'étude examine comment les agents de la commande publique et les représentants des fournisseurs interprètent les paroles, les documents et les silences de leurs interlocuteurs, et comment ces asymétries interprétatives engendrent des formes de différence sociale et d'inégalité.

Les marchés publics deviennent ainsi un espace où les dimensions morales de l'action bureaucratique se rendent visibles, notamment à travers l'hésitation, la discrétion et le silence. Ces micro-pratiques révèlent des logiques plus larges de légitimité, de justice et d'exclusion au sein des institutions postsocialistes.

Le travail de terrain combine une approche ethnographique, l'observation participante et des expériences naturalistes, intégrant des méthodes issues de l'anthropologie linguistique et cognitive. L'enquête prévoit une immersion professionnelle à la fois au sein des autorités contractantes et des organisations fournisseurs, afin de suivre la manière dont décisions, clarifications ou omissions acquièrent une signification institutionnelle. Des entretiens, documents d'archives et textes réglementaires (périodes socialiste, de transition et européenne) viendront compléter ces observations.

L'analyse linguistique et pragmatique, fondée sur la théorie de la pertinence, permettra d'examiner comment le sens, l'autorité et la légitimité se négocient à travers la parole, l'écriture et le silence.

La Roumanie constitue un terrain privilégié pour cette enquête. Les institutions postsocialistes y combinent des cadres réglementaires européens avec des pratiques informelles persistantes, une ambivalence morale et une autorité discrétionnaire. L'étude analysera comment les acteurs naviguent dans cette incertitude institutionnelle et comment leurs pratiques interprétatives façonnent la confiance, la réputation et la justice perçue.

Méthodologiquement, le projet relie l'analyse micro-interactionnelle des actes communicatifs à la structure morale et institutionnelle plus large. Il aboutira à une ethnographie multi-niveaux qui situe les marchés publics à la fois comme mécanismes administratifs et comme champs moraux vécus.

Cette recherche vise ainsi à éclairer comment les infrastructures de gouvernance, à travers les documents, les technologies et les silences, produisent les hiérarchies sociales subtiles et les expériences affectives qui caractérisent la vie publique dans la Roumanie postsocialiste.

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