Construits collectivement, les quatre axes structurant le projet scientifique du Lesc s’appuient sur des expériences de terrains variés et des recherches conduites avec des approches diverses. L’enjeu est de renouveler l’exercice comparatif, tant au niveau des champs disciplinaires que des méthodes et des aires culturelles.
Le laboratoire se veut un espace d’expérimentation concernant les épistémologies de l’enquête de terrain et les formats de l’écriture, ainsi que les modalités de la diffusion des savoirs. L’une des singularités des travaux menés dans les quatre axes est de réfléchir aux phénomènes d’hybridation qui résultent de la rencontre de l’anthropologie avec d’autres sphères professionnelles, à travers des dispositifs collaboratifs reposant sur le dialogue entre science, art, ingénierie ou informatique ; et plus largement, de la rencontre de l’anthropologie avec ses publics. Ces ambitions s’adossent à une préoccupation de longue date touchant aux archives. À la fois « terrain » et « sources », « supports » et « outils » de médiation des connaissances, mais aussi enjeux politiques de la patrimonialisation et de sa restitution, les archives sont au cœur d’une réflexion sur la conservation documentaire, le travail sur les données de la recherche et les humanités numériques.
Ces questions transversales autour des nouveaux modes d’enquête, d’analyse, d’écriture et d’archivage s’accompagnent de stratégies de restitution, de co-construction et de partage des savoirs. Le Lesc s’attache ainsi à valoriser le rôle critique de la pensée anthropologique pour aborder les transformations du monde social.
Le projet scientifique du laboratoire est consultable ici : projet scientifique 2025 en pdf.
Cet axe s’inscrit dans la continuité des recherches menées au sein du Lesc concernant l’exploration des formes d’expression de la sensorialité et des émotions ainsi que de leurs matérialités et manifestations corporelles.
Les travaux s’étendent aux émotions et sensations comme modalités d’expression et de communication, à l’apprentissage de perceptions et de mouvements. Ils posent par ailleurs la question des limites de ces expériences ou de leurs formes atypiques, de leur performance comme objet et outil de l’enquête et comme lieu d’expérimentation pour l’anthropologie.
Entre anthropologie sensorielle, anthropologie de la santé, anthropologie des sciences et des techniques, entre anthropologie linguistique et ethnomusicologie, au croisement d’approches cognitives, pragmatiques, phénoménologiques et interactionnistes, cet axe aborde la sensorialité comme phénomène heuristique permettant d’appréhender l’articulation des dimensions biologiques, sensorielles et sociales des formes de vie humaines, cela à l’échelle de phénomènes interindividuels et infra-individuels, depuis le temps de l’expérience prise sur le vif à celui de la profondeur géologique.
Cet axe rassemble des projets de recherche menés sur des terrains qui entrent en résonnance avec le débat public, la société civile et la circulation accrue des humains et des idées.
Qu’il s’agisse de situations ordinaires ou exceptionnelles, cet axe explore les zones grises, là où l’indétermination et l’incertitude prédominent, là où pouvoirs, institutions, normes, valeurs, croyances sont remis en question. Les recherches ici regroupées portent le regard sur les modalités qui permettent une action du politique à bas bruit dans des domaines qui touchent aussi bien à la religion, à la parenté, à la santé, l’environnement, qu’aux migrations. À la différence de la notion de crise qui renvoie à une situation critique mais temporaire, la notion de zone grise recouvre les situations de troubles que nous avons commencé à explorer durant les années passées – soit des états d’agitation, de déstabilisation et de confusion qui peuvent se prolonger – mais elle s’en distingue aussi. La zone grise désigne une situation liminaire, un entre-deux, une zone frontière qui, à la différence du trouble, connait un début et une fin et se caractérise par une très forte indétermination doublée d’incertitudes sur ce qui advient ou peut advenir. En découle une inflexion des recherches vers une anthropologie de l’infra-politique dans des contextes de reconfiguration sociale, écologique et politique que les individus habitent, parce qu’ils trouvent intérêt à y entrer, y demeurer ou en sortir.
Il sera donc question de penser les interstices pour envisager l’individu et le social, moins par l’entremise de cadres institutionnels et d’identités stables, qu’en s’intéressant aux interactions ainsi qu’aux marges et aux intersections dans des espaces d’ajustement, de contournement, d’opportunité et de création.
Les recherches de cet axe envisagent le rapport au temps et à la temporalité, temps linéaires aussi bien que circulaires ; mythiques aussi bien que matérialisés, oubliés ou réinventés.
Elles s’interrogent sur la fabrique des temps dans toutes ses dimensions sociales, les processus et les modalités d’actualisation du passé, ses usages socio-politiques et ses agencements locaux. Les espaces de médiation du passé seront ici considérés non seulement comme les lieux d’une reconfiguration du passé, mais aussi comme ceux permettant d’imaginer le futur, de dessiner des possibles.
Ces réflexions s’appuient sur des observations ethnographiques concernant des pratiques rituelles, artistiques et muséographiques, mais aussi des archives (privées, familiales, muséales). Elles sont également fondées sur des modalités d’enquête expérimentales et la mise à l’épreuve de nouvelles formes d’écriture et de partage des connaissances.
Cet axe se fonde sur un double constat : tout d’abord la prise de conscience du bouleversement ou de l’appauvrissement des écologies humaines nommé « Anthropocène » s’est traduit en sciences humaines par le déploiement d’enquêtes visant à repeupler les sciences sociales avec de nouveaux existants (appelés jusqu’ici et par défaut « non-humains »), ainsi que par une attention accrue aux corrélations et aux interdépendances entre des phénomènes à échelle profondément variable. Le second constat est celui de la montée croissante d’une sensibilité politique qui tente de remettre au centre du jeu l’habitabilité et en souligne le caractère à la fois relationnel et matériel. Paradoxalement, tout semble néanmoins fait pour invisibiliser ces deux aspects : la matérialité de ce qui nous entoure, des infrastructures, des milieux, des processus de composition, mais aussi les chaînes d’interdépendance écologiques, la diversité des modes d’association et de relation.
Si l’anthropologie des trente dernières années a largement contribué à faire de ce point de vue la critique du projet des modernes, synonyme d’appauvrissement voire d’épuration de la composition du monde, mais aussi d’imposition d’une division entre l’humain et le non-humain en partie fondée sur l’attribution de capacités et des relations anthropocentrées, les travaux de cet axe visent sur un plan empirique à prolonger le mouvement initié tout en le renouvelant radicalement sur le plan théorique. Trois sortes de problèmes se posent : Comment décrire ce dont les choses et les environnements humains se composent ? Jusqu’à quelles échelles est-il intéressant pour l’anthropologie de se situer ? À quels (im)perceptibles faut-il se rendre sensible ?