
Juliette Danfakha a soutenu en 2024 une thèse intitulée Des voix déviées. Migrations des jeunes filles tseltales « perdues » à Mexico DF.
Comme nombre de populations autochtones depuis la conquête, au Mexique, une grande majorité de Mayas se pense liée à un territoire rural traditionnel. A San Juan Cancuc, le départ vers les villes modernes des « jeunes filles non-mariées » n'est donc pas anodin. Afin de cerner en quoi le mode de vie de la capitale, en particulier, est conçu en opposition à celui qui constitue l’identité de ce municipe, le terrain d'enquête et l'écriture du manuscrit ont été l'occasion de mettre en place une méthode de recueil et de restitution de récits de ces ach’ix en langue tseltale. Puisqu’elles échouent à remplir l’attitude sédentaire incombant à leur statut communautaire, les jeunes filles nubiles qui se rendent à Mexico DF, littéralement, « n’existent plus » (mayuk, mayik) à San Juan Cancuc. Le champ lexical de la « perte » (ch’ayel, ch’ay) et de la prostitution qui court depuis leur municipe d’origine jusqu’à Mexico DF, permet aux élites masculines d’éluder plus ou moins sciemment la richesse de l’expérience urbaine des migrantes. Or, considérer les témoignages de leurs parents restés dans la communauté a permis de révéler comment elles contribuent activement à la reproduction de leur société autochtone. Les stratégies de défense des intérêts collectifs sur lesquelles débouchent leurs mobilités singulières invitent ainsi à discuter les enjeux politiques sous-tendus par le comportement « respectueux » (ich’el ta muk’) attendu des jeunes filles par les autorités tseltales. En se fondant sur les résultats d’une observation participante de plus d’un an et demi entre la capitale et les communautés, cette thèse s’attache finalement à saisir les ambiguïtés d’une construction réciproque des altérités au sein d’un paradigme genré.
Juliette Danfakha est aujourd'hui ATER à l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine (IHEAL, CREDA, Université Sorbonne Nouvelle), après une année passée au Laboratoire d'Anthropologie des Enjeux Contemporains (LADEC) de l'université de Lyon 2. Ses recherches s'inscrivent dans les études de genre. Elles s'appuient sur l'anthropologie linguistique pour analyser la question de la "voix", de la déviance et de la subalternité en contexte migratoire.
Mexique
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Total d'heures de TD enseignés: 420h
Total d'heures de CM enseignés: 55h
2024-2025: ATER en anthropologie à l'Université Lyon 2 Lumières (LADEC)
Enjeux des Mondes Contemporains (12h CM), niveau : L1
Anthropologie du genre (22h TD), niveau : L2
Enquêtes collectives (60h TD), niveau : L3
Bilan de connaissances (21h TD), niveau : L3
Controverses historiques (21h TD), niveau : L2
Projet personnel et professionnel (21h TD), niveau : L2
Lectures transversales : migration – urbain (22h TD), niveau : L3
2023-2024:
Université Paris I Panthéon Sorbonne: "Introduction à l'anthropologie", 26h (13h CM, 13h TD), niveau: Licence 3 d'Histoire
Université Paris Nanterre : "Sociologie comparée : perspectives internationales", 24h CM, niveau: Licence 3 de Sociologie
Institut National des Langues et Civilisations orientales (Inalco) : "Langue des hautes terres maya tseltales, pratique 3 et 4", 12h TD, niveau: master et doctorat
2022-2023
Université Paris Nanterre, "Violence physique, violence symbolique", 2h d'intervention en CM, niveau: Master 1 et 2 de Sciences Politiques
Université Paris Nanterre, "Approche sociologique des phénomènes sociaux contemporains.", 36 h TD, niveau: Licence 1 de Psychologie
Inalco, "Langue des hautes terres maya tseltales, pratique 3 et 4", 24h TD, niveau: master et doctorat
2021-2022
Université Paris Nanterre, "Rapports d'altérités", 6h CM, niveau: Licence 2 d'anthropologie
Paris VIII, musée du quai Branly, "Anthropologie des circulations culturelles", 3 h d'intervention en CM, niveau Master 1 et 2 d'Anthropologie de la mondialisation
Université Paris Nanterre, "Approche sociologique des phénomènes sociaux contemporains.", 48h TD, niveau: Licence 1 de Psychologie
Université Paris Nanterre, "Parenté et organisation sociale", 24h TD, niveau: Licence 2 d'anthropologie
Université Paris Nanterre, "Histoire de l'anthropologie", 24h TD, niveau: Licence 2 d'anthropologie
2020-2021:
Université Paris Nanterre, "Approche sociologique des phénomènes sociaux contemporains.", 24h TD, niveau: Licence 1 de Psychologie
Université Paris Nanterre, "Histoire de l'anthropologie", 48h TD, niveau: Licence 1 d'anthropologie
Cet ouvrage collectif fait dialoguer anthropologie et archéologie à propos d’une même population : les Mayas. Onze auteures apportent de nouveaux éclairages sur des pratiques de mobilités sociales et spatiales souvent méconnues ou ignorées, du Mexique au Honduras, depuis la période Classique jusqu’à aujourd’hui. Quels sont les motifs qui poussent les Mayas à se déplacer ? Comment leurs circulations imprègnent-elles physiquement les cités ? Dans quelle mesure leurs témoignages reflètent une réinvention permanente de leurs identités ? Quels sont les enjeux soulevés par la migration de cette population autochtone ? A travers quatre sections thématiques, les neuf chapitres de ce livre invitent à concevoir les identités mayas telle une construction en perpétuel mouvement.
Avec 99,5% de personnes en situation de pauvreté, dans la commune maya tseltale de San Juan Cancuc, au Chiapas (Mexique), le départ fait partie du quotidien. Une grande partie de la jeunesse de cette population indigène part sur les routes du pays. Pourtant, si cet acte de survie économique est accepté pour les hommes, les réactions des Cancuqueros face à la migration des jeunes filles sont plus mitigées. En effet, leur départ, en particulier vers Mexico, fait l’objet de lourdes suspicions. Comme en témoignent des expressions en langue vernaculaire, les migrantes se trouveraient dans un état de perdition, à la fois physique et morale, justifiant le rejet et le mépris dont elles font l’objet. Cet article interroge les enjeux genrés de leurs voix et voies déviées.
Si de nombreux jeunes quittent l’État fédéral du Chiapas au profit d’une vie plus prospère, le choix de partir du troisième municipe le plus pauvre du Mexique, San Juan Cancuc, n’est pas anodin pour les jeunes femmes tseltales. La socialisation de ces mineures, nommées ach’ix en leur langue, conditionne la reproduction du groupe social communautaire. Aussi sont-elles l’objet de la vigilance accrue de leurs aînés dès leurs premières menstrues, car, à l’inverse de leurs homologues masculins, il est attendu qu’elles observent un mode de vie sédentaire « traditionnel » pour s’accomplir en la maternité. Qu’elles entretiennent des contacts trop poussés avec la « modernité » urbaine équivaut donc, pour les autorités locales indigènes, au troc de l’avenir de leur société tout entière sur l’autel d’aspirations individuelles. Dans cette construction genrée du rapport au rural, l’antagonisme d’une ville se voit notablement sublimé : celui de Mexico. La capitale du pays condamne toute ach’ix nubile s’y rendant à un non-retour tant identitaire que physique. Alors qu’elles « n’existeraient pas » (mayuk, mayik) à San Juan Cancuc, nous avons suivi la voie de ces migrantes pour les trouver à Mexico. Recueillis en leur langue maternelle tseltale, leurs récits de vie nous invitent à analyser la « perte » (ch’ayel, ch’ay) que leur migration engendre au sein de leur communauté. En quoi ces ach’ix font-elles mauvais genre ? Par l’analyse de mobilités singulières, ce chapitre met au jour les enjeux politiques multiscalaires soulevés par les déviances subalternes.
Le 15 mai, jour de l’Instituteur, un groupe d’enseignants (femmes et hommes) de la section locale du Syndicat national des travailleurs de l’éducation (SNTE) a l’habitude de s’installer sur la place centrale de la ville d’Oaxaca, capitale éponyme de cet État du Mexique. Par cet investissement de l’espace urbain, régulier depuis les années 1980, le SNTE sensibilise la population à ses revendications annuelles (salaires et conditions de travail) et exerce une pression d’ordinaire tolérée par le...
De la Patagonie argentine à Tijuana, en passant par l’Amazonie et les terres andines, l’objet de recherche de Género, sexualidades y mercados sexuales en sitios extractivos de América Latina est pour le moins original, puisqu’il s’agit de croiser les thématiques d’économie et de biologie avec celle du genre, le tout à travers une approche ethnographique et décoloniale. Deux jeunes chercheuses sont à l’origine de ce recueil de textes. Susanne Hofmann est spécialiste des questions de genre et d...