
La thèse de Lydia Zeghmar porte sur les formes d’interprétation et de commémoration des bandits ottomans dits zeybek dans la région Égée en Turquie contemporaine. À la période ottomane tardive (XIXe), cette appellation désignait des « bandits-paysans », autochtones et bien ancrés dans le tissu social de région, pour les distinguer d’autres groupes criminels. De nos jours, zeybek est également le nom d’une tradition musicale et chorégraphique composée d’airs à danser, de mélodies et de poésies chantées, devenu emblématique de la région au sein de l’espace national. Elle entreprend dans ce travail l’analyse de la relation circulaire entre deux composantes de la culture locale : d’une part la constitution d’un savoir sur les bandits zeybek, et d’autre part la performance du répertoire artistique éponyme.
L’enquête ethnographique fut menée à Tire, ville située au cœur de la province d’Izmir, auprès de figures locales du savoir, le folkloriste (folklorcu, halk bilimci) et l’historien local (yerel tahrici), ainsi que des danseurs de zeybek et des acteurs associatifs. Elle interroge les conceptions de la société, de la nation, de l’histoire communautaire que révèle le traitement conceptuel et symbolique de la figure du bandit zeybek par ces individus, essentiellement des hommes, qui endossent la posture de gardien de la « culture zeybek » (zeybek kültürü). Elle décrit comment ils manipulent cet objet culturel selon des modalités très variées qui donnent à observer tout un éventail de représentations, de pratiques et d’affects.
Les activités relatées dans cette thèse – écriture de l’histoire locale ; célébrations commémoratives ; danse ; production filmique et iconographique – relèvent d’une fabrique culturelle contemporaine avec des individus mettant en scène leur « Autre » héroïque sur les réseaux sociaux et formulant un discours sur l’État, le leadership, la terre, les origines, la communauté locale et la nation. En plus d’éclairer les mécanismes qui contribuent à produire une icône de la culture régionale, cette étude s’attache à comprendre pourquoi le modèle éthique du bandit zeybek demeure si important de nos jours pour les amateurs de zeybek, ainsi que les dynamiques de cette identification. Considérant la figure du bandit zeybek à travers ses écritures contemporaines, elle ouvre une perspective originale sur certaines utilisations de l’histoire ottomane tardive en Turquie actuelle et éclaire les enjeux identitaires qui traversent la construction de l’histoire locale dans la région Égée en l’articulant au récit national.
Lydia Zeghmar travaille aujourd'hui sur des groupes d’ascendance africaine ancrés depuis les dernières décennies de l’Empire ottoman dans des villages et des quartiers d’Anatolie et de Thrace occidentale. Cette recherche donne à penser un héritage post-esclavage ottoman dans les sociétés grecques et turques ; et adresse en particulier des questions relatives à la parenté, aux trajectoires sociales post-esclavage et à l’émergence d’une identité communautaire. Elle fut amorcée dans le cadre d'un contrat postdoctoral au sein du département scientifique du Musée du quai Branly (2023-2024) et se poursuit actuellement en poste au sein du Labex "Structuration des Mondes Sociaux" avec un projet de recherche intitulé : "Vers une diapora africaine post-ottomane ?Trajectoires sociales des descendants d'esclaves issus de la traite transsaharienne ottomane en Grèce et Turquie contemporaines".
Comité scientifique du colloque « Les fondations pieuses du patrimoine ottoman. Le vakf Hayrı : structure patrimoniale entre ordre impérial ottoman, institutions coloniales et régimes nationaux post-ottoman », 12-13 Décembre 2022, MMSH, Aix-en-Provence
Comité scientifique des journées d’études « La fabrique des politiques culturelles en Turquie et dans les espaces post-ottomans. Circulations, territoires, acteurs », 16-17 avril 2015, Université de Galatasaray, Istanbul
Editrice du carnet Hypothèses Kosmogées : https://kosmogees.hypotheses.
2024 « Introduction à l’anthropologie sociale » (8h), avec Maroussia Ferry et Florence Weber, ENS/PSL, Paris
2020-2022 ATER au Département des Études Moyen-Orientales (192h) (DEMO)/Institut d’ethnologie méditerranéenne, Européenne et Comparative (UMR7307), Université Aix-Marseille, Aix-en-Provence
Détail des enseignements : « TD Analyse des médias turcs 1 » (48 h - L1) ; « TD Analyse des médias turcs 2 » (48h - L1) ; « TD Anthropologie des mondes turcs » (48h - L2) ; « Culture générale de la Turquie » (48h - L1) ; « CM Culture et Patrimoine » (30h - L3/Master) ; « TD Géopolitique de la Turquie » (48h ; L3-Master) ; « CM Histoire de la République de Turquie » (60h - L1/L3)
2016-2017 Chargée d’enseignement « Histoire de l’Ethnologie » L2 (48h), Université Paris Nanterre
2014-2015 Chargée d’enseignement et organisation du séminaire « Initiation à la recherche en Turquie contemporaine » L3-M1 (48h), Université de Galatasaray, Istanbul
2013-2014, « Séminaire d’Itinéraires et de Débats en Études Turques » M1-M2 (24h), École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), Paris
2012-2013, « Séminaire Interdisciplinaire d’Études Turques » M1-M2 (24h), École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), Paris
2020-2021 Co-organisation du séminaire inter-laboratoire IREMAM-IDEMEC mensuel De quoi les Ottomans sont-ils le nom ? La fabrique des mémoires collectives « ottomanes », avec Randy de Guilhem, Juliette Dumas, Elsa Grugeon, MMSH, Université Aix-Marseille
2013-2016, Membre du projet ANR « Matières à transfaire. Espaces-temps d’une globalisation (post-)ottomane » (ANR-12-GLOB-0003, 2013-2016), coordonné par M. Aymes (CETOBAC, CNRS)
Dans l’arrière-pays égéen en Turquie, le répertoire musical et chorégraphique zeybek célèbre l’héroïsme de rebelles maquisards de la période ottomane, les efe. Dans cette contribution, je propose d’analyser un temps particulier de la performance dansée zeybek appelé « promenade ». Avant d’entrer pleinement dans la danse, le soliste effectue une marche improvisée de quelques dizaines de secondes pendant laquelle il s’accorde avec les musiciens et recherche l’état de danse. Pour qualifier ce moment transitionnel, les danseurs de zeybek portent l’emphase sur l’âme et le tempérament du danseur. Je propose de décrire les différentes composantes de ce processus de mise en état du danseur et d’éclairer ses significations. Nous étudierons comment la promenade contribue à jeter le trouble sur l’identité de la personne qui est dansée à travers la mise en œuvre d’une liminarité : entre la marche et la danse, entre la personne du danseur et le personnage du efe.
Le 10 et 11 février 2016, l’IRMC de Tunis accueillait les directeurs des écoles françaises (EFE) et des instituts de recherches français à l’étranger (UMIFRE) du pourtour méditerranéen. Ils se réunissaient pour la deuxième fois dans le but de développer un projet de coopération scientifique autour du thème … Continuer la lecture de Compte rendu : « Jeunes et jeunesses en Méditerranée » →
Le banditisme zeybek, attesté dans l’ouest de l’Anatolie depuis le XVIIIème siècle, inspire aujourd’hui des courts métrages amateurs en Turquie. Lydia Zeghmar (Anthropologue, Laboratoire d’ethnologie et de sociologie comparative), nous propose ici un éclairage contemporain sur ces bandits qui se réfugiaient autrefois dans les montagnes pour échapper aux autorités ottomanes.