Colloque international organisé par Filippo Bonini Baraldi (INET-md, Lisbonne), Katell Morand (UPN/Lesc-CREM) et Victor Stoichita (Lesc-CREM). La rencontre entend à la fois rendre hommage à l'ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob, disparu en juillet 2024, et faire le point sur les idées fondatrices de l'ethnomusicologie nanterroise.
Bernard Lortat-Jacob était un ethnomusicologue mondialement connu, spécialiste des musiques du bassin méditerranéen. Prenant la suite de Gilbert Rouget, B. Lortat-Jacob avait refondé, et dirigé de 1990 à 2003, le laboratoire d'ethnomusicologie du Musée de l’Homme. Il a effectué des recherches en France, au Maroc, en Sardaigne, en Roumanie, et en Albanie. Ses nombreuses publications (treize livres dont certains traduits en plusieurs langues, une cinquantaine d'articles, dix-huit disques audio) ont marqué la discipline ethnomusicologique. B. Lortat-Jacob a notamment montré, à partir d'enquêtes minutieuses de terrain, comment les rapports de pouvoir, de séduction, d’amitié et de compagnonnage pouvaient résonner dans les formes sonores. Il s’est également penché à plusieurs reprises sur les mécanismes de la créativité musicale, et notamment de l’« improvisation ». Chanteur et parolier à ses heures, il avait également un intérêt particulier pour la voix et pour ses multiples manières d’incarner des émotions. Il fut un chercheur actif jusqu'à son décès. Son dernier ouvrage vient de paraître à titre posthume aux éditions de la Société d’Ethnologie (2024).
C’est en grande partie grâce à son influence que s’est développé à Nanterre un courant de l’ethnomusicologie s’affirmant comme science sociale. Cette école s’appuie sur une formation unique en France par son ancrage dans un département d’anthropologie plutôt que de musicologie ou d’art. Elle repose sur une idée forte : intégrer la matière musicale au cœur de l’analyse des dynamiques sociales et des significations culturelles. En 1978, B. Lortat-Jacob rejoignait, avec Hugo Zemp, Mireille Helffer qui l'année précédente avait introduit le premier cours d'introduction à l’ethnomusicologie à Nanterre. Au fil des années, ce projet pédagogique se transforma en une formation de référence, mêlant des enseignements techniques (systèmes musicaux, transcription, analyse, acoustique, etc.) à des cours généralistes en anthropologie, et ouvrant sur un diplôme de doctorat dont B. Lortat-Jacob fut responsable de 1987 à 2008. En près de quarante ans d'existence, ce programme a formé de nombreux chercheurs et essaimé au-delà de Nanterre et même des frontières françaises. Créé en 2009, le parcours « ethnomusicologie et anthropologie de la danse » propose actuellement un cursus complet de la licence au doctorat et entretient des liens étroits avec le CREM.
Ce colloque en forme d’hommage scientifique nous permettra de tirer un premier bilan intellectuel de cet héritage. La rencontre s’articule autour de cinq notions clefs : l’écoute et l’« oreille culturelle », l’expérimentation en ethnomusicologie et la cognition musicale, l’analyse et les représentations de la musique, la voix le chant, l’engagement sur le terrain. Sur chacun de ces thèmes, les panels croiseront des regards d’ethnomusicologues et de spécialistes d’autres disciplines, en reflet des collaborations que B. Lortat-Jacob lui-même entretenait avec l’anthropologie, les sciences cognitives, et les études littéraires. L’enjeu est non seulement de commémorer un grand chercheur mais aussi de faire le point sur les idées fortes de la formation ethnomusicologique de Nanterre, à l’heure où celle-ci se renouvelle en faisant face à de nouveaux défis.
L'évènement se prolongera avec une soirée musicale participative à la Ferme du Bonheur. L'objectif de cette soirée sera d'allier théorie et pratique ethnomusicologiques, dans l'esprit cher à Bernard Lortat-Jacob.
La procédure du Lesc pour la présélection des candidatures aux contrats doctoraux de l'ED395 est disponible ici.