L'ethnologie française de l'entre-deux-guerres se distingue par un modèle de recherche collectif et interdisciplinaire, illustré par la célèbre mission Dakar-Djibouti. Ce type de démarche a joué un rôle important dans l'ouverture de l'ethnographie à celles qui aspiraient au voyage, à la recherche et à l'écriture. En Afrique, dans les territoires coloniaux, les femmes ont ainsi intégré des équipes de recherche mixtes ainsi que des duos féminins, tels ceux étudiés par Marianne Lemaire et Michèle Coquet. Sur les terrains américains, l’accès s'est toutefois fait selon une autre dynamique. Désignées par Marcel Mauss comme des « Doubles missions », les équipes de recherche de terrain constituées de couples de jeunes chercheur.e.s représentent un modèle important pour l'ethnographie, en France comme à l'international, hier tout comme aujourd'hui. Dans l'américanisme français de l'entre-deux-guerres, ce modèle émerge comme une règle, voire une condition, pour l'initiation sur le terrain des chercheuses. En analysant les collaborations ethnographiques de Marguerite et Raoul d'Harcourt, Georgette et Jacques Soustelle, Eva et Alfred Métraux, entre autres, je cherche à démontrer la prééminence de ce modèle pour cette aire géographique. Le fait d'envoyer des couples souligne également les particularités des relations tissées entre la France et l'Amérique latine, conférant à ces expéditions une « double mission » à la fois scientifique et diplomatique. Enfin, à partir d'un ensemble de documents en partie inédits témoignant de la collaboration entre Claude Lévi-Strauss et sa première épouse Dina Dreyfus, j'analyse les effets genrés qu'une telle (in)division du travail ethnographique a pu exercer sur les trajectoires professionnelles des hommes et des femmes en ethnologie.
Cliché : Claude Lévi-Strauss et sa première épouse Dina Dreyfus
Le séminaire de l’EREA (Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne) est un espace de discussion, ouvert à tout public, flexible et modulable, qui a pour vocation de stimuler les échanges entre la formation américaniste du département d’anthropologie de l’université Paris Nanterre et les chercheurs du Centre ainsi que des invités extérieurs. Tout en étant un foyer de réflexion sur les recherches américanistes en cours, il sert également de plate-forme pour la divulgation des travaux des doctorants, post-doctorants et chercheurs associés.
Sous forme de présentations individuelles, de cycles thématiques ou de demi-journées d’étude, il apporte ainsi un espace de recherche complémentaire aux réunions du Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) et au Groupe d’enseignement et de recherche sur les Mayas et la Mésoamérique (GERM).
Certaines séances sont disponibles en replay sur la chaîne Erea de Canal U.
Organisation : Philippe Erikson, Romain Denimal Labeguerie et Vincent Hirtzel
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.