Donner un sens au sens bionique. Réinitialisation sensorielle et apprentissage perceptif suite à l’implantation cochléaire et rétinienne
Thèse réalisée sous la direction d'Emmanuel Grimaud
Le jury est composé de :
Cyril Crignon, professeur d’enseignement artistique en philosophie d’esthétique à l’ESÄ Dunkerque-Tourcoing
Xavier Guchet, professeur de philosophie à l’Université de technologie de Compiègne (rapporteur)
David Howes, professeur d’anthropologie à l’Université Concordia
Stephanie Lloyd, professeure d’anthropologie à l’Université de Laval (rapporteure)
Caroline Moricot, professeure de sociologie à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, CETCOPRA
Perig Pitrou, anthropologue, directeur de recherche au CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale, Maison Française d’Oxford
Myriam Winance, sociologue, directrice de recherche à l’Inserm, CERMES3
Résumé : À l’ère de la technicisation exponentielle du corps humain, cette thèse porte sur l’appareillage de personnes qui ont perdu l’ouïe ou la vue, par des implants cochléaires ou rétiniens. Elle porte plus particulièrement sur les modalités d’apprentissage et d’incorporation du point de vue des patients et interroge le type d’expérience produit lorsqu’on ajoute une machine à la sensibilité humaine. Dans la perspective de l’anthropologie des sens, mais aussi de l’anthropologie des techniques, la rééducation perceptive est étudiée ici à l’aune de la possibilité d’une coopération homme-machine promise comme vertueuse. L’ethnographie détaillée du protocole d’implantation, d’évaluation, de réglage et d’entraînement dans deux centres hospitaliers français permet de saisir comment se met en place un véritable processus de réinitialisation puis de réorganisation de la perception des personnes appareillées. En passant par différentes épreuves perceptives, on voit comment le ressenti est domestiqué afin d’être utilisé vers l’autonomisation de la communication orale ou de la locomotion. Si le résultat n’est pas toujours ce que l’on croit, la thèse dévoile toute la part d’expérimentation collective du processus, autant pour le corps médical que du point de vue des patients. L’analyse insiste sur la complexité des modèles et des théories mobilisés par les équipes médicales, mais elle dévoile aussi ce qui leur échappe. Le processus d’implantation relève en effet de l’expérience-limite tant du point de vue de la perception que du développement d’une réflexivité bionique tout à fait singulière : il s’agit d’intégrer un organe sensoriel artificiel à son rapport au monde, de prendre conscience de l’intégralité de sa machinerie réflexe de perception et que cette nouvelle perception médiatisée, conscientisée et loin d’aller de soi, se fluidifie dans un nouveau rapport au monde. D’où l’intérêt de regarder de près et sur la durée, avec des protocoles d’observation ethnographiques tels que ceux mobilisés ici, les processus d’apprivoisement spontanés des individus.
La soutenance sera suivie d’un pot auquel vous êtes chaleureusement conviés. Si possible, informer de votre présence par retour de mail (Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.).