Quand la forêt façonne les forestiers. Incursion ethnologique dans les invisibles de la gestion forestière en pays savoyard
Thèse préparée sous la direction de Vanessa Manceron
Le jury sera composé de :
Marie Roué, directrice de recherche émérite CNRS, Laboratoire Eco-anthropologie (rapportrice)
Léo Mariani, maître de conférence MNHN, HDR, Laboratoire Eco-anthropologie (rapporteur)
Sophie Houdart, directrice de recherche CNRS, Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative (examinatrice)
Marieke Blondet, ingérieure d'Etude, Agro-parisTech, Laboratoire Silva (examinatrice)
Résumé : Cette recherche s’intéresse aux gestionnaires forestiers dans les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, grâce à une ethnographie de terrain réalisée de 2014 à 2018. Les données ont été récoltées tout au long d’une démarche d’observation participante, notamment par des méthodes filmiques, au plus près du quotidien de propriétaires forestiers et de professionnels des secteurs public et privés. L’approche analytique adoptée s’apparente d’une part à l’anthropologie des techniques et d’autre part à la documentation des perceptions selon une phénoménologie du vivant pragmatiste. Selon cet ancrage, la curiosité du regard ethnologique porté cherche à documenter la façon dont la perception du vivant agit sur la technique des Modernes, dans ce cas, la sylviculture. Cette technique gestionnaire est une technique constituée de choix que les praticiens doivent effectuer pour traduire la matérialité du milieu forestier dans le langage du système gestionnaire dominant et réciproquement. Ainsi, ils s’engagent dans une relation, c’est-à-dire qu’ils se placent à une interface entre deux réalités. Cette relation de traduction les amène à mettre leurs capacités perceptives au service d’une expertise du corps formée pour réduire le flux d’informations émergeant du milieu forestier. Il est ainsi question d’augmenter la transférabilité des éléments observés pour qu’ils puissent être diffusés au sein de la chaîne opératoire. La technique s’appuie donc sur un effort de formalisation toujours renouvelé pour tenter de gérer l’opacité inhérente au milieu forestier et ainsi invisibiliser les choix de traduction en tentant de renforcer la continuité du système gestionnaire.
Cette recherche constitue une description des Modernes car elle révèle un fonctionnement à la marge de la technique. Dans l’effort actuel d’ouvrir les systèmes occidentaux de relations au vivant à d’autres fonctionnements, cette ethnologie des praticiens forestiers montrent leur capacité à s’associer avec l’instabilité du vivant. De surcroît, ils ancrent cette considération pour la variabilité dans leurs relations inter-humaines à travers une organisation démocratique qui leur est propre. C’est donc l’association de l’intérêt pragmatique pour les perceptions et de la considération de la sémiotique du végétal qui permet de s’éloigner d’une recherche proprement sociale et culturelle pour entrer au cœur d'un pluralisme relationnel.