Le journal au sérieux. Exercices d’anthropologie diaristique
Thèse réalisée au LESC sous la direction d'Albert Piette
Le jury sera composé de :
M. Dionigi Albera, directeur de recherche au CNRS (Institut d'ethnologie méditerranéenne, européenne et comparative), rapporteur
M. Éric Chauvier, professeur à l'ÉNSA de Versailles (Laboratoire de recherche de l'École nationale supérieure d'architecture de Versailles), examinateur
Mme Monica Heintz, professeure à l'Université Paris Nanterre (Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative), examinatrice
M. Albert Piette, professeur à l'Université Paris Nanterre (Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative), directeur de thèse
Mme Catherine Rémy, chargée de recherche au CNRS (Centre d'étude des mouvements sociaux), rapporteure
Mme Isabelle Rivoal, directrice de recherche au CNRS (Laboratoire d'ethnologie et de sociologie comparative), examinatrice
Résumé : Quoiqu’il soit l’un des outils fondamentaux de l’ethnographie, le journal (au sens « diaristique » du terme) est aussi très rarement cité dans les textes universitaires et, à quelques rares exceptions près, jamais publié pour lui-même. S’il peut parfois être évoqué dans les ouvrages de méthode des sciences sociales, il n’a pas encore fait l’objet de travaux théoriques qui viseraient à le décrire comme outil textuel, à le théoriser comme ressource épistémologique, et à cadrer son usage avec une visée d’exploitation méthodique. Il constitue à ce titre un angle mort dans la pratique des disciplines appuyées sur la démarche ethnographique.
Pour tenter de remédier à cette situation, il s’agit de proposer dans ce travail des méthodes expérimentales d’exploitation d’un matériau diaristique. Pour ce faire, cette thèse fait le choix de partir d’un journal qu’elle décrit, dissèque, et exploite comme le fondement d’une réflexion épistémologico-méthodologique qui se veut un jalon dans la constitution d’une anthropologie diaristique. Tout au long de cette réflexion, le journal est posé comme une alternative au récit, format omniprésent dans les sciences sociales et défini comme un dispositif textuel téléologique fondé sur le mécanisme de l’intrigue. Ce faisant, l’ambition d’une anthropologie diaristique devient aussi la tentative d’une critique épistémologique des disciplines fondées sur la démarche ethnographique.
Le journal choisi pour fonder cette démarche se tient très à la marge de l’écriture universitaire, dans la mesure où il a été rédigé en dehors de tout cadre de recherche. Il a été suscité par un séjour effectué par l’auteur de la thèse durant dix-huit mois à L***, dispositif associatif de travail social situé en France et qui est constitué par un système de colocations où cohabitent simultanément des personnes ayant connu la grande précarité (le plus souvent sous la forme de situations de vie sans abri) et des bénévoles. L’auteur, pris dans cette situation de vie collective, saisit ainsi un journal qui l’amène à s’interroger par contraste sur la puissance déformante de ces pratiques textuelles communes en sciences sociales que sont les récits de tous ordres.
Cette soutenance sera suivie du traditionnel pot de thèse. Toute demande peut être formulée à pierre.depardieu[at]netc.fr.