La cantillation du Coran : une forme esthétique sous le signe impérieux du sacré
Anis Fariji
Séminaire du CREM du lundi 27 mars, de 14h à 16h à la MAE, Université Paris Ouest Nanterre
La cantillation du Coran représente une forme vocale singulière dans les cultures de l’islam. Sa singularité réside dans le fait que la dimension sacrée qui la définit essentiellement, s’imprime dans sa propre structure. D’un côté, le Texte sacré exige que son être sonore soit immédiatement distingué de toute parole prosaïque, profane ; sa déclamation délimite alors son propre espace, en le ritualisant, de même qu’elle se dote d’une apparence esthétique immanente qui ainsi l’ « enchante ». Mais d’un autre côté, cette même dimension sacrée du Texte oblige à ce que sa déclamation soit la plus transparente, qu’elle ne souffre d’aucune corruption sonore, ni que son revêtement esthétique n’obstrue son aperception. Cela expliquerait, par ailleurs, toute la controverse doctrinale que la cantillation du Coran n’a cessé de susciter, notamment en ce qui concerne la limite entre le religieux et le « musical ».
Cette intervention tentera d’examiner dans quelle mesure la dimension sacrée de la récitation du Coran, telle qu’elle apparaît dans son ambivalence, détermine sa forme aussi bien vocale que rituelle. J’en présenterai deux types (très) différents : la récitation collective dite du ḥizb, que j’ai observée dans les mosquées au Maroc, et la récitation hautement mélodisée dite muǧawwad, d’après un enregistrement du récitant égyptien Mohamed Helbawy (1946-2013).
Anis Fariji est docteur en musicologie et chargé de cours à l’Université Paris 8.
Ces enregistrements de terrain de master sont archivés et consultation (selon droits) sur la plateforme des archives sonores du CNRS-Musée de l'Homme :
Le séminaire du CREM (Centre de recherche en ethnomusicologie) a lieu un vendredi après-midi par mois. Chaque séance croise les travaux de plusieurs chercheurs et étudiants autour d'une thématique commune, liéa à l'anthropologie du son, de la musique ou de la danse. Les recherches en cours, les problèmes théoriques ou méthodologiques ainsi que les documents de terrain y sont privilégiés. La rencontre dure quatre heures (avec une pause !) et laisse une large place à la discussion.
La participation au séminaire est ouverte à tous. Les étudiant·e·s sont encouragé·e·s à y participer, en particulier à partir du Master.