Le khyāl est actuellement le principal genre de la musique vocale hindoustanie ou « musique classique » de l’Inde du Nord. Cette forme poético-musicale, apparue au tournant du 17e siècle, s’est développée aux 18e et 19e siècles et a continué à se transformer tout au long du 20e siècle. Même si des collections de chants existent sous format manuscrit, lithographié et, depuis la deuxième moitié du 19e siècle, sous forme imprimée, la tradition orale reste le lieu privilégié de leur transmission. Certains chants sont oubliés quand d’autres perdurent ou sont réintégrés. La plupart des chanteurs composent et insèrent, par ailleurs, leurs créations dans leur répertoire de scène, allant même jusqu’à les publier et les enregistrer.
Après avoir détaillé certains aspects du genre khyāl et notamment la « mise en performance » du poème, je propose de considérer la manière dont les répertoires se recomposent d’une génération à l’autre, à partir d’une enquête ethnographique réalisée auprès d’une lignée de chanteurs basée à Delhi, dans le cadre de mes recherches doctorales. En abordant la question de la circulation et de la réappropriation des répertoires, je montrerai les liens ténus existant entre transmission orale et transmission écrite dans le contexte étudié. Nous verrons, enfin, comment l’artiste hindoustani ordonne, sélectionne et ajuste les connaissances héritées de ses maître pour les adapter à la scène musicale actuelle.
Ingrid Le Gargasson est docteure en anthropologie sociale et historique (EHESS) associée au CREM, et membre co-fondatrice de l’association Kalasetu qui promeut les arts de la scène sud asiatiques en Inde et en France.
Le séminaire du CREM (Centre de recherche en ethnomusicologie) a lieu un vendredi après-midi par mois. Chaque séance croise les travaux de plusieurs chercheurs et étudiants autour d'une thématique commune, liéa à l'anthropologie du son, de la musique ou de la danse. Les recherches en cours, les problèmes théoriques ou méthodologiques ainsi que les documents de terrain y sont privilégiés. La rencontre dure quatre heures (avec une pause !) et laisse une large place à la discussion.
La participation au séminaire est ouverte à tous. Les étudiant·e·s sont encouragé·e·s à y participer, en particulier à partir du Master.