Au Maroc, la récitation collective du Coran est considérée comme une véritable tradition, une spécificité locale louée et défendue par les autorités religieuses officielles. Mais sur cet arrière-fond se détache cependant une manière singulière de réciter collectivement le Coran, portant un nom propre, qui suscite quant à elle discorde et réticences : la taḥzzabt. Car là où les récitations collectives conventionnelles sont quiètes, statiques et lisses, la taḥzzabt, elle, est vigoureuse, animée et âpre. On y récite le Coran à tue-tête, qui plus est en allant crescendo de manière parfaitement synchrone. C’est qu’il s’agit, en fait, d’une épreuve collective où l’exubérance est le maître-mot, aussi bien dans la manière de déclamer et d’articuler le texte sacré que dans la texture vocale. Dimensions de compétition, de fête, voire de jeu, mais aussi et avant tout dimension impérieuse du sacré se nouent toutes dans cette pratique vocale coranique et agissent éminemment sur sa pâte sonore particulière. À la lumière de la complexité et de l’ambivalence du phénomène religieux, cette présentation entend examiner un tel rapport de corrélation entre les qualités esthétiques de la taḥzzabt et les facteurs anthropologiques qui la sous-tendent.
Le séminaire du CREM (Centre de recherche en ethnomusicologie) a lieu un vendredi après-midi par mois. Chaque séance croise les travaux de plusieurs chercheurs et étudiants autour d'une thématique commune, liéa à l'anthropologie du son, de la musique ou de la danse. Les recherches en cours, les problèmes théoriques ou méthodologiques ainsi que les documents de terrain y sont privilégiés. La rencontre dure quatre heures (avec une pause !) et laisse une large place à la discussion.
La participation au séminaire est ouverte à tous. Les étudiant·e·s sont encouragé·e·s à y participer, en particulier à partir du Master.